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Message du Directeur général à l'occasion
de la Journée internationale de la femme
(8 mars 2002)
Le 8 mars 2002, la communauté internationale célébrera une nouvelle fois la Journée internationale de la femme. Dans le cadre de la Décennie internationale de la promotion d'une culture de la paix et de la non-violence au profit des enfants du monde (2001-2010), mon message cette année sera plus particulièrement axé sur le thème de la violence contre les femmes, du point de vue notamment de ses effets sur les enfants.
D'innombrables actes de violence continuent d'être commis contre des femmes et des enfants aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement : violence au sein de la famille, brutalités physiques, viol de l'épouse et violences liées à la dot, mais aussi sélection prénatale en faveur des garçons, infanticide à l'égard des filles, abus sexuels, mutilations génitales féminines, harcèlement sexuel et exploitation sexuelle, y compris le trafic et la prostitution forcée. En outre, dans les situations de conflit armé, les femmes et les filles sont de plus en plus souvent prises pour cibles et font l'objet de mauvais traitements, voire dans certaines circonstances de viol systématique. Les femmes réfugiées sont particulièrement exposées aux violences sexuelles quand elles sont en fuite, ou dans des camps de réfugiés ou encore lors de leur réinstallation.
La violence contre les femmes et les filles existe dans tous les pays, toutes les régions et toutes les couches de la société même si son incidence et les formes qu'elle revêt sont variables. Dans bien des cas, elle n'est pas le fruit du hasard : les femmes et les filles en sont victimes simplement parce qu'elles sont de sexe féminin. Par conséquent, la violence fondée sur le sexe est une expression de l'inégalité entre les hommes et les femmes mais elle peut aussi servir de base à des formes plus diverses de discrimination à l'égard des femmes et d'injustice. Trop souvent aussi, la violence s'exerce contre les femmes comme si les hommes avaient le droit de l'infliger et les femmes l'obligation de la subir. Cette forme de pensée doit être catégoriquement dénoncée.
Ces dernières années, l'opinion publique de nombreux pays a mieux pris conscience de l'existence d'une violence fondée sur le sexe, mais le refus d'en reconnaître l'ampleur et la gravité demeure très répandu. En outre, les victimes préfèrent garder le silence, surtout lorsque les usages en vigueur dans la société, les puissantes institutions et le système juridique ne leur offrent guère de protection. Par conséquent, je lance un appel aux gouvernements, aux organisations de la société civile et à la communauté internationale pour qu'ils défendent le respect des principes, règles et normes internationalement reconnus en matière de droits de la personne humaine, et en particulier des femmes et des enfants, droits inaliénables qui font partie intégrante des droits de l'homme universels. Je lance également un appel pour que s'ouvre un débat plus approfondi et plus ouvert et pour que des mesures plus énergiques soient prises afin de lutter contre la violence à l'égard des femmes. J'ajoute que l'éducation préventive doit faire partie de ces mesures.
La violence fondée sur le sexe a des effets immédiats et est lourde de conséquences pour l'épanouissement de la femme et le développement de l'enfant, pour leur avenir, leur santé et leur bien-être physique et psychologique. Naturellement, par "enfant" on entend aussi bien les garçons que les filles, qu'ils soient directement victimes de la violence ou qu'ils y soient confrontés. Bien qu'elle soit très largement répandue dans l'histoire de l'humanité, nous commençons seulement à mieux en comprendre les causes et les effets. Il faut approfondir encore les recherches si l'on veut comprendre aussi dans quelle mesure elle retentit sur le comportement, les émotions et le développement de ceux qui en sont les victimes directes ou les témoins.
Cependant, il est certes primordial de mieux connaître et mieux comprendre, mais cela ne suffit pas et ne devrait pas non plus être la première attitude à adopter. Dans tous les cas, il est essentiel de commencer par mettre un terme à la violence avant qu'elle ne cause des dégâts supplémentaires et, comme elle se nourrit d'elle-même, l'escalade est toujours possible. Il est donc urgent et capital de la stopper. Mais là encore, cela ne suffit pas. Pour arrêter définitivement cet engrenage, il faut empêcher la récurrence du phénomène, qu'il s'agisse de la violence politique ou de la violence au sein de la famille. Une véritable prévention doit revêtir des formes spécifiques et appropriées mais le dénominateur commun doit être le renforcement de la capacité de résistance des victimes. L'UNESCO est à cet égard convaincue de l'importance considérable des cadres d'apprentissage favorables mais aussi des stratégies qui défendent la paix, la résolution des conflits, les droits de l'homme, la tolérance et la démocratie par le biais de l'éducation.
Sans vouloir en aucune façon minimiser la gravité d'autres situations dans le monde, permettez-moi de prendre l'exemple de l'Afghanistan où, récemment encore, les femmes et les filles faisaient l'objet d'une marginalisation et d'une discrimination systématiques de la part du régime taliban. Sous ce régime, l'Afghanistan s'est rendu célèbre pour avoir refusé aux femmes l'exercice de leurs droits fondamentaux, en particulier le droit à l'éducation, à la santé et au travail. Aujourd'hui, grâce aux évolutions récentes, de nouvelles perspectives s'offrent aux femmes afghanes de pouvoir retrouver la place qui leur revient de droit dans la société et d'être considérées comme des partenaires d'égal mérite pour toutes les tâches liées à la reconstruction. Les écoles de filles ouvrent à nouveau, les femmes recouvrent leurs droits à l'éducation et au travail, et elles retrouvent les emplois qu'elles occupaient auparavant.
Par tous les moyens dont elle dispose, l'UNESCO appuie ces efforts tout en reconnaissant qu'il appartient aux femmes afghanes elles-mêmes de prendre l'initiative de définir leurs propres besoins et priorités. La fin de toutes les formes de violence fondée sur le sexe figure vraisemblablement au premier rang de ces priorités. Avec la chute du régime taliban, un obstacle majeur au rétablissement des droits des femmes afghanes a disparu, mais il en est d'autres qui persistent. Le retour de la paix et de la sécurité en Afghanistan est une condition essentielle à la réussite de tous les autres efforts en faveur du redressement et de la reconstruction. Toutefois, les femmes afghanes ne connaîtront vraiment la paix et la sécurité que si l'on cesse de tolérer la violence dans la culture et la société.
La violence contre les femmes et les enfants n'est pas seulement une "question concernant les femmes". En effet, elle nous concerne tous car il s'agit d'égalité et d'équité. Les hommes et les femmes doivent oeuvrer côte à côte en faveur d'une reconnaissance accrue et du respect de l'égalité du rôle et des droits de chacun. Une femme membre d'une association féminine afghane a récemment exprimé cette nécessité en des termes simples mais émouvants : "La société est comme l'oiseau qui a besoin de ses deux ailes et ne peut voler si l'une d'elles est brisée. Prenons la décision de faire en sorte que toutes les sociétés volent de leurs deux ailes, avec la même force et la même dignité".
Koïchiro Matsuura
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