LANCEMENT D'UN CODE DE DEONTOLOGIE POUR LES NEGOCIANTS LORS DE
L'ANNIVERSAIRE DE LA CONVENTION CONTRE LE TRAFIC ILLICITE DES BIENS
CULTURELS
Paris, 16 novembre {N°2000-119}- L'UNESCO a lancé hier un Code international de
déontologie pour les négociants en biens culturels, à l'occasion de la
célébration du 30e anniversaire de sa Convention sur les mesures à
prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le
transfert de propriété illicites des biens culturels (1970). Lors de
cette célébration, des voix se sont élevées pour dénoncer la complicité
entre des négociants peu scrupuleux, des collectionneurs et certaines
institutions.
La journée anniversaire était dédiée au bilan et à l'analyse de
la Convention de 1970, premier instrument juridique mondial de
protection du patrimoine culturel contre le vol et le pillage, mais
aussi de la Convention de 1995 (UNIDROIT) sur les biens culturels volés
ou exportés illégalement. Elle s'est achevée par le lancement du code de
déontologie qui a été approuvé en novembre 1999 par l'organe directeur
suprême de l'UNESCO, la Conférence générale. Les négociants qui adoptent
le code renoncent à faire le commerce d'objets qui pourraient être
volés, provenant de fouilles clandestines ou exportés de façon illicite,
et ils s'engagent à coopérer en faveur de leur restitution à leur pays
d'origine.
" Le Code a été conçu pour les marchands qui souhaitent montrer
qu'ils s'efforcent d'éviter toute association avec le commerce illicite
en vérifiant soigneusement leurs sources d'approvisionnement ", a
déclaré le Sous-Directeur général de l'UNESCO pour la Culture, Mounir
Bouchenaki, lors de la cérémonie de lancement. Le Code " est destiné à
tous les négociants qui fondent leur réputation sur leur intégrité et
souhaitent le faire savoir à leurs clients ", a-t-il expliqué en
ajoutant : " Cela devrait encourager les collectionneurs à suivre la
déontolovgie du Conseil international des Musées et à faire de leur mieux
pour s'assurer qu'ils achètent à des sources qui vérifient
méticuleusement l'origine des biens proposés à leurs clients ". Le Code
a été publié avec le soutien du Comando Carabinieri Tutela Patrimonio
Artistico, la police italienne du patrimoine artistique.
Mounir Bouchenaki a également invité les Etats à contribuer à un
Fonds créé par l'UNESCO pour soutenir les gouvernements cherchant à se
faire restituer des biens illégalement aliénés. Avec les ressources
nécessaires, a-t-il déclaré, le Fonds permettrait à l'UNESCO " d'aider
les Etats victimes de trafic illicite à mettre en place des programmes
de sensibilisation, à renforcer leur capacité à endiguer le trafic à sa
source par la formation spécialisée de policiers et de douaniers, [et] à
entreprendre des inventaires nationaux pour suivre à la trace les objets
volés ou disparus ".
Plus tôt dans la journée, la ministre français de la Culture,
Catherine Tasca, avait adressé un message à l'UNESCO annonçant que le
gouvernement français avait décidé de ratifier la Convention de droit
privé UNIDROIT " dans les meilleurs délais " et précisant qu'un projet
de loi l'y autorisant allait être soumis dans les prochaines semaines au
Parlement.
Au début de la manifestation, Andrea Rascher, Chef du Service
juridique de l'Office fédéral suisse de la Culture, a décrit la
Convention de l'UNESCO de 1970, ratifiée à ce jour par 91 pays, comme "
la première convention universelle régulant le transfert international
d'objets culturels. Elle stipule, a-t-il ajouté, le droit de chaque Etat
à voir son patrimoine culturel reconnu et protégé. Dans un monde où ont
lieu de plus en plus de transactions légales et illégales sur les biens
culturels, la protection du patrimoine culturel requiert à la fois des
règles - de droit public et privé - internationales et des lois et
réglementations nationales ".
Colin Renfrew, Lord Renfrew de Kaimsthorn, Directeur de
l'Institut McDonald pour la Recherche archéologique à l'Université de
Cambridge (Royaume-Uni), a souligné les dommages importants subis par
les sites archéologiques à la suite de pillages. " Nous pouvons saluer
certains aspects positifs de la Convention de l'UNESCO et certains de
ses effets positifs ", a expliqué Lord Renfrew. Il a ajouté : " D'abord,
elle stipule qu'un bien culturel doit être protégé de façon adéquate et
elle fournit un cadre. De plus, des accords bilatéraux, passés sous son
égide - par exemple ceux entre les Etats-Unis et le Mali, le Pérou ou le
Guatemala - ont permis une protection significative des antiquités et,
par là même, des sites de ces pays ".
