Perrine CanavaggioDeputy Secretary General,
International Council on Archives3 octobre 2008
The Committee on International Non-Governmental Organizations of UNESCO's Executive Board organized an open forum on "Human Rights in the age of globalization, the reinforcement of partnerships." It took place on 3 October as part of the 180th session of the Executive Board and its last part was dedicated to the "Right to Access Information".
At the Forum, Perrine Canavaggio, made the following intervention (in French):
La mission de l'ICA est de promouvoir la préservation et l'accès aux archives dans le monde ; l'un ne va pas sans l'autre : la préservation est la condition préalable à l'accès aux archives et l'accès est la justification de leur conservation.
Apparu au siècle des Lumières, le droit d'accès à l'information a été progressivement reconnu et mis en oeuvre aux 19e et 20e siècles. Deux générations de législations se sont succédé :
• lois sur les archives d'abord pour répondre aux préoccupations de la recherche historique. Après la loi française de 1794 qui a fait de l'accès aux archives non plus un privilège mais un droit civique, ce droit a été progressivement mis en oeuvre dans toutes les législations nationales européennes, avec des délais de communication des documents plus ou moins longs selon les pays. Ces délais tendent à se réduire et sont de 20 à 30 ans en règle générale avec des délais plus longs pour certaines catégories de documents.
• lois sur l'accès aux documents administratifs ensuite. La Suède a été un pays pionnier avec sa loi de 1766 mais c'est après la Seconde guerre mondiale qu'a émergé le mouvement en faveur de la transparence administrative. Ce mouvement s'inspire de la Déclaration universelle des DH de 1948 qui garantit dans son article 19 à tout individu le droit de « chercher, de recevoir et de répandre les informations et les idées par quelque moyen que ce soit ».
Cette liberté d'accès à l'information administrative et son corollaire, l'obligation de l'administration à fournir les documents réclamés, ont été reconnus formellement par trois des principales organisations régionales de promotion des Droits de l'Homme : le Conseil de l'Europe, l'Organisation des Etats américains, et l'Union africaine.
De nombreuses constitutions nationales le reconnaissent de façon explicite, ainsi que plusieurs Organisations intergouvernementales, notamment l'UNESCO. 13 pays avaient une loi sur l'accès à l'information en 1990, 70 en ont une aujourd'hui et 30 en ont une en cours d'élaboration.
Un exemple parmi d'autres : Le
Freedom of Information Act de 1966 aux USA, devenu en décembre 2007 the
Open Government Act.
Ce droit à l'information implique le libre accès immédiat aux documents détenus, tant par les administrations nationale et locale que par les services d'archives.
Ce droit prévoit des exceptions pour garantir les intérêts supérieurs de l'Etat (secret de la défense nationale, politique étrangère, secret industriel et commercial) et ceux des individus (protection de la vie privée rendue indispensable avec l'informatisation croissante des procédures).
Les législations prévoient des recours pour les citoyens en cas de refus de communication de ces documents devant un médiateur ou des commissions ad hoc.
Ce droit est considéré comme une garantie contre l'arbitraire et la corruption. Il participe des mesures destinées à promouvoir la bonne gouvernance et l'obligation de rendre des comptes.
Depuis les années 1990, le droit à l'information a pris une importance vitale dans les pays qui ont subi des dictatures et des violations graves des droits de l'Homme. Les documents d'archives sont ainsi devenus un outil et un enjeu essentiels dans les processus de transition politique et de réconciliation.
Avec l'éclatement de l'URSS et la fin de nombreux régimes totalitaires dans le monde, d'énormes masses de documents et fichiers produits par les services de sécurité des anciens régimes répressifs ont surgi, tels les 180 Kml de la STASI en Allemagne
Parallèlement, avec la création de la Cour pénale internationale et des tribunaux internationaux, on a assisté à une demande croissante de preuves, fournies par les archives.
En 1997, le rapporteur spécial aux Nations Unies sur la lutte contre l'impunité, Louis Joinet, a proposé à la Commission des droits de l'Homme un
Ensemble de 40
Principes pour la protection des droits de l'homme par la lutte contre l'impunité. Ce rapport, mis à jour en 2005 par la juriste américaine Diane Orentlicher, énonce trois droits fondamentaux auxquels dans toute société démocratique, tant les individus que les collectivités devraient pouvoir prétendre : le droit de savoir, le droit à la justice et le droit à réparation.
