OUVERTURE A HANOI DE LA
CONFERENCE FEMMES ASIATIQUES POUR
UNE CULTURE DE LA PAIX
Hanoi (Viet Nam), 6 décembre (N°2000-133)
- La Conférence Femmes asiatiques pour une culture de la paix s’est
ouverte à Hanoi mercredi matin par un appel aux femmes de la région à
coordonner leurs actions en faveur de la paix et par des interventions qui ont
souligné qu’il ne peut y avoir de paix réelle sans développement durable et
sans égalité des sexes, et que la paix est étroitement liée aux droits des
femmes et plus généralement aux droits de la personne humaine.
Près de 150 délégués
- des femmes leaders, des politiciens, des chercheurs dans les domaines de la
paix et de l’égalité des sexes, des éducateurs et militants de la paix aux
niveaux local et national - de 35 pays de la région Asie-Pacifique participent
à cette conférence de quatre jours, organisée par le gouvernement de la
République socialiste du Viet Nam avec le soutien de l’UNESCO et la
Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie et le
Pacifique (ESCAP).
Dans son discours d’ouverture,
la Vice-Présidente du Viet Nam, Nguyen Thi Binh, a déclaré que cette
Conférence était “ importante tant d’un point de vue stratégique que de
par son actualité. […] Après un long et difficile combat pour l’indépendance
[…] de leur patrie ”, a-t-elle dit, “ les Vietnamiens et les Vietnamiennes
attendent la paix, et comprennent pleinement les valeurs de la paix qui sont
liées à la liberté ”.
Dans son discours, le
Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a décrit l’événement
comme étant “ l’un des sommets ” de l’Année internationale de la
culture de la paix, et l’Année elle-même comme un “ formidable succès ”.
Faisant référence au plus de 72 millions de personnes qui dans le monde entier
ont signé le Manifeste 2000 pour une culture de la paix et de
la non-violence, Koïchiro Matsuura a déclaré qu’un “ tel enthousiasme
reflète une prise de conscience mondiale croissante de la nécessité d’une
culture de la paix dans le sens le plus profond ”. Il a ajouté : “ Mais une
véritable culture internationale de la paix ne peut prendre ses racines et s’épanouir
que dans la société civile au sens large - dont toutes les femmes du monde
sont une partie intégrante et égale, vitale et essentielle ”.
Koïchiro Matsuura a
déclaré que l’Année était “ un début, pas une fin ”, puisqu’elle
introduit l’année 2001 - consacrée par l’Assemblée générale des Nations
Unies au Dialogue entre les civilisations - et la Décennie des Nations Unies
pour la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des
enfants du monde pour laquelle l’UNESCO a été désignée chef de file. Le
Directeur général a souligné : “ L’Assemblée générale vient justement
d’adopter à cet égard une résolution qui met en avant deux approches
parallèles que nous devons suivre : le renforcement de nos partenariats au sein
du mouvement mondial, et la promotion de l’éducation au nom de tous les
enfants du monde ”.
Il a cité la résolution des
Nations Unies qui stipule que la priorité devrait être donnée à l’éducation,
notamment à “ un enseignement scolaire et non scolaire qui inculque dans les
esprits une culture de la non violence et de la paix ” et a déclaré que le
Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) “ sera étroitement associé
aux efforts de l’UNESCO de promotion de l’éducation formelle et non
formelle, à tous les niveaux ”.
Saluant le pays hôte de la
Conférence, Koïchiro Matsuura a observé que le Viet Nam d’aujourd’hui “
peut être fier d’avoir le plus fort taux de participation politique des
femmes de toute l’Asie ”, avec un quart des sièges de son Parlement occupé
par des femmes. Rappelant que “ les femmes constituent plus de la moitié de
la population mondiale ”, le Directeur général a déploré leur exclusion de
la prise de décision formelle. Il a déclaré : “ L’exclusion qui frappe
depuis des siècles la moitié de l’espèce humaine dans tant de domaines de l’expression
personnelle a été un gâchis véritablement tragique de talent et d’imagination
pour l’humanité dans son ensemble ”.
Sonia Mendieta de Badaroux,
Présidente du Conseil exécutif de l’UNESCO, a souligné la nécessité “
de développer des stratégies viables pour promouvoir une culture de paix et de
non-violence pour nous-mêmes et pour les enfants de la terre mais aussi pour
mettre fin à la violence dont les femmes sont toujours victimes ”. Elle a
aussi insisté sur “ le besoin de garantir à nos enfants pendant la décennie
à venir un accès équitable à une éducation de qualité qui favoriserait la
compréhension mutuelle, la paix et la tolérance ”.
La position de l’UNESCO en
matière de culture de paix a été expliquée par Ingeborg Breines, responsable
du Programme Femmes et culture de la paix. Elle a évoqué la nécessité de
traiter de questions comme “ le non respect des droits de l’homme
fondamentaux et des libertés démocratiques ; gestes et habitudes d’agression
dans la vie quotidienne, à la maison et dans la rue ; la banalisation de la
violence dans les médias et dans les jeux ; l’utilisation d’images
stéréotypées de "l’autre" ; la glorification explicite des héros
de guerre et la glorification implicite de la guerre dans l’enseignement de l’histoire
”.
Dans son discours sur le rôle
et le statut des femmes d’Asie-Pacifique dans la construction de la paix,
Thelma Kay, chef de la section Femmes et développement d’ESCAP, a parlé des
conflits dans la région comme “ de luttes essentiellement internes, livrées
sous couvert de lutte pour l’indépendance ou de divisions ethniques, mais
reposant en fait sur une réalité faite de privations plus ou moins marquées,
de violations des droits de l’homme et de concurrence pour des biens, des
terres ou d’autres ressources ”. Elle a aussi fait référence au rôle
joué par les ONG et par les associations de défense au cours des périodes de
conflit intérieur.
Auparavant, en
accueillant les délégués, Hoang Van Nghien, maire de Hanoi, a rappelé que sa
ville - l’une des villes d’où l’Année internationale de la culture de la
paix a été lancée - avait reçu l’année dernière le “ Prix Villes pour
la paix ” de l’UNESCO.
Les travaux de la
Conférence portent sur le rôle et le statut des femmes dans la construction de
la paix et non-violence en Asie, cinq ans après la quatrième Conférence
mondiale sur les femmes. Parmi les questions débattues figurent l’éducation
et la formation, les mass médias et la communication, les perspectives
économiques des femmes, la prise de décision et l’éradication de la
pauvreté. Les participants prépareront un plan d’action qui devrait
articuler une pensée stratégique et des actions concrètes que les
gouvernements, organisations intergouvernementales et non gouvernementales
peuvent entreprendre pour construire en Asie une culture de paix respectueuse de
l’égalité des sexes.
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