REMISE A GENEVE DU PRIX MONDIAL DE LA LIBERTE DE LA PRESSE UNESCO / GUILLERMO CANO
Paris, 3 mai {N°2000-44} - La Journée mondiale de la liberté de la presse a été marquée
par la remise à Genève par le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro
Matsuura, du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO / Guillermo Cano
2000, attribué au journaliste syrien Nizar Nayyouf, détenu depuis le 10
janvier 1992.
Lors de la cérémonie qui s'est tenue au Centre international de conférence
de Genève en présence notamment de Carlo Schmid-Sutter, Président du Conseil
des Etats, représentant la Confédération suisse, de Guy-Olivier Segond,
Président du Conseil d'Etat de Genève, de Mary Robinson, Haut Commissaire
des Nations unies aux droits de l'homme, et d'Ana Maria Busquets de Cano,
Présidente de la Fondation Guillermo Cano, Timothy Balding, Directeur
général de l'Association Mondiale des Journaux, a reçu le Prix au nom de
Nizar Nayyouf.
A cette occasion, Carlo Schmid-Sutter a déclaré : " La liberté,
l'indépendance et le pluralisme de la presse constituent un idéal qu'il
n'est pas facile d'atteindre, même dans les pays de tradition démocratique.
Du fait des impératifs économiques et commerciaux et des phénomènes de
concentration, cet idéal est aujourd'hui sérieusement menacé. [···] Lorsque
la liberté de la presse est respectée, cela a des conséquences positives
pour l'individu, pour la société et pour l'Etat. Lorsqu'elle est bafouée,
c'est l'individu, la société et l'Etat qui en payent le prix. Dès lors, où
que nous vivions, la liberté de presse nous concerne très directement. C'est
pourquoi ceux qui ont le privilège d'en bénéficier doivent être vigilants,
la préserver et aider ceux qui en sont privés à la conquérir ".
Koïchiro Matsuura a souligné : " A maintes reprises, l'histoire nous a
rappelé qu'une presse libre et indépendante est indispensable à l'exercice
de la transparence, de la responsabilité, ainsi qu'à celui d'un pouvoir
juste et légitime. Une information exacte constitue à la fois un droit pour
les citoyens et le fondement même de la démocratie ".
Le Directeur général s'est inquiété du sort du lauréat et a exhorté les
autorités syriennes à libérer Nizar Nayyouf, étant donné son état de santé
alarmant. Il a poursuivi : " Bien qu'au cours de l'année passée le nombre de
journalistes tués, emprisonnés ou entravés dans l'exercice de leur
profession ait atteint un niveau inadmissible, un certain nombre de progrès
encourageants ont été enregistrés ". Il a cité à cet égard l'exemple du
Sénégal - " preuve de la contribution des médias à l'exercice réel de la
démocratie " - et du Nigeria " où des médias indépendants ont entretenu une
lueur d'espoir pendant les années sombres où le pouvoir était aux mains de
régimes militaires ".
Timothy Balding, Directeur général de l'Association Mondiale des Journaux -
qui avait proposé la candidature du journaliste syrien -, est revenu sur le
sort actuel du lauréat : " Il n'a pas vu le soleil depuis de longues années.
Il est confiné dans une petite cellule d'isolement et souffre, semble-t-il, d'une fracture du dos et d'une
paralysie des jambes suite aux tortures répétées qu'il aurait subies. Il
serait également atteint d'une leucémie, d'une maladie du foie et d'ulcères,
mais se voit refuser un traitement médical approprié ".
Timothy Balding a cité des extraits de messages que Nizar Nayyouf a réussi à
faire sortir de sa prison de Mezze. Ce dernier dément formellement les
informations qui ont circulé ces derniers jours sur sa libération. Nizar
Nayyouf exprime également ses remerciements à tous ceux qui prennent sa
défense, et tout particulièrement à l'UNESCO. Après avoir associé à
l'hommage qui lui est rendu le journaliste tunisien Taoufic Ben Brik et ses
collègues iraniens, Nizar Nayyouf écrit : " Continuons notre lutte, une
lutte pour la vérité [···] J'espère que je mérite ce que vous avez fait pour
moi. Je ne suis qu'un être humain qui croit toujours, comme le poète du
Daguestan, Rassoul Gamzatof : Le destin m'a été très favorable. Je ne suis
pas fou, ni même aveugle. Je veux simplement voir du pain, pas cher, et la
vie d'un être humain, ce qui est plus cher ".
Pour sa part, Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits
de l'homme, a déclaré : " Il est choquant de constater que, durant l'année
dernière, 87 journalistes et employés des médias ont été tués dans
l'exercice de leurs fonctions ". Elle a poursuivi : " Les situations de
conflit constituent les vrais tests de l'engagement des gouvernements en
faveur de la liberté d'expression. Et, trop souvent, ils échouent à ce test
".
Ana Maria Busquets de Cano, petite fille du journaliste et éditeur colombien
Guillermo Cano qui a donné son nom au Prix, a déclaré que le journaliste
Nizar Nayyouf incarnait l'esprit de Guillermo Cano, assassiné alors qu'il
essayait de rendre compte des activités des barons de la drogue de son pays.
Elle a exprimé sa joie et son orgueil de voir Nizar Nayyouf, malgré les
inhumaines et affreuses circonstances qu'il est forcé d'endurer dans sa
prison de la capitale syrienne, représenter " l'esprit infatigable de lutte
pour la liberté de la presse ".
Nizar Nayyouf, rédacteur en chef du mensuel Sawt al-Democratiyya (La Voix de
la démocratie), publication du Comité de défense des libertés démocratiques
en Syrie (CDF), et collaborateur de l'hebdomadaire Al-Hurriya, est
emprisonné depuis le 10 janvier 1992. Il a été condamné à 10 ans de travaux
forcés pour appartenance à une organisation interdite - le CDF - et pour
propagation de fausses nouvelles.
Le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO / Guillermo Cano est
destiné à distinguer une personne, une organisation ou une institution qui a
contribué d'une manière notable à la défense et/ou à la promotion de la
liberté de la presse où que ce soit dans le monde, surtout si, pour cela,
elle a pris des risques. Il est doté d'un montant de 25.000 dollars et
attribué chaque année sur recommandation d'un jury indépendant de douze
professionnels de l'information de toutes les régions du monde.
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