LE DIRECTEUR GENERAL APPELLE A UN NOUVEL ELAN EN FAVEUR DE L'EDUCATION POUR TOUS LORS DU FORUM MONDIAL SUR L'EDUCATION
Paris, 26 avril {N°2000 - 40} -Le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a
appelé aujourd'hui à des efforts renouvelés, tant nationaux
qu'internationaux, afin de relever le défi de l'éducation pour tous. Il a
lancé un vibrant appel en faveur d'une " éducation authentique,
 Koichiro Matsuura, UNESCO Executive Board Chairperson Sonia Mendieta de Badaroux tour Dakar classrooms
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accessible à
tous sans exclusion ni discrimination, adaptée aux besoins du monde de
demain et à la portée économique de chacun ", lors du premier jour du Forum
mondial sur l'éducation qui se tient à Dakar (Sénégal) jusqu'au 28 avril.
Le Forum mondial sur l'éducation, co-organisé par la Banque mondiale, le
Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le Fonds des Nations Unies
pour la population (FNUAP), le Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD) et l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation,
la science et la culture (UNESCO), réunit en ce moment quelque 1 500
participants - dont plus de 100 ministres - représentant 183 Etats, les
principales agences bilatérales, des organisations non gouvernementales et
des experts de l'éducation.
A propos de l'engagement en faveur de l'éducation - un droit inscrit dans la
Déclaration universelle des droits de l'homme - Koïchiro Matsuura a salué
les progrès accomplis par certains pays et déclaré que " c'est avant tout
sur l'engagement politique que repose le succès de l'éducation pour tous ".
Mais il a évoqué les échecs les plus notables de la tentative de fournir une
éducation universelle depuis que la communauté internationale s'est fixé cet
objectif lors de la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous (EPT) qui
s'est tenue il y a dix ans à Jomtien (Thaïlande). Il a déclaré que, sur six
points au moins, nous nous sommes écartés des objectifs initialement définis
:
" 1. L'enseignement formel a été la principale cible des efforts déployés
[···] au détriment des voies non formelles ; 2. De nombreux pays ont été
très lents à redéfinir leurs besoins éducatifs, en particulier en ce qui
concerne des contenus reflétant la diversité culturelle et répondant aux
besoins spécifiques de chaque société ; 3. Les inégalités au sein des
systèmes éducatifs ont été en s'accroissant, conduisant les plus pauvres des
pauvres, les minorités et les populations aux besoins éducatifs spéciaux à
être peu pris en compte [···] ; 4. L'éducation de la petite enfance a connu
un développement limité, et continue à privilégier les populations urbaines
les plus nanties [···] ; 5. Le fossé numérique a aggravé encore davantage la
marginalisation des milieux les plus pauvres [···] ; 6. Enfin, l'éducation
de base a été l'objet d'un sous-financement chronique, tant de la plupart
des pays eux-mêmes (moins de 2 % du Produit National Brut) que de la
communauté des bailleurs de fonds (également 2 % de l'aide au développement)
[···] ".
Le Directeur général a appelé " tous les Etats à élaborer, immédiatement
après Dakar, des plans d'action nationaux. Un processus transparent et
démocratique les y conduira, qui devra s'appuyer sur toutes les forces vives
de la nation : la société civile dans son ensemble, au premier rang de
laquelle les enseignants [···], les organisations non gouvernementales ainsi
que le secteur privé. Ces plans devront particulièrement veiller à améliorer
la qualité de l'éducation de base et à éliminer toutes les formes de
discrimination, en particulier basée sur le genre ".
A propos du financement de l'éducation de base, Koïchiro Matsuura a déclaré
: " Les ressources publiques et privées qui seront affectées à l'éducation
devront être proportionnelles à l'importance vitale que nous lui
reconnaissons. Les gouvernements devront opérer des choix clairs, cohérents
et courageux dans ce sens. Je suis par ailleurs pleinement conscient de la
nécessité d'accroître de manière substantielle le montant de l'aide à
l'éducation de base. La communauté des bailleurs de fonds doit s'engager à
ce que tout pays proposant un plan réaliste et concret dans ce domaine
bénéficie du soutien financier et technique requis pour atteindre ses
objectifs. Des dotations, et non pas seulement des prêts, ainsi qu'un
allègement de la dette doivent être proposés en échange de programmes pour
des investissements sociaux, notamment dans le domaine de l'éducation de
base ".
