LE RAPPORT MONDIAL SUR LA CULTURE 2000 APPELLE A LA PRESERVATION DU
PATRIMOINE CULTUREL IMMATERIEL
Paris, 17 novembre {No.2000-120}- L'humanité devrait élargir son concept de
patrimoine culturel afin d'ajouter aux monuments célèbres et aux sites
naturels les patrimoines immatériels que sont les traditions et les
coutumes. Ainsi le théâtre traditionnel de rue japonais rejoindrait le
Taj Mahal et le Grand Canyon, la vie fourmillante de la place Djemaa
el-Fna de Marrakech pourrait en faire partie au même titre que la
cathédrale de Chartres et la Grande Barrière de corail.
C'est l'une des idées dominantes du Rapport mondial sur la culture 2000
- Diversité culturelle, conflit et pluralisme, publié en anglais par les
Editions UNESCO (l'édition en français paraîtra bientôt).
Les dix-neuf chapitres du rapport examinent en profondeur une série de
questions concernant la culture, les politiques culturelles et, par
dessus tout, la diversité culturelle en cette époque de mondialisation
croissante. Parmi les autres sujets traités figurent : comment inclure
une dimension culturelle dans la manière dont le développement humain
est évalué ; jusqu'à quel point Hollywood domine-t-il le cinéma sur la
planète et quel est le futur de "l'exception culturelle" ; comment
réconcilier pluralisme culturel et identité nationale ; comme définir
injustice culturelle et reconnaissance culturelle ; comment les citoyens
de différents pays appréhendent leurs relations avec leurs voisinages,
leurs villes et leurs pays ; quels sont les livres les plus lus. De
nouvelles statistiques compilent aussi - pour la première fois - les
langages, les festivals, les religions et les sites les plus visités des
Etats membres de l'UNESCO.
Dans la préface, le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro
Matsuura, écrit que l'identité et l'expression culturelles sont mises à
l'épreuve de bien des manières par les processus de mondialisation et
que pour certains cela se traduit par un repli sur une conception
étroite de l'identité culturelle qui rejette la diversité. Si ce
phénomène est exploité politiquement ou exacerbé par d'autres facteurs,
la culture a vite partie liée avec le conflit.
" La rapidité des mutations sociales et économiques n'est pas en
phase avec les rythmes de la culture qui se mesure plus souvent en
termes d'expérience, d'étapes de la vie, voire de générations, plutôt
qu'en nanosecondes comme le font les réseaux numériques ", poursuit-il.
" L'UNESCO et ses nombreux partenaires doivent de toute urgence
rechercher les moyens de préserver les langues, les coutumes, les arts
et les savoir-faire des communautés les plus vulnérables face à un
changement qui balaie tout sur son passage ", explique le Directeur
général.
La Liste du patrimoine mondial contient 630 sites (480 sites
culturels, 128 naturels, et 22 mixtes). Son succès est tel qu'au moins
trente nouveaux sites sont proposés chaque année et, pour la plupart,
acceptés. Mais l'UNESCO est consciente du danger de voir la liste
pencher en faveur des catégories traditionnelles de l'histoire de l'art
"classique", centrée sur l'étude des monuments importants et des
civilisations "phares".
" Des régions sans patrimoine monumental continuent à être
sous-représentées sur la Liste même si elles ont des implantations
humaines et des écosystèmes traditionnels, des méthodes d'occupation de
l'espace et de la terre et des sites non construits de grande
signification culturelle et spirituelle, qui devraient légitimement leur
permettre de figurer dans la Liste ", souligne le rapport.
Différents auteurs du rapport suggèrent que le tissage manuel en
Inde (menacé par la production industrielle), le théâtre traditionnel de
marionnettes japonais, des artisanats immémoriaux tels que l'utilisation
africaine de la calebasse et de fibres végétales sauvages ainsi que la
vie culturelle de la place Djemaa el-Fna ont tous le droit d'être
considérés comme une partie du patrimoine culturel de l'humanité.
