Message conjoint pour la Journée mondiale de la liberté de la presse
3 mai 1999


La Journée mondiale de la liberté de la presse que nous célébrons aujourd'hui sera la dernière du XXe siècle. A cette occasion, nous invitons conjointement tous les gouvernements, toutes les autorités régionales et locales à renouveler leur engagement à garantir la sécurité des journalistes et à veiller à ce que les crimes perpétrés contre eux ne restent pas impunis. Car chaque fois qu'un journaliste est tué ou agressé, c'est la société tout entière qui est gravement lésée. Chaque fois qu'un journaliste est soumis à des violences, à une intimidation ou à la détention arbitraire en raison de son attachement à la transmission de la vérité, c'est à tous les citoyens qu'on dénie le droit de penser et d'agir selon leur conscience.

La liberté de la presse est la pierre de touche du respect des droits de l'homme et la garantie de toutes les autres libertés. Elle encourage la transparence et la bonne gouvernance ; elle veille à ce qu'au-delà du simple respect de la loi, la société se conforme à la vraie justice. Certes, il se trouve encore des gens pour s'interroger sur l'opportunité de la liberté de la presse dans telles ou telles circonstances ; pour prétendre qu'elle menace la stabilité sociale et compromet le progrès ; pour y voir quelque chose d'imposé de l'extérieur et non l'expression locale de cette liberté d'expression à laquelle aspirent tous les peuples.

Ceux qui avancent ces opinions, ce ne sont jamais les gouvernés mais les gouvernants ; jamais les démunis mais les nantis ; jamais ceux qui sont muets mais ceux qui sont seuls autorisés à faire entendre leur voix. Une fois pour toutes, soumettons ce raisonnement à la seule épreuve qui compte, en laissant chacun décider s'il préfère en savoir plus ou en savoir moins, se faire entendre ou se taire, vivre debout ou à genoux.

La liberté d'expression est un droit pour lequel il faut se battre, non une grâce à implorer. Mais c'est aussi bien davantage : c'est une passerelle de dialogue et de savoir. Elle est indispensable à cet échange d'idées entre les nations et les cultures qui conditionne une vraie compréhension et une coopération durable.

Nous lançons cet appel au terme d'un siècle marqué par une lutte constante pour la liberté de la presse, et aussi par de nombreuses violations du droit à la liberté d'expression. Cette persécution incessante des journalistes démontre la nécessité de poursuivre le combat avec encore plus d'énergie. A l'aube d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire, l'existence d'une presse libre et prospère aux niveaux local, national et international est plus que jamais nécessaire, à la fois comme base de la nouvelle société de l'information et comme force dynamique au service du développement humain viable.

Notre ration quotidienne d'information exacte, qu'elle nous parvienne par satellite ou par câble océanique, continue à dépendre du courage et de l'intégrité des journalistes, de la ténacité des équipes de rédaction, de la détermination des médias indépendants à défendre et illustrer les principes d'une profession sur laquelle s'exercent de constantes pressions. En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, nous saluons leur courage à tous et leur attachement à la quête universelle de vérité et de connaissance.

Federico Mayor
Directeur général
de l'UNESCO

Kofi Annan
Secrétaire général
de l'Organisation des Nations Unies

Mary Robinson
Haut-Commissaire
des Nations Unies
aux droits de l'homme

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