PREMIERE REUNION DU JURY CHARGE DE SELECTIONNER LES CHEFS D’OEUVRE DU PATRIMOINE ORAL ET IMMATERIEL
Paris, 15 juin {N°2000-60} - Le
jury international mis en place par l’UNESCO pour décerner à des espaces culturels ou à des formes d’expression culturelle le titre de "chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité" s’est réuni aujourd’hui au siège de l’Organisation. Lors de cette première réunion, le jury s’est
donné pour président l’écrivain espagnol Juan Goytisolo et a débattu du concept mais aussi de divers aspects légaux ou pratiques - nombre de candidatures par pays, processus d’évaluation - de ce projet visant à la
sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire.
Le jury examinera en mai 2001
les premières candidatures d’espaces culturels ou formes d’expression
culturelle. Celles-ci doivent être déposées avant le 31 décembre 2000. Les
premières proclamations auront lieu en juin 2001. Par la suite, la proclamation
aura lieu tous les deux ans. Le jury, qui sera renouvelé tous les quatre ans,
compte aujourd’hui neuf membres : Hasan M. Al-Nabooah (Emirats Arabes Unis),
Juan Goytisolo (Espagne), Ugné Karvelis (Lituanie), Richard Kurin (Etats-Unis),
J.H. Nketia (Ghana), Ralph Regenvanu (Vanuatu), Dawnhee Yim (République de
Corée), Zulmar Yugar (Bolivie) et Munojat Yulchieva (Ouzbékistan).
A l’occasion de cette réunion
extraordinaire, le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a
rappelé : “ La renommée de l’UNESCO s’est en grande partie forgée sur l’admirable
action qu’elle a su mener en matière de patrimoine tangible. Quand la
Conférence générale a adopté, en 1972, la convention du Patrimoine mondial,
cela n’a pas été uniquement un événement politique et juridique, mais
aussi une importante innovation conceptuelle. Pour la première fois, le
patrimoine culturel et le patrimoine naturel étaient associés dans un même
cadre juridique. Nous nous préparons à présent à lancer une autre initiative
d’avant-garde, l’établissement d’une Convention internationale pour la
sauvegarde du patrimoine immatériel ”.
Koïchiro Matsuura a poursuivi :
“ A l’heure où de lourdes interrogations pèsent sur l’avenir de la
diversité culturelle face aux effets de la mondialisation [...], force est de
constater que l’aspect le plus vulnérable de l’identité culturelle des
peuples du monde entier est leur patrimoine immatériel. Le devoir de l’UNESCO
est donc d’attirer l’attention de l’opinion publique sur l’importance de
ce patrimoine et d’encourager les Etats membres à l’inventorier, à le
protéger et à le revitaliser ”.
“ Avant même qu’un nouvel
instrument juridique voie le jour, nous devrons, dès l’année prochaine,
accorder une distinction internationale aux espaces culturels ou aux formes d’expression
culturelle considérés "chefs-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel
de l’humanité". Les Etats membres ont déjà été invités à soumettre
des candidatures à cette fin ”, a ajouté Koïchiro Matsuura qui a également
annoncé qu’il présenterait en octobre au Conseil exécutif de l’UNESCO une
demande visant à augmenter le nombre de membres du jury, dans un souci de
meilleure représentation de toutes les régions du monde.
Comme l’a confirmé le
Directeur général, le projet sera financé par des ressources
extrabudgétaires, qui permettront d’octroyer jusqu’à 20 000 dollars par
pays pour la préparation des dossiers de candidature. Plusieurs pays se sont
déjà engagés dans ce sens et d’autres pays - ainsi que des institutions
privées - pourraient suivre leur exemple. Par ailleurs, une autre forme de
soutien financier consistera en la création de prix : la République de Corée,
la Bolivie et l’Ouzbékistan ont déjà proposé une contribution de ce type.
Le titre de "Chef-d’oeuvre
du patrimoine oral et immatériel de l’humanité" sera décerné à des
espaces culturels ou formes d’expression culturelle ayant une valeur
exceptionnelle. Les formes d’expression culturelle populaire et traditionnelle
incluent les langues, la littérature orale (notamment les mythes, épopées,
contes, proverbes), les techniques du corps (notamment les rituels, sports,
musiques et arts de représentation) et le savoir-faire (notamment les
techniques de production, de guérison, d’acquisition, ainsi que les pratiques
alimentaires). Les espaces culturels désignent, eux, des espaces physiques ou
temporels dans lequel ont lieu une manifestation culturelle récurrente,
régulière ou occasionnelle.
Les critères de sélection sont
les suivants : valeur exceptionnelle ; enracinement dans une tradition
culturelle ; affirmation de l’identité culturelle, source d’inspiration,
échanges interculturels, rôle culturel et social actuel ; excellence du
savoir-faire ; témoignage unique d’une tradition culturelle vivante ; risque
de disparition.
Chaque Etat membre pourra
soumettre tous les deux ans une seule candidature nationale. Des candidatures
multinationales concernant les communautés de plusieurs Etats peuvent être
soumises en plus du quota de chaque Etat. Aucune candidature ne peut être
soumise à l’UNESCO sans preuve incontestable de l’accord de la communauté
ou des détenteurs concernés.
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