LE COMITE INTERNATIONAL DE BIOETHIQUE
A TENU SA 7e SESSION A QUITO
Quito, 13 novembre (N°2000-115)- La 7e session du Comité international de bioéthique
de l'UNESCO (CIB) qui s'est tenue à Quito (Equateur) du 7 au 9 novembre,
a permis aux quelque 150 participants - les membres du CIB mais aussi
des représentants d'organisations du système des Nations Unies,
d'organisations intergouvernementales et non gouvernementales et des
membres de comités nationaux de bioéthique - d'examiner de grandes
questions soulevées par les progrès biomédicaux, en particulier ceux de
la génétique.
Lors de cette session, le Comité international de bioéthique a proposé
la création d'un mécanisme - voire d'un fonds - international, alimenté
par une partie des bénéfices réalisés par les entreprises privées et
publiques à partir des données du génome humain. Ceci afin de financer
la recherche, l'éducation et la formation, la diffusion des
connaissances et l'information, le soutien à des groupes vulnérables et
la promotion de la bioéthique.
Cette proposition du CIB constitue la principale recommandation d'un
rapport sur la solidarité et la coopération internationale entre les
pays développés et pays en développement concernant le génome humain. Ce
rapport, préparé par un groupe de travail présidé par le Jordanien
Mohammad Hamdan, Recteur de l'Université libre arabe (Arabie saoudite),
et présenté au CIB le 9 novembre par Mehmet Öztürk, Président du
Département de biologie moléculaire et de génétique de l'Université de
Bilkent (Turquie), dresse un panorama particulièrement intéressant des
nouvelles formes de collaboration entre pays développés et pays en
développement, ainsi que des collaborations régionales ou des
collaborations Sud-Sud.
Pour développer cette solidarité et cette coopération internationale
dans le cadre spécifique du génome humain, le groupe de travail propose
d'intervenir à cinq niveaux. Il considère qu'il faut encourager,
soutenir et promouvoir : le libre accès à la connaissance et à
l'information scientifiques ; l'accès à la connaissance et à
l'information scientifiques par la formation de chercheurs et de
spécialistes dans le domaine de la génétique humaine ; la recherche en
génétique humaine ; la mise en oeuvre de structures de recherche et
d'éducation ; l'évaluation des risques et des avantages des recherches
concernant le génome humain.
A Quito, un autre projet de rapport, consacré à l'utilisation des
cellules souches embryonnaires pour la recherche thérapeutique, a été
examiné par le CIB lors d'un débat animé et constructif. Ce projet -
présenté par le juriste Alexander McCall Smith (Royaume-Uni) et le
Professeur de génétique moléculaire Michel Revel (Israël) - porte sur un
sujet d'une grande actualité puisque de nombreux chercheurs veulent
travailler sur ces cellules souches qui peuvent conduire à des progrès
considérables dans le traitement de maladies aujourd'hui difficiles ou
impossibles à soigner.
C'est aussi un sujet très controversé. Etant donné en effet que ce sont
les cellules souches embryonnaires (cellules ayant la capacité de se
différencier en toutes formes de cellules) qui présentent le meilleur
potentiel de développement (les cellules souches adultes, présentes dans
le corps humain, n'ont pas ce même potentiel), une question éthique se
pose : est-il acceptable d'utiliser un embryon humain à des fins de
recherches thérapeutiques ? Des opinions très différentes existent à ce
propos et le CIB a pu le constater jusque dans ses propres rangs. Des
progrès notables ont pourtant été enregistrés lors des débats de Quito
et le rapport que le CIB doit encore mettre au point sera disponible en
avril 2001.
La séance intitulée Les aspects économiques des recherches sur le génome
humain et présidée par Michael Kirby, Juge à la Cour suprême
d'Australie, a constitué un autre moment fort de cette 7e session. On a
pu y écouter le Français Pascal Brandys, Président de France Biotech, le
Mexicain José Maria Cantú, Président du Projet latino-américain sur le
génome humain (PLAGH), et le Chinois Huanming Yang, Directeur du Centre
sur le génome humain de l'Académie chinoise des sciences médicales et
Secrétaire général du Projet chinois sur le génome humain.
