LE COMITE INTERNATIONAL DE
BIOETHIQUE REUNI A QUITO
Quito, 8 novembre (N°2000-111)
- Les tendances actuelles et perspectives d’avenir des recherches sur le
vieillissement, ainsi que l’éducation à la bioéthique ont été les
premiers thèmes abordés par le Comité
international de bioéthique de l’UNESCO (CIB), réuni depuis le 7
novembre à Quito (Equateur) pour poursuivre sa réflexion sur les enjeux
éthiques et juridiques de la recherche dans le domaine des sciences de la vie
et de leurs applications.
Lors de la cérémonie d’ouverture
de cette 7e session, Georges
Kutukdjian, Secrétaire général du CIB et représentant du Directeur général
de l’UNESCO, a remercié l’Equateur - “ un des premiers pays
latino-américains à avoir mis en place un comité national de bioéthique ”
- d’avoir accueilli cette réunion. Il a ajouté : “ Pas une semaine ne s’écoule
sans que des articles dans des revues scientifiques ou des grands journaux ne
relatent de nouvelles découvertes génétiques. Ces découvertes et leurs
applications concernent tous les pays, développés ou en développement ”.
Le Japonais Ryuichi Ida,
réélu Président du CIB, a déclaré pour sa part : “ Nous arrivons aujourd’hui
à saisir la quasi totalité du génome humain. […] Les données génétiques
de chaque individu nous apporteront la médecine sur mesure. Cependant ces
caractéristiques génétiques pourraient être utilisées de manière abusive
pour des discriminations de toutes sortes, voire même pour la négation d’une
vie humaine ”. Il a également rappelé que la responsabilité du CIB ne s’arrête
pas au domaine de la génomique : “ Tout le développement scientifique qui
touche à la vie humaine entre dans notre champ d’action ”.
Le Vice-Président de l’Equateur,
Pedro Pinto Rubianes, a souligné que les progrès scientifiques et
technologiques plaçant le citoyen ordinaire dans une situation de désarroi,
“ il est normal que face à une telle perplexité, l’être humain recherche
des solutions qui soient moralement acceptables et que celles-ci se
convertissent en normes pour les actions suivantes ”. A cet égard, il a
réaffirmé l’adhésion de son pays à la Déclaration universelle sur le
génome humain et les droits de l’homme et souligné que “ ceux qui
détiennent l’information génétique ont le devoir de la partager avec le
reste de la famille humaine sans discrimination ou exploitation d’aucune sorte
”.
Dès le premier jour de cette
session, une table ronde intitulée L’éducation à la bioéthique.et
animée par le Président du Comité italien de bioéthique, Giovanni Berlinguer,
a réuni: Amnon Carmi, Président de la World Association for Medical Law (WAML),
Myriam Cotler, Directeur du Département des sciences de la vie à la California
State University, Leonardo D. De Castro, Professeur de philosophie à l’Université
des Philippines, Fernando Lolas Stepke, directeur du Programme régional de
bioéthique de l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO), et Darryl
Macer, Directeur du Eubios Ethics Institute (Université de Tsukuba, Japon).
Dans son introduction, Giovanni
Berlinguer a souligné les deux aspects principaux de cette éducation à la
bioéthique : l’éducation des professionnels et l’éducation à la
bioéthique dans le système scolaire, deux aspects fondamentaux mais encore
sous-développés. Pour Giovanni Berlinguer, l’éducation à la bioéthique
dans le système scolaire doit commencer dès l’école primaire et l’interaction
entre enseignants et enseignés est indispensable car il s’agit avant tout de
stimuler les choix personnels et la participation de chacun à la décision
collective.
Amnon Carmi a présenté le
Projet international sur l’éducation en bioéthique dans les facultés de
médecine qui concerne 30 pays et qui est appuyé par l’UNESCO et les plus
grandes associations professionnelles. Son constat sur la situation actuelle a
été sévère : “ L’éducation à la bioéthique n’a pas reçu l’attention
nécessaire dans les établissements d’enseignement médical du monde entier
”. Pour sa part, Myriam Cotler a abordé les objectifs principaux de l’éthique
médicale mais aussi ses principaux écueils. “ Les décisions médicales sont
généralement des choix. Ils reposent sur des faits, des probabilités et des
résultats incertains. L’acte essentiel de la profession consiste à choisir
entre ce qui peut et ce qui doit être fait pour un patient donné ” , a-t-elle
déclaré. Refusant de considérer la médecine comme la somme de disciplines de
base, elle l’a présenté comme “ le choix de la bonne décision, celle qui
est bonne pour le patient ”.
Leonardo D. De Castro est parti
dans une toute autre direction en proclamant la nécessité d’une approche
plus démocratique de l’éducation à la bioéthique : “ L’éducation à
la bioéthique ne doit pas se réduire à une simple fourniture d’information.
Si elle doit avoir un sens, elle doit offrir à la plus vaste audience possible
un forum pour le débat communautaire […] Un forum qui facilite un processus
de conversation menant à la réflexion ”. Cette approche démocratique qui
vise les moins instruits, ceux qui appartiennent aux secteurs les plus pauvres
et les plus faibles de la société, passe par un recours aux moyens les plus
efficaces de répandre de l’information, les médias. Il a illustré son
propos en évoquant les droits protégeant les sujets de la recherche médicale,
droits formulés pour les chercheurs et les membres des comités de surveillance
éthique plutôt que pour les sujets eux-mêmes.
Fernando Lolas Stepke a
présenté le Programme régional de bioéthique de l’Organisation
panaméricaine de la santé et certaines de ses expériences - utilisation de
bandes dessinées - visant les 12-18 ans. Pour sa part, Darryl Macer a affirmé
avoir reçu sa première leçon de bioéthique au moment où son cordon
ombilical a été coupé, le transformant en une unité autonome, et la
deuxième leçon quand il a commencé à téter sa mère, ce qui lui a permis de
réaliser sa dépendance vis-à-vis des autres. Pour lui, l’éducation à la
bioéthique démarre à la naissance et son efficacité tient au fait qu’on a
les yeux et les oreilles ouvertes. “ Elle vise à donner à l’homme les
moyens d’affronter des dilemmes moraux ”, a-t-il ajouté.
Cette table ronde a été
précédée par une présentation d’Huber Warner, Directeur associé du
Programme de biologie du vieillissement (Institut national sur le vieillissement,
Etats-Unis), sur les tendances actuelles des recherches sur le vieillissement,
notamment en génétique. Les travaux vont se poursuivre jusqu’au 9 novembre,
avec notamment la présentation du rapport sur les aspects éthiques des
recherches sur les cellules souches embryonnaires.
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