Le cas de Nechi Lyimo présenté par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

Le 30 juin, le domicile de Nechi Lyimo a été attaqué à la bombe incendiaire. Quand la maison s'est embrasée, Nechi Lyimo, sa femme et sa fille étaient à l'intérieur mais ils ont réussi à s'échapper à temps du brasier. L'attaque, qui eut lieu vers minuit, n'a laissé de la maison que des pans de mur calcinés.

Nechi Lyimo est un journaliste qui travaille pour le programme en kiswahili du British Broadcasting Corporation (BBC) World Service. Il est basé à Moshi, en Tanzanie, dans la région du Kilimandjaro.

Le 12 juin, Lyimo avait été interrogé durant plusieurs heures par des policiers au sujet d'un article paru dans Sanifu, un hebdomadaire satirique. Ses interrogateurs, l'inspecteur Pius et le sergent Jacob, voulaient obtenir de Lyimo la révélation du nom de l'auteur de l'article et de sa source. Il s'agissait d'un récit qui mettait en cause un ecclésiastique important et une femme mariée inconnue dans un scandale sexuel.

M. Lyimo répondit qu'il ne connaissait ni l'auteur de l'article ni sa source et qu'il n'était pas correspondant de Sanifu. D'autres journalistes de Moshi furent également abordés par la police ou par des particuliers qui cherchaient à découvrir l'identité de la source. Des journalistes de Moshi furent suivis par des inconnus et Aziz Msuya, un journaliste indépendant, et sa femme furent battus par des agresseurs non identifiés.

Le commissaire de la police régionale a déclaré que les policiers qui ont interrogé M. Lyimo n'avaient pas agi sur ordre, mais que leur initiative ne leur avait valu aucune sanction disciplinaire.

Suite à l'intervention du Kilimanjaro Press Club et de certains membres de la communauté internationale, le commissaire de la police régionale, le Pr Philemon Sarungi, a ordonné en juillet 1998 une enquête sur l'incendie du domicile des Lyimo. Pour l'heure, le crime reste impuni.

La République unie de Tanzanie s'est donnée en 1992 une constitution qui fait d'elle un Etat pluraliste. En 1995, le pays a tenu des élections générales pluralistes, les premières depuis trente ans, en vue d'élire le Président de la République et le parlement. Le parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), a conservé le pouvoir, en gagnant 186 sièges sur les 232 à pourvoir par élection au Parlement. L'actuel Président est Benjamin Mkapa.

Les journalistes qui travaillent en Tanzanie ont à faire face à toutes sortes de dispositions restreignant la liberté de la presse qui sont éparpillées dans une foule d'articles de lois diverses, notamment la loi sur la presse écrite de 1976, la loi sur la radiodiffusion de 1993, la loi sur les films et les pièces de théâtre de 1976, la loi sur l'agence Tanzania News de 1976, la loi prévention-détention de 1962 cap 490, la loi sur la presse écrite de Zanzibar de 1988 et la loi sur le secret d'Etat.

La corruption est un problème très présent dans les rouages du pouvoir, et la profession, soucieuse de la mettre en lumière, n'est pas non plus épargnée par les tentatives de corruption dont des journalistes font l'objet de la part de détenteurs de l'autorité.

La FIJ estime que les assassinats de journalistes, crimes répréhensibles et haineux s'il en est, ne constituent cependant que la partie émergée de l'iceberg. Les attaques, les actions en justice et les menaces innombrables dirigées contre des journalistes sur tout le continent permettent aux gouvernements et autres organismes de créer un climat d'impunité pour les agresseurs et d'insécurité et de peur pour les journalistes.

En choisissant d'exposer ce cas, la FIJ espère appeler l'attention sur l'insécurité qui règne en Afrique pour les journalistes qui, en dépit de l'absence de moyens de défense légaux et des menaces qui pèsent sur leur propre vie, continuent à exercer leur profession.

La destruction de la maison d'un journaliste sur les contreforts du Kilimandjaro est un message adressé à tous les journalistes de la région, du continent et du monde.

La présente communication est faite au nom de la Fédération internationale des journalistes, qui est la plus importante organisation de journalistes dans le monde; elle représente en effet quelque 450.000 reporters, rédacteurs, photographes de presse et journalistes de radio et de télévision dans cent pays. La FIJ regroupe 135 organisations adhérentes et dispose d'un centre en Algérie, de bureaux régionaux en Amérique latine et d'un bureau spécial en Australie. Elle a son siège à Bruxelles.

Contact :
Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)
Rue Royale, 266 B-1210
Bruxelles, Belgique
Tél : (+32 2) 223 22 65
Fax : (+32 2) 219 29 76
E-mail : ifj@pophost.eunet.be
Site web : www.ifj.org

Les idées et les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de l'UNESCO.



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