SAMUEL RUIZ GARCIA ET JULIO
MARIA SANGUINETTI ONT
RECU LE PRIX INTERNATIONAL SIMON BOLIVAR 2000
Paris, 24 octobre (N°2000-106)
- Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a remis hier soir,
au siège de l’Organisation, le Prix international Simón Bolívar 2000 à
Samuel Ruiz García, ancien évêque du Chiapas (Mexique), et Julio María
Sanguinetti, ancien Président de la République de l’Uruguay.
Après avoir souligné la
vocation universelle de ce prix qui porte le nom d’une “ figure majeure de
la culture hispano-américaine ” mais qui a notamment été octroyé à Nelson
Mandela, au Roi Juan Carlos d’Espagne, à Václav Havel, à Aung San Suu Kyi,
à Julius Nyerere et à Mário Soares, le Directeur général a déclaré que le
choix du jury souhaitait honorer “ deux facettes d’une société complexe
où les institutions ne correspondent plus nécessairement à leurs symboles ”.
Koïchiro Matsuura a rappelé
le long combat de Samuel Ruiz García, en tant qu’évêque du Chiapas: “
Vous vous êtes consacré tout entier au bien-être et à la défense de la
culture des populations du Chiapas, tout en vous impliquant à fond, à la fois
comme acteur humanitaire sur le terrain et comme médiateur politique sollicité
par tous, pour aider à soulager les souffrances causées par les multiples
conflits qui embrasèrent cette région aux confins du Mexique et de l’Amérique
centrale […]. Parfois contesté, même menacé de mort, mais toujours inspiré
par une profonde notion de solidarité humaine et par une conviction solidement
ancrée quant à la légitime aspiration des peuples autochtones des Amériques
à la liberté et à la dignité, vous avez fini par imposer respect à tous ”.
Le Directeur général a salué
en Julio María Sanguinetti le ministre qui n’a pas hésité à démissionner
face aux violations du droit et au coup d’Etat militaire de 1973. Koïchiro
Matsuura a déclaré : “ Connu pour votre parcours politique, vous ne l’étiez
pas moins comme homme de lettres. Ecrivain, journaliste, c’est par la plume
comme par la parole que vous avez combattu en faveur des droits de l’homme et
de la démocratie, à l’heure sombre où ceux-ci se virent proscrits. Dans la
sérénité que retrouve votre pays aujourd’hui, nul ne saurait cependant
oublier les embûches qui parsemèrent la transition entre cette époque de fer
et l’ère actuelle de pluralisme politique, et surtout de liberté. Cette
transition, vous l’avez initiée, par votre écriture, votre éloquence, vos
talents de négociateur. Quant à la liberté, vous l’avez enfin consolidée
grâce à l’appui de votre peuple, "el pueblo que siempre es más sabio
que todos los sabios", ce peuple toujours plus sage que tous les sages,
comme disait Simón Bolívar ”.
Dans son discours de
remerciement, Samuel Ruiz García a souligné qu’à travers lui c’était les
ethnies du Chiapas, du Mexique et du continent américain, et même tous les
peuples autochtones du monde, qui recevaient ce prix : “ Ce sont leurs luttes,
leurs souffrances, leurs aspirations et espérances qui doivent être reconnues
”. Il a réaffirmé sa volonté de les accompagner “ dans leur recherche de
la justice et de la dignité ”. Samuel Ruiz García a exprimé sa fierté “
de voir aujourd’hui les plus humbles de la terre, les aborigènes qui occupent
le plus bas étage de la société, lancer un message d’espoir mais aussi
interpeller le vieux monde. Leur message proclame que seul un nouveau type de
société pourra permettre une coexistence dans le respect des légitimes
différences culturelles […] ainsi qu’une authentique fraternité ”.
Julio María Sanguinetti a,
pour sa part, insisté sur le rôle de l’éducation : “ Comme le disait
Simón Bolívar "A la base de la liberté, il y a l’éducation". C’est
une des grandes valeurs que défend l’UNESCO […] et c’est la grande cause
à travers laquelle nous devons soutenir notre projet démocratique, notre
projet démocratique en perpétuelle construction ”. Il a ajouté : “ L’éducation
et la science ont été les deux bases de l’UNESCO et nous devons plus que
jamais les redéfinir, les encourager et les valoriser en ces temps de
mondialisation que nous vivons aujourd’hui. […] L’éducation sans la
science peut être pauvreté. La science sans éducation peut mener à se perdre
moralement car si la science libère, elle déchaîne aussi des forces
profondément dangereuses. Avec elle, on peut produire des antibiotiques ou
construire des bombes atomiques. Il faut donc qu’elles soient toutes les deux
au service de valeurs supérieurs qui sont celles qui animent l’esprit de
notre diversité latino-américaine ”.
Pour sa part, l’Ambassadeur
et Délégué permanent du Venezuela auprès de l’UNESCO, Hiram Gaviria
Rincón, a salué des lauréats qui ont montré le chemin vers une société
plus juste et plus humaine et qui ont contribué à faire des idéaux du
Libertador - liberté, indépendance et solidarité entre les nations - une
réalité. Soulignant la diversité culturelle de l’humanité, il a déclaré
: “ Face au monde toujours plus global d’aujourd’hui […], le continent
latino-américain doit réaffirmer sa propre identité culturelle et, à travers
celle-ci, parvenir à l’unité de ses peuples ”.
Le Prix international Simón
Bolívar de l’UNESCO a été créé en 1978 par le Conseil exécutif à l’initiative
du gouvernement du Venezuela et grâce à son soutien. Il est doté d’un
montant de 25 000 dollars et récompense tous les deux ans une activité
particulièrement méritoire ayant contribué, en conformité avec les idéaux
de Bolívar, à la liberté, à l’indépendance et à la dignité des peuples,
ainsi qu’au renforcement de la solidarité entre nations.
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