L'Indicateur du développement humain (IDH) occupe une place
centrale dans le débat public quand il est publié chaque année, souligne
le rapport. " La publication annuelle du nouveau classement IDH est un
sujet de grande importance. C'est un sujet de préoccupation pour de
nombreux chefs d'Etat ". Des auteurs du Rapport mondial sur la culture
2000 expliquent que les politiques de développement négligent de prendre
en compte la culture. " Il est temps que des indicateurs quantitatifs
contribuent à insérer la culture dans le débat sur les politiques de
développement ".
La domination par Hollywood de l'industrie du cinéma apparaît
dans le chapitre consacré à la mondialisation et l'identité culturelle.
C'est seulement dans trois pays (Chine y compris Hong Kong, Malaisie,
Philippines) sur les trente étudiés que les films américains
représentent moins de la moitié du box office. (L'Inde ne faisait pas
partie de l'étude) Des auteurs débattent de l'"exception culturelle" qui
s'est révélée une question si complexe dans les négociations
commerciales internationales. " Pour les questions culturelles, au
moins, un nouvel accord nécessite que la suprématie d'un Etat
démocratique sur une entreprise soit reconnue : aucun ordre légal ne
peut les rendre égaux ", écrit Elie Cohen, directeur de recherche au
Centre national de recherche scientifique (CNRS).
" En même temps, certains pays comme les Etats-Unis qui ont fait
de leur industrie culturelle l'un des domaines de spécialisation, ne
peuvent accepter de l'exclure des procédures commerciales
conventionnelles ", explique-t-il.
Réconcilier le pluralisme culturel avec l'Etat-nation est un
thème abordé dans la partie proposant six débats culturels. " En matière
de pluralisme culturel, la mondialisation a introduit au moins trois
complications majeures ", écrit le Professeur Arjun Appadurai de
l'Université de Chicago. " Elle a profondément aggravé les tensions
entre immigrés et citoyens. Elle a exacerbé les politiques nationales
d'identité. Et elle a intensifié les tendances préexistantes à la
xénophobie nationaliste ". Pour les auteurs, la question de la loyauté
et de l'attachement d'individus vivant dans un même territoire national
doit être séparée de la question de leurs droits en tant que citoyens.
Plus loin dans le rapport, les auteurs débattent de la notion
d'"injustice culturelle" et de "reconnaissance culturelle".
Le monde parle 6 700 langues. Dans 37 pays on compte plus de 50
langues parlées différentes. Mais un peu plus de 100 langues seulement
sont des langues officielles. L'Inde a 19 langues officielles et
l'Afrique du Sud 11. Le Rapport établit également la liste des religions
les plus largement pratiquées ainsi que des plus importants festivals
folkloriques de chaque pays et des sites culturels et naturels les plus
visités.
Agatha Christie demeure l'auteur le plus traduit au monde (192
traductions en 1996 dans 25 langues) suivie par Danielle Steel, mais
Stephen King se hisse à la troisième place remplaçant la Bible qui
descend à la seizième place. Le Pape Jean Paul II (11 traductions en
1994) quitte le top 100 des auteurs les plus traduits. Sur le tableau de
1996, Shakespeare figure en quatrième place (125 traductions, 25
langues) dépassant Barbara Cartland qui vient en 5e place avec 115
traductions et 11 langues.
Le rapport qui se veut un tableau, une défense et même une
célébration de la diversité dans un contexte de pluralisme culturel
conclut : " Nos choix politiques concernant nos patrimoines culturels,
en relation avec d'autres qui ont des traditions différentes et la
formulation d'une nouvelle cartographie culturelle tridimensionnelle des
cultures du monde, dessineront les sociétés du XXIe siècle ".
World Culture Report 2000. Editions UNESCO, 7 place de Fontenoy, 75352
Paris 07 SP France. 470 pages. Prix : 260 Fr ou 39.64 Euros.
Un résumé pour la presse est disponible pour les médias sur Internet:
www.unesco.org/bpi/WCR2000
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