COLLOQUE A L’UNESCO : LES ONG
PARTENAIRES ESSENTIELS DE LA CULTURE
DE LA PAIX
Paris, le 27 novembre (N°2000-128)
- Près de 400 personnes représentant plus de 130 organisations non
gouvernementales ont participé les 24 et 25 novembre au siège de l’UNESCO à
un colloque intitulé La culture de la paix : une idée en action,
organisé par le Comité de liaison ONG-UNESCO afin de faire le point sur le
mouvement mondial pour une culture de la paix et de la non-violence lancé au
début de l’année.
A la fin de l’Année
internationale de la culture de la paix, le Comité de liaison ONG-UNESCO a
voulu dresser le bilan des actions entreprises par les ONG tout au long de l’année,
faire le point sur les progrès réalisés dans le monde pour la culture de la
paix, et, enfin, se tourner vers l’avenir afin de renforcer la coopération
entre les ONG et l’UNESCO dans ce domaine à la veille de la Décennie
internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix
au profit des enfants du monde (2001-2010).
Outre ses séances plénières,
le colloque a comporté huit ateliers qui reprenaient les huit thèmes du
Programme d’action des Nations Unies sur une culture de la paix : renforcer
une culture de la paix et de la non-violence par l’éducation ; promouvoir le
développement économique et social durable ; promouvoir le respect de tous les
droits de l’homme ; favoriser la participation démocratique ; assurer l’égalité
entre les femmes et les hommes ; faire progresser la compréhension, la
tolérance et la solidarité ; soutenir la communication participative et la
libre circulation de l’information et des connaissances ; promouvoir la paix
et la sécurité internationales.
En ouvrant les travaux le
vendredi 24 novembre, le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura,
s’est félicité du succès de l’Année internationale de la culture de la
paix. Il a rappelé que la Déclaration et le Programme d’action adoptés par
l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 1999 à l’occasion du
lancement de l’année internationale invitaient les organisations non
gouvernementales “ à renforcer leurs liens de partenariat entre elles, avec
les gouvernements et avec le système des Nations Unies, afin de donner corps à
un véritable mouvement mondial en faveur de la culture de paix ”.
Les ONG se sont notamment
mobilisées pour diffuser le Manifeste 2000 qui, à l’initiative d’un
groupe de Prix Nobel de la paix et de l’UNESCO, est un véritable appel à ce
que chacun prenne en compte la paix et la non-violence dans sa vie de tous les
jours. Koïchiro Matsuura a ajouté : “ Aujourd’hui, un mois avant la fin de
cette année 2000, nous pouvons affirmer que cet appel a été entendu : 72
millions de personnes - plus d’un centième de la population mondiale - ont
signé le Manifeste 2000. Elles se sont ainsi engagées à traduire dans la
pratique, dans la vie quotidienne, les principes qui nourrissent une véritable
culture de la paix ”.
Le Directeur général a
ensuite indiqué que dans le Programme et Budget du prochain biennum, l’UNESCO
s’est fixé notamment cinq priorités qui participent directement à la
construction de la culture de la paix : l’éducation de base ; les ressources
en eau et les écosystèmes ; la diversité culturelle et le pluralisme, et le
dialogue interculturel ; l’accès à l’information et particulièrement à l’information
dans le domaine public ; l’éthique de la science et de la technologie. Il a
conclu en soulignant l’importance de l’implication de la société civile à
travers les ONG et de la coopération entre l’UNESCO et les ONG : “ Le mot
partenariat évoque la diversité, l’action complémentaire, des moyens
multipliés ”
Trois jeunes gens, une
Coréenne, un Algérien et un Français, représentant la Fondation Appel des
Prix Nobel de la paix pour les Enfants, sont ensuite intervenus. Ils ont
notamment attiré l’attention des participants sur les risques de la
mondialisation et leur ont demandé de mettre fin à une guerre économique qui
entraîne la mort de nombreux enfants. Ils ont conclu avec une phrase qui se
révèlera être un véritable slogan tout au long des deux jours du colloque :
“ La violence, ça ne marche pas ”.