Le droit de savoir est en effet le droit non seulement individuel des victimes et de leurs proches à connaître la vérité sur ce qui s'est passé, mais aussi le droit collectif de la société à la vérité, pour éviter que ne se reproduisent à l'avenir des violations semblables et lutter contre le négationnisme. Le rapport en fait découler l'obligation pour l'Etat de donner des informations aux victimes et à leurs familles, ainsi qu'à la société sur les circonstances entourant les violations graves des droits de l'Homme. Cinq de ces 40 Principes visent à assurer la sauvegarde des archives documentant les violations des droits de l'Homme et à en éviter la destruction et falsification. (Principes 14 à 18)
La Commission des droits de l'Homme des Nations Unies a fait référence à ces Principes dans une résolution de 2005 et a alors chargé le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme de faire une étude sur le droit à la vérité.
Cette étude, réalisée en 2006, confirme que «
le droit à la vérité au sujet des violations flagrantes des droits de l'Homme est un droit inaliénable, reconnu dans plusieurs traités et instruments internationaux, dans la jurisprudence nationale et internationale; il est étroitement lié à l'état de droit et aux principes de transparence, de responsabilisation et de bonne gouvernance dans une société démocratique ».
De son côté, le Conseil de l'Europe est allé encore plus loin. Cette organisation qui rassemble 48 Etats membres a publié en 2000 une
Recommandation sur la politique européenne en matière d'accès aux archives. C'est la première norme intergouvernementale dans ce domaine et la seule norme internationale. Elle «
est motivée par la conviction éthique que la connaissance du passé constitue un droit de l'Homme culturel et que, dans une démocratie, les citoyens ont le droit à une présentation non biaisée de leur histoire, fondée sur les sources authentiques préservées dans les archives. La reconnaissance de ces droits est la condition préalable à la prévention du retour des idéologies qui ont conduit aux violations massives des DH qu'a connues le 20e siècle ».
L'ICA s'emploie à faire connaître ce droit à l'information et il en encourage l'application effective dans ses 190 pays membres, par ses activités dans le domaine de la préservation, de la normalisation et de la formation professionnelle notamment.
Quatre exemples de publications récentes dans le domaine de l'accès :
•
Principles for Archives & Records Legislation, in Etude du Comité sur les questions juridiques, 2006
• La base de données juridiques sur les textes législatifs et réglementaires en vigueur dans les pays européens au sens large, développée par la branche européenne de l'ICA. L'objectif est d'élargir la base à d'autres régions du monde.
• La prochaine publication d'un rapport sur les
Politiques archivistiques pour la défense des droits de l'Homme qui actualise le rapport UNESCO/CIA de 1995 sur la gestion des archives des services de sécurité des anciens régimes répressifs, en étendant les recommandations aux archives des Commissions Vérité et réconciliation et des Tribunaux pénaux internationaux, ainsi qu'à celles des ONG de défense des droits de l'Homme. Celles-ci constituent en effet de précieuses sources complémentaires des archives publiques.
• Le logiciel de description A
toM, open source, normalisé et multilingue qui a été développé avec le soutien initial de l'UNESCO, dans le cadre du Programme IFAP. Il est destiné à permettre la mise en ligne des instruments de recherche des petits services d'archives et des associations.
La Déclaration a été confirmée par plusieurs textes fondamentaux tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, la Convention européenne de sauvegarde des DH de 1950 sur les DH et les libertés fondamentales, la Convention américaine relative aux DH de 1969, la Charte africaine des DH et de peuples de l'OUA en 1981 etc.
Freedom of Information : A Comparative Legal Survey, Toby Mendel, UNESCO, 2008
A Berlin la population est descendue dans la rue en 1990 pour demander l'accès à ces archives : la liberté pour mon dossier/Freedom for my file.
Pour plus information : http://portal.unesco.org/ci/en/ev.php-URL_ID=27613&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html