" L'UNESCO, en tant qu'agence spécialisée des Nations Unies pour
l'éducation, continuera à assumer pleinement ses responsabilités dans ce
combat mondial et collectif en faveur de l'éducation pour tous ", a affirmé
Koïchiro Matsuura.
Evoquant le rôle joué par l'Organisation en tant que coordinateur du
mouvement EFA durant ces dix dernières années, le Directeur général a mis
l'accent sur la nécessité de renforcer le mécanisme de suivi " en trouvant
les moyens de se rapprocher davantage encore des pays eux-mêmes, de leurs
besoins spécifiques et concrets ". Il a ajouté qu'il faudrait en particulier
" améliorer les outils de suivi et d'évaluation " et souligné que l'Institut
de statistique de l'UNESCO constitue à cet égard un " outil exceptionnel ".
Koïchiro Matsuura a signalé quatre axes à travers lesquels l'UNESCO peut
aider les Etats à réaliser les objectifs de l'éducation pour tous et à
renforcer leur capacité de mise en oeuvre :
" 1. Créer une éducation dont les contenus et les méthodes soient adaptés à
vos réalités sociales et culturelles, votre patrimoine linguistique et votre
potentiel endogène [···]. Mais cette éducation doit également être moderne.
Il est indispensable à cet égard de renforcer l'enseignement des sciences
dès l'école primaire [···]. 2. Développer des services d'éducation de base
accessibles à tous, y compris les plus pauvres, les adultes analphabètes,
les enfants non scolarisés [···] par une stratégie qui mobilise tant le
système scolaire formel que toutes les alternatives qui relèvent du secteur
non formel [···]. 3. Mettre au service de tous les technologies modernes de
l'information et de la communication [···] pour élargir la portée de
l'éducation de base, en priorité en direction des exclus et des groupes
défavorisés, ainsi que pour enrichir et améliorer la qualité de l'acte éducatif dans la salle de
classe. 4. Substituer aux structures éducatives coûteuses, rigides, et
culturellement aliénantes, des programmes éducatifs moins coûteux, plus
souples, plus diversifiés, et à la portée économique de tous, sans jamais
renoncer à la qualité ".
Koïchiro Matsuura a énuméré les ressources dont dispose l'UNESCO : " Nous
disposons certes d'une grande richesse d'expertise accumulée depuis un
demi-siècle. Nos capacités de stimuler la coopération et l'échange
d'expériences entre les pays du monde entier ne sont plus à démontrer. Nous
constituons une référence incomparable, en matière de formation de
spécialistes de l'éducation, d'enseignants, de formateurs, d'animateurs
ruraux et autres agents éducatifs. Nous disposons également d'une
mobilisation exceptionnelle des réseaux professionnels ".
Il a poursuivi : " Mais la plus grande richesse de l'UNESCO, c'est
l'extraordinaire diversité d'expériences et d'initiatives cumulées par ses
Etats membres. Car, ne l'oublions pas, l'UNESCO n'est pas seulement la
grande organisation intergouvernementale en charge de l'éducation, elle est
aussi l'instrument de coopération entre ses Etats membres dans ses domaines
de compétence. L'un des atouts incomparables de l'UNESCO, c'est son vaste
réseau de 188 Commissions nationales, unique dans le système des Nations
Unies. Organe de liaison entre l'UNESCO et les instances nationales, elles
se font l'écho des réalités nationales et mobilisent sur le terrain les
énergies et les initiatives qui permettent à la société toute entière de
s'approprier le message de l'Organisation. Leur rôle dans le suivi des
grandes conférences comme celle-ci est donc inestimable ".
Koïchiro Matsuura a enfin évoqué le " réseau solide et serré de coopération
" tissé par l'UNESCO avec les organisations non gouvernementales - 337
d'entre elles entretiennent des relations officielles avec l'Organisation -
et il a déclaré qu'il comptait sur leur soutien renouvelé " pour que,
ensemble, nous poursuivions cette bataille de l'éducation pour tous ".
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