A la suite d’une introduction
historique sur la culture de la paix qui trouve ses racines dans la philosophie
et dans la religion selon Christian Renoux du Mouvement international de
réconciliation (MIR), l’écrivain et représentant permanent de la Grèce
auprès de l’UNESCO Vassilis Vassilikos, auteur du livre Z, le
Professeur Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso, l’Autrichienne Hildegard Goss-Mayr,
présidente d’honneur du MIR, ont discuté de la notion de non-violence et de
l’engagement pour la paix, sous l’égide de Dan Haulica, Président du
Comité des ONG du Conseil exécutif de l’UNESCO.
Lors de la table ronde qui a
suivi, où furent notamment abordés la notion de pouvoir militaire par rapport
à l’idée de démocratie, mais aussi l’ingérence humanitaire et
particulièrement l’aide d’urgence comparée à l’aide durable, Anwarul
Karim Chowdhury est également intervenu. Ambassadeur et Représentant permanent
du Bangladesh auprès de l’ONU, M. Chowdhury a été et reste l’un des plus
ardents promoteurs de la culture de la paix au sein des Nations Unies.
Après avoir rappelé que le
XXe siècle avait vu à la fois les pires heures de l’humanité et la
naissance des mouvements pacifistes, il a ajouté que ceux qui ont un rôle à
jouer en faveur de la culture de la paix étaient identifiés, notamment dans la
société civile. “ Nous avons besoin d’une grande alliance pour le succès
de la culture de la paix ”, a-t-il lancé avant de poursuivre : “ Grâce à
l’UNESCO, le mouvement est lancé et ne pourra plus être arrêté. Sans le
rôle proactif des ONG, il n’y aurait pas de soutien aux programmes
internationaux, pas d’encouragements aux individus ”.
Très productifs, les huit
ateliers ont donné lieu à des conclusions et recommandations précises que
Monique Fouilhoux, Présidente du Comité de liaison ONG-UNESCO a résumé
autour de trois axes principaux : “ la nécessité d’informer, la
nécessité de former, enfin la nécessité de dialoguer, d’échanger ”. La
nécessité d’informer implique “ la diffusion du Manifeste 2000 ” mais
aussi “ l’accélération de l’échange et du partage de l’information
” et “ une plus grande implication des ONG culturelles ”. La nécessité
de former implique, selon Mme Fouilhoux, de “ renforcer le rôle de l’école
mais aussi celui de la famille ” ; enfin la nécessité de dialoguer et d’échanger
implique de “ faire participer tout un chacun en faisant oeuvre de mémoire
” d’une part et d’autre part de “ réduire la fracture linguistique ”
en améliorant la communication.
En conclusion, Françoise
Rivière, Directrice exécutive du Cabinet du Directeur général, a rappelé l’implication
et la mobilisation de l’UNESCO pour la culture de la paix, soulignant que si
beaucoup avait déjà été fait par l’Organisation, elle devait relever un
grand défi : prendre en compte la dimension culture de la paix dans toutes ses
activités, par exemple à travers l’environnement et l’utilisation de l’eau
mais aussi dans le domaine du patrimoine. Citant les exemples du pont de Mostar
et des temples d’Angkor, elle a déclaré : “ On ne restaure plus les
pierres pour les pierres, mais pour leur appartenance plurielle à l’humanité
”. Instiller la culture de la paix, c’est, depuis la chute du mur de Berlin
et la disparition d’une opposition militaire forte entre deux blocs,
construire, selon elle, “ la paix civile entre des gens ayant des
appartenances différentes ”.
Une autre réunion organisée
dans le cadre de l’Année internationale de la culture de la paix se tient
aujourd’hui et demain au siège de l’UNESCO. Il s’agit de la première
Réunion internationale des directeurs des institutions de recherche et de
formation sur la paix, réunion qui a pour thème Quel agenda pour la
sécurité humaine au XXIe siècle ? A ce propos, Koïchiro Matsuura a
souligné : “ Si la guerre froide appartient au passé, il n’en va pas de
même des nombreux conflits territoriaux, ethniques ou religieux qui perdurent
ici ou là sur le terreau fertile de l’intolérance, de la discrimination, de
la dégradation de l’environnement et de l’extrême pauvreté ”.
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