" En revanche, a-t-il poursuivi, nous devons noter que, dans
d'autres domaines, sa réussite a été moindre. Le pillage des sites
archéologiques est toujours très répandu. Dans certains pays - ceux de
l'Afrique de l'Ouest, dont le Mali, et aussi beaucoup de pays de
l'Amérique latine, y compris le Pérou - les déprédations sont tellement
importantes qu'elles ruinent tout espoir de voir établir la préhistoire
et l'histoire de ces pays à partir de l'archéologie. Rappelons-nous que
la perte la plus importante est la perte d'information consécutive au
pillage des sites. Avec la destruction du site d'une découverte
archéologique disparaît le contexte de cette découverte, même si le bien
découvert lui-même n'est pas perdu ".
Parlant des solutions du problème, Lord Renfrew a déclaré : " Le
seul espoir que je vois pour le patrimoine culturel du monde est que
nous parvenions à stigmatiser la vente d'antiquités sans indication de
provenance ". Il a notamment appelé les musées à cesser de faire des
expositions et de beaux catalogues autour d'antiquités sans indication
de provenance car une telle publicité ne sert qu'à augmenter la valeur
marchande des objets volés et à légitimer leur commerce. " Quel tissu de
complicité quand on voit dans certains des plus grands musées du monde
des expositions d'antiquités sans indication de provenance, qui sont
suivies du don ou de la vente de certaines de ces pièces à ces mêmes
musées, don ou vente souvent accompagnés de déductions fiscales
substantielles, de la reconnaissance publique et d'un hommage rendu par
l'institution au collectionneur ", a-t-il poursuivi.
Jean-Pierre Jouanny, d'Interpol, a parlé de l'engagement de
longue date de son organisation dans la lutte contre le trafic et de ses
efforts les plus récents - notamment à l'aide des nouvelles technologies
- pour diffuser l'information sur les objets volés. Il a notamment
souligné : " La modernisation considérable des transports et des
communications, les rendant plus efficaces et plus accessibles, a
favorisé le développement international des activités criminelles et a
rendu nécessaire des instruments de coopération efficaces ". A titre d'exemple, Jean-Pierre Jouanny a indiqué que près de 6 000 vols
d'oeuvres d'art avaient été signalés en France en 1999, plus de 2 000 en
Russie, Allemagne, République tchèque et Italie respectivement.
Le Général Roberto Conforti, du Comando Carabinieri Tutela
Patrimonio Artistico, a souligné la nécessité d'une coopération
internationale pour faire échec à des trafiquants très organisés. Il a
mis l'accent sur " l'intérêt du crime organisé dans le marché de l'art
qui représente des millions de dollars ". " Là où il y a l'argent, il y
a le crime ", a-t-il déclaré, expliquant que la suppression des
frontières [en Europe] avait favorisé le trafic illicite. [...] Nous
dépendons du concept de coopération, c'est la seule manière de faire
face à la mondialisation du phénomène ".
Dans le cadre de la célébration, le Comando Carabinieri Tutela
Patrimonio Artistico a exposé une trentaine d'objets archéologiques
étrusques volés qu'il a récemment récupérés. Des reproductions de
peintures volées et retrouvées étaient également exposées. Dans le même
souci de sensibilisation du public à ce problème, l'UNESCO a produit un
kit d'information contenant des cartes postales représentant des objets
culturels volés. L'Organisation espère que ces cartes postales, les
premières d'une série, aideront à localiser et à récupérer ces objets.
Manus Brinkman, Secrétaire général du Conseil international des
musées (ICOM), a présenté les initiatives de son organisation pour
lutter contre le trafic, par la publication d'une Liste rouge d'objets
volés, et par des protestations contre des expositions et ventes - par
des musées et des marchands de renom - d'objets volés. Il a également
plaidé en faveur de la nécessité d'une formation juridique et expliqué
que les pays devaient être conscients du besoin de traduire leurs lois
les plus importantes, car trop souvent des actions ne pouvaient être
entreprises en raison d'un manque de connaissance sur les lois pouvant
être utilisées pour arrêter des ventes ou obtenir la restitution de
biens volés.
Manus Brinkman a conclu : " Au plan mondial, le vol d'oeuvres
d'art est déjà très grave quand on voit des sociétés entières
dépossédées de leur identité culturelle; il est encore plus grave pour
des cultures qui n'ont pas une histoire culturelle écrite très riche ".
L'anniversaire a été célébré en présence de la Présidente du Conseil
exécutif de l'UNESCO, Sonia Mendieta de Badaroux, et de représentants
d'Etats membres et d'organisations internationales impliquées dans la
lutte contre le trafic illicite de biens culturels.
Pour plus d'information: http://www.unesco.org/bpi/convention1970/
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