L'UNESCO AU SECOURS DES CHEFS D'OEUVRE DU PATRIMOINE ORAL ET IMMATERIEL
Paris, 10 mai 2000 {N°2000-48} - "Chef d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de
l'humanité", c'est le titre dont pourront bientôt s'enorgueillir divers
lieux, manifestations, oeuvres transmises de façon orale, etc. ayant une
valeur exceptionnelle. Le titre sera décerné à ces espaces culturels ou
formes d'expression culturelle par l'UNESCO dont tout le monde connaît déjà
la Liste du patrimoine mondial qui réunit, pour sa part, les sites culturels
ou naturels les plus remarquables de la planète.
La place Jeema' el Fna à Marrakech (Maroc) est à l'origine de cette
initiative. Cette place célèbre pour ses conteurs, musiciens et autres
bateleurs, a failli disparaître à cause d'un projet d'urbanisme. Des
habitants de Marrakech se sont mobilisés pour la défendre. Ils ont eu gain
de cause mais ils ont aussi démontré la nécessité d'une action au niveau
international en faveur d'espaces culturels comme la place Jeema' el Fna ou
de formes d'expression culturelles populaires et traditionnelles.
Plusieurs sessions de la Conférence générale et du Conseil exécutif
de L'UNESCO ont examiné ce problème et abouti au projet Proclamation des
chefs d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité. Par
patrimoine oral et immatériel, on entend : " l'ensemble des créations
émanant d'une communauté culturelle fondées sur la tradition, exprimées par
un groupe ou par des individus et reconnues comme répondant aux attentes de
la communauté en tant qu'expressions de l'identité culturelle et sociale de
celle-ci, les normes et les valeurs se transmettant oralement, par imitation
ou par d'autres manières. Ses formes comprennent, entre autres, la langue,
la littérature, la musique, la danse, les jeux, la mythologie, les rites,
les coutumes et le savoir-faire de l'artisanat, l'architecture et d'autres
arts. Outre ces exemples, seront prises en compte aussi les formes
traditionnelles de communication et d'information ".
L'importance de ce projet a été souligné à plusieurs reprises par le
Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura. Il l'a encore réaffirmé le
5 mai dernier lors de la présentation du projet aux Délégations permanentes
auprès de l'Organisation. Rappelant que la préservation et la promotion de
la diversité culturelle sont une des missions fondamentales de l'UNESCO et
que celle-ci avait déjà fait figure de pionnier dans le domaine du
patrimoine matériel, il a souligné que la diversité culturelle ne peut pas
être assurée par la seule préservation des vestiges du passé: " Elle exige
aussi la préservation et la promotion de ce que l'on appelle désormais le
patrimoine immatériel, qui est le creuset de la créativité et le ressort des
cultures vivantes ".
Koïchiro Matsuura a ajouté: " Le patrimoine immatériel englobe une
infinité d'expressions porteuses des valeurs profondes de la vie d'un peuple
et d'une communauté: les traditions orales, les connaissances
traditionnelles, les savoir-faire pour la création des cultures matérielles,
les systèmes de valeurs, les arts de représentation, les langues ".
Après avoir rappelé que ce programme serait financé par des ressources
extrabudgétaires et que plusieurs pays avaient déjà pris un engagement
ferme, le Directeur général a lancé un appel à d'autres contributions
volontaires. A propos de l'aide de l'UNESCO à ses Etats membres, il a
annoncé qu'une assistance - d'un montant maximum de 20 000 dollars par pays
- pourrait être fournie en vue de la constitution d'un dossier de
candidature.
Chaque Etat membre pourra soumettre tous les deux ans une seule
candidature nationale. Des candidatures multinationales concernant les
communautés de plusieurs Etats peuvent être soumises en plus du quota de
chaque Etat. Aucune candidature ne peut être soumise à l'UNESCO sans preuve
incontestable de l'accord de la communauté ou des détenteurs concernés.
La proclamation des premiers chefs d'oeuvre du patrimoine oral et
immatériel de l'humanité interviendra en juin 2001. Un jury de 9 membres -
qui sera renouvelé tous les quatre ans - a été désigné par le Directeur
général. Ce jury tiendra en juin 2000 une réunion extraordinaire. Les
candidatures d'espaces culturels ou formes d'expression culturelle pourront
être déposées jusqu'au 31 décembre 2000. Elles seront examinées par le jury
en mai 2001. Par la suite, la proclamation aura lieu tous les deux ans.
Les membres actuels du jury sont: Hasan M. Al-Nabooah (Emirats
Arabes Unis), Juan Goytisolo (Espagne), Ugné Karvelis (Lituanie), Richard
Kurin (Etats-Unis), J.H. Nketia (Ghana), Ralph Regenvanu (Vanuatu), Dawnhee
Yim (République de Corée), Zulmar Yugar (Bolivie) et Munojat Yulchieva
(Ouzbékistan).
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