LE DIRECTEUR GENERAL DE L'UNESCO PRESENTE SA VISION DE L'EDUCATION POUR TOUS
Paris, 15 février {N°2000-11} - Le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a
présenté, dans la perspective du Forum mondial de l'éducation qui se tiendra
à Dakar (Sénégal) en avril de cette année, sa vision de ce que devrait être
le travail de l'Organisation avec les autres organisations
intergouvernementales et non gouvernementales afin de promouvoir l'éducation
de base.
M. Matsuura a mis en garde contre le fait que " les écoles sont de plus en
plus des forteresses du passé plus que des avenues vers le futur " et
qu'elles ont été dépassées par le rythme rapide du changement dans la
société et la technologie. " Les élèves se rendent compte que les écoles
arrivent de moins en moins à les préparer à l'avenir ", a-t-il déclaré. "
L'éducation ne pourra pas être à la hauteur des attentes, à moins qu'il y
ait une révolution, tranquille mais profonde, de la façon d'enseigner ".
L'éducation pour tous, - atteindre même ceux qui en sont exclus -, a déclaré
M. Matsuura, " nécessite des modalités, nouvelles et novatrices, souvent
au-delà des bureaucraties et des systèmes éducatifs existants ". Il a
expliqué que " les bases de telles nouvelles approches sont souvent à
trouver dans les expériences des ONG et des institutions s'occupant des
zones rurales, de la réduction de la pauvreté, ou des populations
spécifiques ".
Le Directeur général s'exprimait ainsi hier lors d'une réunion du Comité
directeur des organisations du Forum consultatif international sur
l'éducation pour tous (EPT) - fondé lors de la Conférence de Jomtien (1990)
sur l'éducation pour tous afin d'étendre la portée de l'éducation de base au
monde entier et de réduire l'illettrisme. Le Forum réunit le Programme des
Nations Unies pour le développement (PNUD) ; l'UNESCO ; le Fonds des Nations
Unies pour l'enfance (UNICEF) ; le Fonds des Nations Unies pour la
population, (FNUAP) ; la Banque mondiale, et les principaux bailleurs de
fonds bilatéraux, des ONG pour l'éducation et des représentants de
gouvernements de toutes les régions du globe.
Félicitant le Comité directeur pour avoir maintenu la question sur "
l'agenda prioritaire du développement mondial ", M. Matsuura a parlé de
l'évaluation des tendances de l'éducation de base pendant les années 1990,
évaluation qui a duré deux ans et qui s'achève maintenant, et a déclaré : "
Mon principal souci est que l'élan généré par vos efforts et ceux des 183
pays qui ont participé à l'évaluation soit poursuivi et amplifié ", et il
s'est engagé à ce que " l'UNESCO reste résolument au sein de l'alliance
inter-agences soutenant l'EPT ".
M. Matsuura a souligné que l'évaluation mondiale de l'EPT " doit nous donner
la meilleure photographie de la réalité de l'EPT que le monde ait jamais eue
", et a ajouté que cette initiative était peut-être " le plus grand projet
de recherche mené à la fin du XXe siècle ".
Il a prédit que le Forum mondial, qui se tiendra du 26 au 28 avril à Dakar,
créera " un nouveau et dynamique Cadre d'action pouvant servir de
guide à toutes les parties prenantes - gouvernements, ONG, société civile et agences - pour accélérer les progrès
de l'éducation pour tous ". Mais, a-t-il expliqué, le suivi et la mise en
oeuvre, si cruciaux, du Cadre imposeront à chaque pays et à chaque agence
internationale " de déterminer une vision et une stratégie correspondante
grâce auxquelles chacun d'entre eux pourra mobiliser ses propres ressources
pour la cause de l'EPT ". Il a ajouté : " En tant qu'agence des Nations
Unies mandatée pour l'éducation, et en tant qu'instance intergouvernementale
des ministres de l'Education du monde entier, l'UNESCO doit entreprendre
cette tâche avec le plus grand engagement ".
Décrivant la vision de l'UNESCO pour l'EPT, M. Matsuura a souligné que le
débat s'est pour l'instant concentré sur les modalités de l'offre
d'éducation pour tous " plus que sur ce que devrait exactement constituer
une éducation de base de qualité au XXIe siècle ". Il s'est engagé à ce que
" l'UNESCO continue à faire campagne pour qu'une attention particulière soit
donnée au concept globalisant " de l'EPT et a déclaré que, à cette fin, "
des partenariats plus importants et des modalités nouvelles seront
recherchés ".
L'UNESCO, a-t-il dit, considère que l'EPT englobe " la scolarisation des
enfants mais s'étend aussi aux jeunes et aux adultes, à l'éveil des très
jeunes enfants, à l'alphabétisation des adultes, à la formation de
compétences et à l'éducation non-formelle ". M. Matsuura a regretté que l'on
n'ait pas porté " une attention suffisante au contenu et aux messages
fondamentaux de l'éducation de base " et a souligné que " l'éducation de
base nécessaire aujourd'hui ne peut se résumer à savoir lire, écrire et
compter ".
" Chaque communauté a besoin de citoyens capables de comprendre le progrès
scientifique et ses applications essentielles à la santé, au développement
durable et à la lutte contre les fléaux tels que le sida. Les individus et
les communautés doivent faire appel aux possibilités offertes par la culture
afin de s'assurer que la mondialisation et l'homogénéisation des
connaissances - qui en découle - soient contrebalancées par la préservation
de la diversité culturelle et des identités individuelles. [...] Chaque
société et chaque citoyen ont besoin de valeurs et d'aptitudes pour contrer
l'intolérance et les conflits à la base ", a expliqué M. Matsuura.
" L'UNESCO mettra à disposition ses compétences intersectorielles [...] afin
de faire face à ces besoins sociétaux et individuels urgents ", a promis le
Directeur général, ajoutant que les résultats de l'évaluation de l'EPT
avaient apporté " un nouveau souffle à la campagne de sensibilisation, une
prise de conscience du public et une mobilisation sociale ". De plus,
l'évaluation rend possible " une analyse des données qui pourra être
traduite en décisions politiques, en programmes, projets et redéfinition des
priorités et des ressources ".
" L'UNESCO continuera, sur cette lancée ", a déclaré M. Matsuura, " à
développer [...] une culture d'analyse de l'information au niveau national.
Nous serons [...] une mine d'information et un canal d'information sur ce
qui se passe dans l'éducation de base ". Il a également expliqué : " En tant
que dépositaire institutionnel des Nations Unies mandaté pour les
statistiques sur l'éducation, l'Institut de statistique de l'UNESCO
continuera à travailler en étroite collaboration avec vous et tous les
partenaires pour soutenir vos initiatives ". Il a aussi mis en relief la
contribution - dans le changement de contenu, de système et de pédagogie -
des Rapports mondiaux sur l'éducation de l'UNESCO ainsi que des Instituts
pour l'éducation de l'Organisation - à Paris, Hambourg, Genève, Addis-Abeba
et Moscou - en signalant leur approche académique et leurs réseaux reconnus.
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