APPEL, Karel (1921-2006)

RENCONTRE DU PRINTEMPS, 1958
Huile sur toile, signée en bas à droite "Appel 58"
248 x 417 cm
Date d'entrée à l'UNESCO
Pays d'origine Pays-Bas
Acquisition faite par l'UNESCO lors de la décoration artistique du Siège de l’Organisation à Paris en 1958.
© Photo : UNESCO/R. Fayad
Karel Appel Foundation

En 1957, le « Comité pour l’Architecture et les œuvres d’art » de l’UNESCO organise un concours d’artistes pour donner vie à son siège permanent. Seulement onze artistes furent choisis dont Karel Appel. Ce Comité comptait parmi ses membres les architectes qui ont construit les bâtiments, Bernard Zehrfuss, Marcel Breuer, Luigi Nervi, ainsi que C. Para-Perez qui présidait un Comité de conseillers artistiques chargé de guider le choix des œuvres, et dont faisait également partie Georges Salles, Shahid Subrawardy et Herbert Read. Créée initialement pour la salle de restaurant de l’UNESCO « Rencontre du Printemps » fût ensuite transféré à son emplacement actuel dans le Foyer des Conférences en 2009.

La composition de ce tableau ayant une dynamique circulaire, ressemblante à celle du Action painting de Jackson Pollock, nous offre un spectacle de couleurs, une sorte de danse qui retranscrit des sentiments gais et vivants que l’on ressent en le regardant. Le tableau de Appel donne l’impression d’une interaction harmonieuse de couleurs vives. La matière qui surgit de ce chaos donne à la peinture une réelle puissance. Les traits blancs dessinés par-dessus les empâtements de couleurs, en bas à gauche et à droite, rajoutent de la légèreté et de la subtilité à l’œuvre.

Nous pouvons imaginer ici plusieurs plans superposés. Dans certaines parties se distinguent des motifs d’animaux (des pattes d’oiseaux, un bec, un œil), dans un vortex de la terre-rivière, qui nous rappelle qu’il s’agit d’une rencontre entre la nature et les animaux. L’artiste semble y mêler les quatre forces de la nature, le feu, l’air, la terre et l’eau, pour mieux faire jaillir la spontanéité.

Ce qui intéresse avant tout l’artiste c’est de travailler directement sur la perception, sans s’attarder sur l’intellectualité. Il a ainsi poursuivi un chemin original et fougueux, en privilégiant systématiquement l’expression directe et les couleurs vives étalées en couches épaisses. Pour lui, sa peinture a vraiment commencé en 1953, lorsqu’il découvre la matière. Selon ses propres paroles : « Un tableau n’est plus une construction de couleurs et de traits, mais un animal, une nuit, un cri, un être humain. Il forme un tout indivisible ».

Biographie de l'artiste

Peintre hollandais né en 1921 à Amsterdam, Karel Appel étudie à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam de 1940 à 1943 et expose pour la première fois en 1946. Ses influences multiples varient entre Picasso, Klee, Dubuffet, en passant par Matisse. En 1949, sa fresque « Questioning Children » au City Hall d’Amsterdam crée une grande controverse et reste recouverte pendant 10 ans. C’est à la suite de cet événement qu’il part pour Paris, en 1950. « Ce qui compte, c’est la vie », dira Appel, dès son arrivée à Paris; il affirme à cette période un expressionnisme véhément, très proche de James Ensor. Appel veut dégager l’acte de peindre de la préméditation pour atteindre la puissance créatrice « née de la matière elle-même», de la tension passionnée du geste.

Appel est l’un des artistes les plus singuliers du groupe CoBrA (nom acronymique découlant des villes d’origines des artistes créateurs du groupe : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam), qui a rassemblé, entre 1948 et 1951, le peintre danois Asger Jorn, le poète belge Christian Dotremont, puis le peintre Alechinsky et les Néerlandais Constant et Corneille. Ces artistes rejetaient tout dogmatisme. Les arts populaires, l’imagerie primitive, les couleurs joyeuses, les matières les plus étonnantes leurs permettent d’exprimer leurs pulsions profondes.

Appel meurt le 3 mai 2006 à Zurich et est enterré au cimetière du Père Lachaise, à Paris.