Pascal Brandys qui représentait le point de vue de l'industrie de la
biotechnologie a déclaré : " L'industrie souhaite un cadre éthique pour
ses travaux et peut, elle aussi, y apporter sa contribution ". A ses
yeux, le débat sur le génome humain est faussé par des simplifications :
le séquençage est une chose, la connaissance de la structure des gènes
et, surtout, le passage de cette connaissance aux applications en est
une autre. Affirmant que l'information sur le génome constitue un bien
public, il a admis que la structure du génome, elle, n'était pas encore
un bien public et que le secret serait maintenu pendant quelques années
car ceux qui l'étudient - organismes privés ou publics - souhaitent
conserver de l'avance pour trouver des applications et rentabiliser
leurs recherches.
José Maria Cantú et Huanming Yang ont défendu un tout autre point de vue
et critiqué une inégalité croissante. Pour le premier, à l'heure où
trois nouveaux gènes sont découverts chaque jour, " c'est le secteur
privé qui fixe les règles du jeu de la recherche " et les produits qui
en sortiront s'adressent aux populations des pays les plus riches. Il a
dénoncé cette " fièvre de l'or " et la course aux brevets. Huanming Yang
s'est prononcé pour le libre accès aux données de base brutes concernant
le génome et a dénoncé la monopolisation de ces données : " Le génome
humain est en danger. Il risque d'être confisqué par quelques compagnies
ou individus. Une guerre pour les bio-ressources risque d'éclater
bientôt ".
Lors de cette session, le CIB - qui compte 36 membres - a reconduit son
Bureau, avec Ryuichi Ida (Japon) comme Président ; Hector Gros Espiell
(Uruguay), Mohammad Hamdan (Jordanie), Michèle Jean (Canada) et Jacek
Zaremba (Pologne) comme Vice-présidents ; Yolande Tano Bouah (Côte
d'Ivoire) comme Rapporteur.
Comme lors de leurs précédentes réunions, les membres du CIB se sont
aussi penchés sur les dernières avancées de la recherche. A Quito, après
l'état des lieux consacré aux recherches sur le vieillissement, abordé
dès le premier jour, deux autres domaines spécifiques de la recherche
ont été présentés. James Pickel, du Laboratoire de biologie moléculaire
du National Institute of Neurological Disorders and Stroke, National
Institutes of Health (Etats-Unis) a fait le point sur les neurosciences,
et la Finlandaise Leena Peltonen, Professeur de génétique, a évoqué pour
ses collègues du CIB les perspectives ouvertes par l'achèvement de la
cartographie du génome humain.
Le Comité s'est également livré à une consultation d'associations de
patients sur les questions posées par l'application des principes
contenus dans la Déclaration universelle sur le génome humain et les
droits de l'homme (1997). Cette consultation - prévue par l'article 24
de la Déclaration mais qui constituait une première - a permis de donner
la parole aux personnes les plus directement intéressées par les
résultats et les méthodes des recherches menées en biologie et en
génétique. Des représentants de l'Association française pour les
myopathies (AFM), d'European Parkinsonians (EUROPARK) et d'Inclusion
International ont ainsi pu s'exprimer devant le CIB et réaffirmer
notamment que la recherche ne doit pas être une fin en soi mais viser
d'abord à soulager et guérir les malades.
Lors de la séance de clôture, présidée par Patricio Espinoza del Pozo,
Secrétaire d'Etat équatorien à la Santé publique, Ryuichi Ida, Président
du CIB, a qualifié cette session de fructueuse et souligné l'importance
du problème de la propriété intellectuelle qui est à la croisée des
avancées scientifiques, des activités économiques et des principes de la
bioéthique. Ce problème fera d'ailleurs l'objet d'un colloque
international intitulé Propriété intellectuelle et génomique que
l'UNESCO organise à Paris du 30 janvier au 1er février 2001.
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Pour plus d'informations, consultez le site Internet :
www.uneco.org/ethics