LE LEADER COPTE CHENOUDA III A RECU
LE PRIX UNESCO-MADANJEET SINGH POUR
LA PROMOTION DE LA PAIX ET DE LA NON-VIOLENCE
Paris, 17 novembre {N°2000-121}- Le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro
Matsuura, a remis hier soir - 16 novembre, Journée internationale de la
tolérance - au Patriarche égyptien Chenouda III, chef de l'Eglise copte
orthodoxe, le Prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la
tolérance et de la non-violence.
Lors de cette cérémonie, la Présidente du jury international,
Tanella Boni, Professeur de philosophie de l'Université d'Abidjan-Cocody
(Côte d'Ivoire), a félicité le lauréat, ainsi que les deux Mentions
d'honneur et trois Mentions spéciales, en déclarant : " Leur oeuvre
exemplaire en faveur de la tolérance et de la non-violence illustre
admirablement, dans le domaine de l'action, les idéaux prônés par
l'UNESCO depuis sa création ". Elle a souligné l'importance de la
tolérance pour la paix et le fait que cette année a été proclamée par
les Nations Unies Année internationale de la culture de la paix. Tanella
Boni a ajouté : " L'année à venir sera celle du dialogue des
civilisations. Ce dialogue ne pourra se faire sans la tolérance active
et sans la non-violence ".
Koïchiro Matsuura a félicité le Patriarche égyptien pour son action en
faveur des échanges et de la compréhension entre Chrétienté et Islam au
Moyen Orient : " Si l'Egypte moderne a été largement épargnée par les
horreurs de la violence entre communautés, elle le doit en grande partie
à la prévoyance, à la sagesse et à l'esprit de tolérance de leaders
religieux de l'envergure de Chenouda III ". Le Directeur général a
également salué le Patriarche pour " son grand attachement à entretenir
le dialogue avec toutes les grandes religions " ainsi que pour son "
rôle décisif en faveur de l'établissement de liens oecuméniques avec
tous les autres membres de la famille chrétienne de la planète ".
Après avoir reçu les 40 000 dollars de ce Prix qui vise à développer
l'esprit de tolérance dans les arts, l'éducation, la culture, la science
et la communication, le Patriarche égyptien a remercié l'UNESCO pour "
son rôle essentiel dans toutes les régions du monde " et a salué la
mémoire du Mahatma Gandhi dont le leg de non-violence est commémoré par
le Prix.
Se référant aux Ecritures, Chenouda III a déclaré : " Il y a une manière
de vaincre votre ennemi qui consiste à le changer en ami. Nous avons
besoin de nous faire des amis partout. [...] Ne laissons pas le mal nous
vaincre, surmontons-le par le bien. La douceur et l'humilité sont
nécessaires à la paix " ;
Evoquant ses relations étroites avec les Musulmans et les
dirigeants arabes d'Egypte et d'autres parties de la région, le
Patriarche a parlé de l'exemple constitué par de telles relations, qui
montrent que Chrétiens et Musulmans peuvent s'aimer les uns les autres
et que " nous pouvons construire notre pays tous ensemble ".
Enfin, Chenouda III, qui porte également le titre de Patriarche
d'Alexandrie, a remercié l'UNESCO pour sa contribution à la
reconstruction de la Bibliothèque d'Alexandrie.
La cérémonie s'est poursuivie avec la présentation par le
Directeur général des deux Mentions d'honneur. La première allant au
militant indonésien des droits de l'homme, Munir, fondateur de la
Commission des personnes disparues et des victimes de la violence
(KONTRAS) qui coordonne tout un réseau d'organisations non
gouvernementales et d'associations agissant dans les domaines de la
violence d'Etat et des conflits locaux. Munir est également membre de
Simpati, une organisation luttant contre la discrimination subie par la
communauté chinoise d'Indonésie. La deuxième Mention d'honneur a été
décernée à l'ancienne ministre de l'Education du Sierra Leone et
fondatrice de la branche nationale de l'organisation non gouvernementale
Forum for African Women Educationalists (FAWE), Christiana Ayoka Mary
Thorpe, qui essaye d'une part d'apporter des réponses aux besoins
spécifiques des jeunes filles et des femmes traumatisées par la guerre,
et d'autre part de lutter contre l'exclusion des filles enceintes et des
filles-mères.
Trois Mentions spéciales ont été remises. La première au quotidien
réformateur iranien Salaam, pour son rôle de forum pour le dialogue, sa
promotion courageuse d'un Etat de droit démocratique, de la liberté de
la presse, des droits des femmes et du respect des minorités
déshéritées, telle que la communauté de réfugiés afghans en Iran.
Koïchiro Matsuura a souhaité à ce journal " le meilleur succès " et
déclaré qu'il espérait que sa récente interdiction ne serait que
temporaire.
La chaîne intergouvernementale de radiotélévision Mir (Paix en russe) a
également reçu une Mention spéciale pour sa " couverture équilibrée " et
pour son " action courageuse en faveur de la compréhension entre les
communautés, de l'harmonie, de la tolérance et du respect ", soulignant
le grand rôle éducatif des médias dans la promotion d'une culture de
non-violence. Créée en 1992, Mir couvre aujourd'hui dix anciennes
républiques soviétiques.
L'organisation non gouvernementale américaine Seeds of Peace (Les
Graines de la paix), fondée par l'ancien journaliste John Wallach, a
également reçu une Mention spéciale pour son action visant à promouvoir
la paix, entre Arabes et Israéliens mais aussi dans d'autres zones de
conflit, notamment à travers l'organisation pour les jeunes de camps de
vacances qui posent les fondations de la tolérance et de la
compréhension.
Pour sa part, Madanjeet Singh, artiste, écrivain et diplomate
indien, ancien militant du mouvement non-violent du Mahatma Gandhi Quit
India contre la domination britannique - et sponsor de ce prix créé en
1995 par l'UNESCO et décerné tous les deux ans - a évoqué l'importance
et la pertinence des idéaux partagés par Gandhi et par les fondateurs de
l'UNESCO. Citant l'ancien Premier ministre indien, Jawaharlal Nehru,
Madanjeet Singh a qualifié l'UNESCO de " conscience du monde ".
La cérémonie s'est tenue en présence de la Présidente du Conseil
exécutif de l'UNESCO, Sonia Mendieta de Badaroux, et a été suivie d'un
concert de musique classique indienne.
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