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La liberté d'expression et le développement
Dans les mois qui viennent, il conviendra de prêter une attention toute particulière, dans la région de l'Afrique australe, au problème de la déréglementation de la radiotélévision. En effet, bon nombre de gouvernements, tout en parlant de libéralisation, continuent à exercer un contrôle de fait sur les médias.
Certains ont beau affirmer que plusieurs dispositions de la Déclaration de Windhoek - celles qui prévoient la déréglementation des médias contrôlés par l'Etat et la promotion des médias communautaires - sont enfin appliquées par des gouvernements de la région, il ne s'agit en réalité que d'un processus de pseudolibéralisation, le gouvernement conservant la mainmise sur les législateurs.
L'évolution de la situation risque d'ailleurs de pénaliser aussi bien la radiotélévision publique que les médias communautaires. Le manque de transparence dans le processus d'octroi des autorisations et la progression du secteur privé au détriment des objectifs tant du secteur public que des radios communautaires vont dans ce sens.
Dans bien des cas, les autorités de tutelle soi-disant indépendantes sont nommées par le chef de l'Etat ou le ministre de l'Information, ce qui ne plaide guère en faveur de leur indépendance. Les plans de répartition des fréquences ne sont pas communiqués, ce qui ne permet pas de savoir combien sont affectés à des radios communautaires, dont on se garde bien d'ailleurs de donner une définition. Des fréquences sont effectivement octroyées, mais trop souvent à des chaînes musicales à vocation purement commerciale (surtout en ce qui concerne la radio), avec parfois une préférence marquée pour les « amis » du pouvoir en place.
Le principal souci des observateurs dans cette région d'Afrique est donc de veiller à la nomination de contrôleurs indépendants, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Autre sujet de préoccupation, qui devrait figurer dans la campagne que le Media Institute of Southern Africa (MISA) prévoit de lancer en avril : la question du financement des médias publics et communautaires.
Au Zimbabwe, par exemple, il est évident qu'avec la législation actuelle, c'est la Zimbabwe Broadcasting Corporation (ZBC) qui conserve la mainmise sur l'audiovisuel, à charge pour elle de répartir les fréquences (contre des espèces sonnantes et trébuchantes). Au fond, cela revient à dire que la ZBC conserve le monopole des licences.
En Afrique du Sud également, le gouvernement semble revenir sur ses engagements en faveur de l'indépendance des médias audiovisuels, et l'évolution de la radiotélévision nationale pourrait signifier, à terme, l'abandon par la corporation de son rôle de chaîne publique.
Pour résumer, les gouvernements semblent désormais plus enclins à autoriser des chaînes commerciales à émettre. Mais celles-ci évitent de diffuser des programmes d'information, d'actualité ou des documentaires (ou ne sont pas autorisées à le faire), et il est évident que cette tendance est préjudiciable aux médias publics et communautaires.
Tous ceux qui souhaitent l'instauration de médias indépendants et pluralistes en Afrique australe doivent donc se montrer très vigilants dans la période à venir, notamment en ce qui concerne la radio, qui demeure le média le plus accessible. L'enjeu est vital. Il faut soutenir pleinement la campagne du misa afin de mettre en lumière les irrégularités du processus de prétendue déréglementation de l'audiovisuel.
Gwen Lister (Namibie) rédactrice en chef, The Namibian, Windhoek
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