LE DIRECTEUR GENERAL DEVELOPPE DEVANT LE CONSEIL EXECUTIF SA VISION DU FUTUR DE L'UNESCO
Paris, 11 octobre {No. 2000-100} - L'UNESCO doit être " le forum mondial où la communauté internationale peut aider à apporter un sens et une conscience aux processus de mondialisation ", a déclaré aujourd'hui le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, en proposant au Conseil exécutif sa vision des stratégies et programmes de l'Organisation pour les années à venir.
Plaçant cette stratégie dans le contexte de l'actuel processus de
réforme de l'UNESCO, le Directeur général a déclaré : " Pour aller vers
une mondialisation à visage humain, je propose d'articuler les activités
futures de l'Organisation autour de trois axes stratégiques : [...]
protéger le bien commun, renforcer la diversité et promouvoir le partage
des connaissances. [...] La première tâche, la protection du bien
commun, correspond à la vocation éthique universelle de l'Organisation
". Pour lui, cette tâche exige que l'UNESCO sache " développer dans ses
domaines de compétence des principes, normes et standards, basés sur des
valeurs partagées - et même si nécessaire de nouveaux mécanismes
régulateurs - afin de défendre des droits universellement reconnus ".
" A côté de l'économie de marché concernant les biens, il y a d'autres
dimensions de la vie des sociétés ", a souligné Koïchiro Matsuura,
ajoutant que ces dimensions - qui ont pour nom : culture, savoir et
recherche - " relèvent d'un autre ordre : celui des symboles, de la vie
communautaire, des choses de l'âme et de l'esprit " et " reposent sur le
long processus de la transmission des connaissances : l'éducation ".
Qualifiant l'éducation de tout premier des biens communs, il a pourtant
précisé : " Un bien que nous ne pouvons pas vraiment considérer comme
"bien commun" tant que tous n'y auront pas accès. Un bien que nous ne
pourrons jamais appeler "bien commun" si ceux qui gouvernent ne sont pas
convaincus de leurs responsabilités permanentes. Et, sans aucun doute,
un bien qui ne peut pas être laissé au seul jeu des forces du marché ".
L'UNESCO doit également contribuer à ce que les implications éthiques
des progrès scientifiques et technologiques soient dûment prises en
compte. Le Directeur général a précisé que l'UNESCO devait fournir, tant
aux gouvernements qu'à l'opinion, un cap à suivre et des principes dans
des domaines comme les sciences de la vie, l'eau, l'espace et l'énergie.
Elle doit aussi relever le défi éthique posé par les nouvelles
technologies de l'information et de la communication. L'UNESCO se doit
de promouvoir l'accès du plus grand nombre à l'information relevant du
domaine public, qu'elle concerne la science, la culture ou l'éducation.
Elle doit aussi encourager la compréhension entre les cultures, a ajouté
Koïchiro Matsuura, en précisant : " L'UNESCO ne peut pas rester les bras
croisés quand pointe la menace du repli sur soi, de l'intolérance et de
la xénophobie ".
Le deuxième axe stratégique - renforcer la diversité - vise pour sa
part " à encourager des réponses locales aux processus mondiaux, en
prenant en compte la diversité des besoins et des aspirations, des
environnements et des modes de vie, des identités et des cultures ".
Pour le Directeur général, " l'UNESCO doit défendre vigoureusement le
maintien de la diversité sous toutes ses formes : diversité biologique, diversité culturelle et
linguistique, toute la mosaïque des expressions culturelles qui
constitue notre patrimoine culturel, tangible et intangible. [...] La
diversité suppose aussi que l'on adapte les manuels scolaires et le
contenu éducatif aux contextes spécifiques de ceux qui apprennent :
c'est ce qui fait ou non leur qualité. Et la diversité doit également
être la règle dans le cyberespace, dans la production audiovisuelle et
dans les médias ".
A propos du troisième axe de la stratégie de l'UNESCO - promouvoir le
partage des connaissances -, Koïchiro Matsuura a déclaré : " Dans les
naissantes sociétés du savoir, l'Organisation a le devoir de promouvoir
l'accès de tous à l'information et à la connaissance, que ce soit par le
biais des anciens ou des nouveaux canaux et médias. [...] De par leur
formidable potentiel, les nouvelles technologies de l'information et de
la communication deviennent très rapidement le grand moteur des
transferts de savoir. Je pense même qu'elles serviront à préserver les
formes traditionnelles de savoir ".
Deux grandes préoccupations sous-tendent l'ensemble de ces orientations
: la lutte contre la pauvreté, en particulier l'extrême pauvreté, et la
mise à contribution des nouvelles technologies de l'information et de la
communication pour le développement de l'éducation, de la science et de
la culture.
En ce qui concerne le futur proche (le Projet de programme et budget
pour 2002-2003), Koïchiro Matsuura a insisté sur le recentrage des
activités de l'UNESCO : " J'ai choisi de faire des propositions
drastiques, en retenant cinq domaines d'action hautement prioritaires,
auxquels je propose d'affecter au minimum 50 % de ressources
additionnelles par rapport à celles dont ils disposent actuellement. Ces
cinq domaines sont : l'éducation de base ; la recherche en matière de
gestion des ressources en eau ; l'éthique des sciences et des
technologies ; la diversité, le pluralisme et le dialogue interculturel
; et l'accès à l'information pour tous, en particulier celle qui relève
du domaine public ".
****