Zones côtières et petites îles : lieu de vie des deux tiers de la population mondiale

La mer peut avoir une telle influence sur les riverains que ceux-ci en savent parfois davantage sur les fonds marins au large de leurs côtes que sur l'arrière-pays. "...Je peux vous citer au moins une centaine de caractéristiques du paysage sous-marin autour de l'île de Fogo", dit Leslie Harris, de Terre-Neuve, Il mais je serais incapable de vous nommer plus de dix collines ou reliefs importants de l'intérieur".1.

Environ 60 pour cent (3,6 milliards d'habitants) de la population mondiale vit à moins de 60 kilomètres du littoral. D'après le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), cette proportion sera de 75 pour cent (6,4 milliards) d'ici trente ans, soit près d'un milliard de plus que la population mondiale actuelle. Plus de 80 pour cent de l'ensemble des ressources océaniques mondiales sont concentrées sur le plateau continental.

Sur les 23 mégapoles (villes de plus de 2,5 millions d'habitants) que compte la planète, 16 sont situées à l'intérieur de la ceinture littorale et se développent au rythme d'environ un million de personnes par jour. Ces villes doivent presque toujours leur croissance à la présence d'un port abrité destiné aux bateaux en quête de marchandises à transporter, à la recherche de ressources ou offrant ce que Federico Mayor, Directeur général de l'UNESCO, a appelé un "exutoire à la surpopulation"'. Les villes côtières permettent souvent la communication avec l'arrière-pays grâce à un vaste réseau de voies navigables, ainsi qu'un accès à d'abondantes sources de protéines animales marines. De nos jours, le littoral représente un aimant puissant pour le tourisme, première industrie de croissance au monde.

La nécessité d'une gestion intégrée des zones côtières

• L'importance des réseaux fluviaux
Malheureusement, l'augmentation rapide, au cours de ce siècle, du nombre de personnes vivant à proximité des côtes a entraîné un déséquilibre qui est en train de détruire les richesses ayant jadis fait l'attrait du littoral. Le dragage des estuaires, la construction de barrages et les systèmes d'irrigation (notamment sur des fleuves comme le Nil, le Danube, le Mississippi, le Gange et le Colorado) peuvent priver les régions côtières du limon et des sédiments nécessaires à la lutte contre l'érosion naturelle et détruire la pêche ou empêcher la migration du poisson. La fameuse Miami Beach, en Floride, a déjà nécessité un plan de sauvetage de 80 millions de dollars des Etats-Unis. Le barrage Franklin a réduit de 75 pour cent le débit du Gange au Bangladesh, faisant de terres agricoles fertiles de véritables déserts et détruisant la forêt de palétuviers, une perte pour l'Etat estimée à quatre milliards de dollars des Etats-Unis.2. Depuis 1950, quelque 30 000 barrages ont été érigés dans le monde (dont plus de la moitié en Chine), détournant ou endiguant 13 pour cent du débit fluvial vers la mer.

A l'autre extrémité, la déforestation en amont, en provoquant une importante accumulation d'alluvions dans les estuaires, a bloqué plus d'un port et nécessité de coûteuses opérations de dragage, qui s'ajoutent aux pertes de recettes commerciales. Par ailleurs, les eaux usées rejetées à la mer sans aucune forme de traitement rendent l'eau impropre à la baignade et y encouragent la prolifération d'algues qui la privent d'oxygène, tuant ainsi poissons et autres formes de vie marine.

• La nécessité d'une coordination

La Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), qui s'est tenue à Rio de Janeiro en 1992, a plaidé pour une gestion intégrée des zones côtières afin de permettre un développement qui préserve les ressources des générations futures. Le Projet de l'UNESCO relatif à l'environnement et au développement dans les régions côtières et les petites îles, lancé en 1996, est l'une des réponses à ce problème.

• La législation internationale

Cette convention, entrée en vigueur en novembre 1994 (bien que certains signataires ne l'aient pas encore ratifiée) a, d'après Federico Mayor, "ouvert une ère nouvelle dans l'histoire des relations entre l'homme et la mer". Cette législation aura un impact majeur sur les Etats côtiers et insulaires, puisque plus de 90 pour cent des ressources naturelles et vivantes du globe se trouvent autour du plateau continental. L'UNCLOS a considérablement élargi le territoire des Etats côtiers. Ainsi, le principe de la ZEE a donné à l'Australie quelque 11 millions de kilomètres carrés d'eaux côtières et, étant donné que l'arrière-pays est presque entièrement désertique, 80 pour cent de la population australienne vit en bordure de cette zone.


1 Sommet de la mer, St Johns, Terre-Neuve, Canada, 1-6 septembre 1997
2 D'après J.D. Milliman, Nature, Royaume-Uni, 27 mars 1997