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La liberté de la presse, pierre angulaire de la liberté d'expression
Partout dans le monde, des milliers de journalistes partent travailler sans savoir s'ils ne seront pas battus, enlevés, emprisonnés ou tués avant la fin de la journée. En 1997, 26 journalistes ont perdu la vie dans l'exercice de leur métier et 185 autres ont été incarcérés pour ce qu'ils écrivaient. Plus d'un millier d'incidents ont vu des journalistes menacés, frappés, poursuivis en justice ou harcelés d'une autre manière, le plus souvent par leur propre gouvernement.
Ces chiffres sont ceux du Comité pour la protection des journalistes, un organisme créé pour surveiller les attaques contre la presse dans le monde entier et pour agir au nom des journalistes qui en sont victimes. J'assure la vice-présidence de ce comité. Pour moi-même, et pour ceux qui l'ont mis sur pied et qui en font partie, ce sont, plus que des chiffres, des individus avec un visage, une famille, des idéaux, des espoirs et des rêves. En étudiant leur cas, en apprenant à connaître leur travail et un peu leur vie, nous sommes frappés par leur courage, et leur dévouement à la cause et aux nobles principes du journalisme nous sert de modèle.
Ces gens-là, de Michael Senior (assassiné au Cambodge par des militaires qu'il filmait en train de piller une place de marché) à Christina Anyanwu (purgeant une peine de quinze ans d'emprisonnement au Nigeria pour ses articles), nul n'a besoin de les convaincre de l'importance d'une presse libre, d'une libre parole. Ils connaissaient les risques qu'ils prenaient en défiant chaque jour le contrôle exercé par leur gouvernement et en bravant les menaces pesant sur leur travail, qui consiste à rapporter la vérité. Ils pensaient que cela en valait la peine.
Il n'est pas non plus nécessaire de convaincre leurs oppresseurs de l'importance d'une presse dynamique, rigoureuse et libre pour toute société. Ils n'ont pas tué Senior et les 25 autres journalistes morts l'année dernière, ni emprisonné Anyanwu et tous ses collègues aujourd'hui prisonniers dans le monde, par pure malveillance ou par dépit. Ils l'ont fait parce qu'intimider et contrôler la presse est l'objectif premier de tous ceux qui voudraient priver les autres de leurs droits. Sans ce contrôle, ils ne resteraient pas au pouvoir. En muselant la presse, c'est tout le pays qu'ils tiennent.
Depuis la fin de la guerre froide, les peuples du monde avancent vers une plus grande liberté individuelle et un plus grand respect du droit à l'autodétermination pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant. Ce progrès ne se fait pas sans mal. Il se heurte à des guerres, des dictatures, des famines et des catastrophes naturelles, à la cupidité, à la haine et à l'incompréhension. Néanmoins, des dizaines de millions de personnes vivent aujourd'hui dans un état de plus grande liberté qu'il y a vingt-cinq ans. Dans tous les pays qui ont connu cette évolution, la presse a été l'une des premières à bouger, à mettre à l'épreuve les vieilles limites et restrictions, à tendre vers la lumière.
Avec la Journée mondiale de la liberté de la presse, nous ne célébrons pas seulement la presse libre, mais la liberté de tous les citoyens et de tous les pays. Avec la liberté de la presse, et la liberté d'expression incarnée par une presse libre, toutes les autres libertés sont possibles. Sans elle, aucune liberté ne saurait exister.
Terry Anderson (Etats-Unis)
journaliste,
maître de conférences à
l'Université de Columbia
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