"LES CLES DU XXIe SIECLE" AU CENTRE DES ENTRETIENS DE L’UNESCO
Paris, 5 juin {N°2000-56} - Comment relever les défis du XXIe siècle et
civiliser la mondialisation ? Autour de cette question, la 14ème séance du
cycle des Entretiens du XXIe siècle a réuni le 30 mai Koïchiro
Matsuura, Directeur général de l’UNESCO, Sonia Mendieta de Badaroux,
Présidente du Conseil exécutif de l’Organisation, et quatre personnalités :
Jacques Attali, Thierry Gaudin, Luc Montagnier et Edgar Morin.
Cette séance d’Entretiens du XXIe siècle a permis
de présenter un ouvrage qui vient de paraître aux éditions de l’UNESCO et
du Seuil, Les Clés du XXIe siècle. Préfacé par Koïchiro Matsuura et
dirigé par Jérôme Bindé, Directeur de l’Office d’analyse et de
prévision de l’UNESCO, cet ouvrage se veut, selon le Directeur général, un
“ guide de voyage raisonné au centre du futur ”. Il aborde trente questions
cruciales pour l’avenir et constitue la première anthologie des Entretiens
du XXIe siècle et des Dialogues du XXIe siècle, cycle de rencontres
prospectives organisé depuis 1997. Quatre-vingt penseurs de premier plan et de
toutes les régions du monde ont participé à l’élaboration de cet ouvrage.
Soulignant l’importance de l’anticipation et de la
prospective, Sonia Mendieta de Badaroux, a déclaré à propos des Entretiens :
"Ce cycle de rencontres réunit quelques-uns des meilleurs scientifiques,
chercheurs, créateurs, experts et hauts responsables internationaux autour des
questions de nature prospective qui nous paraissent essentielles pour bâtir la
paix au siècle qui vient".
"Sans carte, sans instruments de navigation, comment
voyager dans l’espace virtuel du futur ?", a demandé pour sa part
Koïchiro Matsuura. Il a souligné que les Entretiens du XXIe siècle,
par la diversité disciplinaire, géographique, professionnelle et culturelle
des invités qui y participent, "témoignent que les défis du futur sont
ceux de l’humanité tout entière, et que celle-ci devra puiser dans la
richesse si diverse de son patrimoine d’idées, de créativité et de
connaissances les outils pacifiques pour les relever". Il a précisé : "L’UNESCO
doit se concentrer sur un certain nombre de priorités majeures : l’éthique,
en particulier l’éthique des sciences et des techniques et l’éthique du
futur; une éducation de qualité pour tous, et tout au long de la vie; la
préservation de la diversité culturelle et du patrimoine, notamment
immatériel".
L’écrivain Jacques Attali, Président de PlaNet Finance, s’est
demandé pourquoi l’UNESCO est devenu un lieu de prévision par excellence.
Selon lui, l’UNESCO "ne peut pas être accusée comme la Banque mondiale de
prédire sans agir. Il est sans doute particulièrement frustrant que le monde
soit dans la situation d’un bateau ivre où il n’y a plus que les "saltimbanques"
- en d’autres termes les intellectuels et les créateurs - pour prédire".
C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la culture a un rôle particulier à jouer
dans la prévision : "quoique marginale [du point de vue économique], la
culture est centrale dans la manière dont se façonnent nos sociétés".
Selon Thierry Gaudin, Président de Prospective 2100 et
auteur de 2100, Récit du prochain siècle, le message que nous recevons
chaque jour de l’actualité n’est autre que celui que Guizot lançait en
plein XIXe siècle : “Enrichissez-vous”. Pour autant, cela ne résout pas le
problème posé par les milliards de pauvres et d’exclus, et il serait temps
que la science et la technique relèvent ce défi. Les solutions passent par l’essor
d’une société de la connaissance et d’autres valeurs que celles de la
société matérialiste : la conscience et la reconnaissance mutuelle des sujets
par l’intercommunication. "Le XXIe siècle sera-t-il un siècle de l’esprit?", a-t-il conclu.
Le Professeur Luc Montagnier, co-découvreur du virus du SIDA
et Président de la Fondation mondiale Recherche et Prévention SIDA, a
notamment évoqué les deux abîmes qui cernent l’homme aujourd’hui : celui
du temps et celui de l’espace. Il a souligné la nécessité, pour relever les
défis du XXIe siècle, d’un “ système de régulation ”. Selon lui, trois
grands périls guettent en effet l’humanité : le risque d’épidémies plus
terribles encore que celle du SIDA, l’allongement de la vie humaine et les
risques sanitaires et socio-économiques qu’il comporte, et surtout le
creusement des inégalités, qui tend à s’accélérer avec l’essor des
nouvelles technologies. Toutefois, a-t-il conclu, la globalisation peut nous
aider à acquérir une “ conscience universelle ” et le sens de l’anticipation,
nous permettant aussi d’éviter le chaos et d’évoluer vers des sociétés
meilleures.
Edgar Morin a évoqué trois grandes tendances à l’orée
du XXIe siècle : la première est ce qu’il appelle l’émergence de la
planète en tant que planète, qui résulte d’une "double mondialisation". La première de ces mondialisations est celle dont on parle le plus : à la
suite de l’histoire brutale des navigations et de la conquête des Amériques, il y a eu mise en relation des différents fragments de l’humanité
par la brutalité […]. Le monde planétaire est en train de se réaliser du
fait de la dernière étape de cette première mondialisation, dont le moteur
est l’essor des technologies de l’informatique et l’instauration d’une
communication immédiate entre tous les points de la planète. Mais il y a une
deuxième mondialisation, moins visible car non dominante, qui a commencé avec
l’idée de Las Casas que les Indiens avaient une âme, avec Montaigne,
Montesquieu, les humanistes et les Lumières. Cette 2ème mondialisation s’est
développée avec la création de mouvements internationaux et l’essor des
ONG, comme Amnesty, Greenpeace ou Médecins sans frontières. "Les
protagonistes des deux mondialisations, a noté Morin, se sont rencontrés à
Seattle, les acteurs de la deuxième mondialisation - celle des consciences -
ayant énoncé une vérité simple : le monde n’est pas une marchandise".
Edgar Morin a évoqué deux autres enjeux-clés du XXIe
siècle : la relation des êtres humains avec la technique et la révolution
biologique. Selon lui, deux questions essentielles se posent à cet égard :
pourrons-nous maîtriser les machines pour notre propre épanouissement ? Ou,
avec l’essor de l’intelligence artificielle, serons-nous vaincus par leur
logique ? Pour lui, une "réforme de la pensée" est plus que jamais
nécessaire si nous voulons, grâce à l’essor d’une conscience planétaire,
"sauver l’humanité". Le principe de précaution est nécessaire, mais
il faut le combiner avec le "principe d’audace", a-t-il conclu.
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L’ouvrage "Les Clés du XXIe siècle" (Seuil / Editions
UNESCO) est disponible en français (165 FF).
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