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Crimes impunis contre les journalistes
En 1991, la Conférence générale de l'UNESCO a recommandé que l'Assemblée générale des Nations Unies proclame le 3 mai "Journée mondiale de la liberté de la presse", afin d'en consacrer les principes fondamentaux. A travers le monde, ce jour, co‹ncidant avec la Déclaration de Windhoek du 3 mai 1991, est l'occasion d'informer le public sur les violations de la liberté d'expression et de rappeler que chaque jour, des journalistes bravent la mort ou la prison pour leur mission d'information. C'est aussi une journée de réflexion sur l'éthique professionnelle et l'importance de la liberté de la presse, et une journée de soutien aux médias libres et indépendants.
Cette année, la Journée mondiale de la liberté de la presse est dédiée à un problème extrêmement grave et inquiétant: la majorité des crimes perpétrés contre les journalistes et autres professionnels de l'information demeurent impunis. Outre le fait que le meurtre, l'arrestation et les menaces contre les journalistes constituent une grave violation de la liberté d'expression - pierre angulaire de la démocratie -, l'impunité dont bénéficie la quasi totalité de ces crimes aggrave la situation. Se sachant à l'abri de toute poursuite, leurs auteurs n'ont aucune appréhension pour répéter ces crimes.
Cette impunité peut prendre plusieurs formes: il s'agit parfois tout simplement d'un manque d'intérêt de la part des autorités pour que ces crimes soient élucidés, qui se traduit par la faible mobilisation des moyens mis à disposition de l'enquête, et l'abandon rapide des investigations. Mais l'impunité est encore plus grave lorsqu'elle est la conséquence d'une volonté délibérée de cacher la vérité.
Le bilan de l'année 1998 est encore une fois négatif avec au moins 20 journalistes tués dans l'exercice de leur profession. Ce sont ainsi plus de 500 journalistes qui ont été assassinés au cours des dix dernières années et la quasi totalité de ces crimes reste impunie. Il faut ajouter à ces crimes d'innombrables violences contre les professionnels de l'information qu'il s'agisse d' "arrestations arbitraires", de "menaces", d'"agressions", de "harcèlement", voire de "torture". L'Amérique latine et les zones de conflits armés sont les régions les plus risquées pour exercer le métier de journaliste.
Face à cette censure ultime que représente la mise à mort du journaliste, il faut briser le silence pouvant entourer ces actes ignobles. L'UNESCO, a donc instauré un principe de réaction systématique à ces violences, se traduisant par la condamnation publique. Car tous ces actes ont un seul but, restreindre la liberté d'expression et le droit à l'information.
En novembre 1997, la Conférence générale de l'UNESCO consciente de l'urgence soulevée par la question des crimes impunis contre les journalistes, a décidé de réagir et d'adopter lors de sa 29ème session une résolution condamnant "la violence contre les journalistes". Celle-ci vise à sensibiliser les gouvernements, les organisations internationales et régionales à cette question et tente ainsi de combattre cette véritable 'culture de l'impunité'.
Le texte "exhorte les Etats membres à prendre les mesures nécessaires pour [...] établir le principe de l'imprescriptibilité des crimes [... ] perpétrés pour empêcher l'exercice de la liberté d'information; poursuivre et [...] condamner ceux qui sont les instigateurs des assassinats de personnes exerçant leur droit à la liberté d'expression; [et que les auteurs d'infractions commises contre des journalistes soient] traduits devant les juridictions ordinaires ou de droit commun".
En 1986, l'assassinat de Guillermo Cano, éditeur colombien, est significatif en ce qui concerne les crimes impunis contre les journalistes. Il a été victime des conflits entre différents groupes mafieux, dont il a dénoncé sans relâche les activités criminelles et l'emprise sur la société colombienne. Guillermo Cano a été abattu à l'entrée de son journal, El Espectador. Les magistrats chargés de l'affaire ont été l'objet de menaces et certains d'entre eux furent assassinés pour ne pas avoir cédé aux pressions. Les auteurs présumés du crime ont réussi à bloquer l'enquête et le procès pendant de nombreuses années.
C 'est pour toutes ces raisons que l'UNESCO a décidé de faire des crimes impunis contre les journalistes le thème principal de la Journée mondiale de la liberté de la presse 1999. Afin d'accroître la prise de conscience du public sur cette question cruciale, l'UNESCO a établi un partenariat avec les principales organisations professionnelles des médias en vue d'étudier l'impunité dans différentes régions du monde. Sept de ces organisations se sont penchées sur un acte de violence dont un journaliste a été la victime et a mené l'enquête. Les résumés de ces recherches, dont les idées et les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de l'UNESCO, sont présentés dans ce dossier, soit :
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