A L'EXPO 2000, UN DEBAT SUR LE ROLE, LA FINALITE ET L'AVENIR DE
L'EDUCATION
Paris, 11 septembre {N°2000-82}- L'éducation - ses défis, sa finalité et son
potentiel à l'heure de la communication électronique - a été au coeur du
débat Bâtir les sociétés éducatives - savoir, information et
développement humain, organisé par l'UNESCO, la Banque mondiale et la
Fondation allemande pour le développement international, du 6 au 8
septembre à Hanovre (Allemagne), dans le cadre de l'EXPO 2000.
Au cours de ces trois jours, une centaine de participants venant de tous
les horizons professionnels et sociaux ont examiné ce défi majeur du
nouveau millénaire : comment utiliser les moyens qui révolutionnent la
communication pour éviter la marginalisation croissante de grands pans
de la population mondiale face à l'abondance d'information et de savoir?
Les débats ont reflété les divergences de vue sur tous les termes
figurant dans l'intitulé du débat. Tous les concepts évoqués - savoir,
information et développement - ont été remis en cause.
Intervenant la première lors de la session de cinq ateliers, la
pharmacologue Susan Greenfield, d'Oxford, a contesté les idées reçues à
propos des fonctions physiologiques du cerveau. Examinant " ce qui fait
le cerveau devenir pensée ", elle a souligné que " le tout est plus
grand que la somme des parties " et remis en question la notion selon
laquelle l'intelligence est génétiquement prédéterminée, insistant sur
le rôle de la stimulation et de l'expérience dans le développement de
l'intelligence et dans sa capacité à apprendre. Elle a également insisté
sur le fait qu'il y a des formes différentes d'intelligence et contesté
l'idée que le cerveau s'atrophie avec l'âge, affirmant que
l'assimilation de nouvelles connaissances, et donc l'éducation, est
possible tout le long de la vie.
Adama Ouane, Directeur de l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation, basé
à Hambourg, qui a co-organisé le débat, a déclaré que " les récentes
découvertes des neurologues confirment que l'éducation ne doit pas être
réservée à l'enfance et à la jeunesse ".
Prenant la parole lors de la session Un nouveau souffle pour
l'éducation, le vice-Chancelier et Président de l'Université de Canberra
(Australie), Don Aitkin, a affirmé que si l'on veut apporter une réponse
aux problèmes les plus pressants de la planète - la surpopulation, la
destruction de l'environnement et la mal-gouvernance -, l'éducation doit
être améliorée et étendue à tous et partout. " S'il y a une réponse,
elle repose sur la capacité des êtres humains à adapter leur
comportement dès qu'ils connaissent une situation et en comprennent le
contexte. Pour que cela se produise, ils doivent disposer d'une
éducation suffisante pour pouvoir s'informer et discuter de ces sujets à
un niveau d'abstraction relativement élevé. [···] L'éducation pour tous
doit être au coeur de la stratégie mondiale ", a -t-il souligné.
Leila Iskandar Kamal, anthropologue et militante sociale égyptienne,
travaillant auprès des éboueurs du Caire et des paysans sans terre du
Sud du pays, a dénoncé le fait que " 20 % de la population mondiale
s'accaparent 80 % des richesses mondiales ". Elle a critiqué
l'incapacité du monde universitaire à prendre en compte le savoir et la
sagesse des sociétés traditionnelles et demandé que l'on cesse d'essayer
de coller à ces communautés l'étiquette de sous-développées. Les 20 % de
la population mondiale qui décident du développement et de l'éducation
ne connaissent rien du savoir des autres 80 % de la population, a-t-elle
déclaré.
Munir Fasheh, Directeur de l'Arab Education Forum, au sein du Center for
Middle Eastern Studies de l'Université Harvard (Etats-Unis), a dénoncé
le concept de " développement " comme une insulte occidentale envers la
majorité de la population mondiale et qualifié de " criminels " les
systèmes éducatifs qui cataloguent des enfants comme des échecs.
De même, Boubacar Sadou Ly, Secrétaire général de l'Association pour la
promotion de l'éducation dans le Sahel (Burkina Faso), a dénoncé le
déséquilibre des systèmes éducatifs actuels qui mettent l'accent sur
l'information au détriment de la sagesse. Il a plaidé pour une approche
plus holistique de l'éducation, une approche soucieuse du patrimoine
culturel de l'apprenant et des besoins de la communauté.
Alors que les apports potentiels des nouvelles technologies de
l'information et de la communication à l'éducation ont été très présents
dans les débats, notamment à travers des exemples d'initiatives
publiques ou privées utilisant l'Internet pour répondre aux besoins
d'information et de formation des communautés locales, un consensus
s'est dégagé sur le fait que ces technologies ne constituent pas, en
elles-mêmes, la clé de la construction de sociétés éducatives.
L'événement a pris fin le 8 septembre - Journée internationale de
l'alphabétisation - avec le lancement de la première Semaine
internationale des apprenants adultes, lors d'un débat télévisé,
intitulé Plate-forme pour l'avenir, qui a réuni Edelgard Bulmahn, la
ministre fédérale allemande de l'Education et de la Recherche, et Seydou
Sanan, ministre de l'Education du Burkina Faso, et qui comportait des
messages du Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, et du
secrétaire d'Etat britannique à l'Education, David Blunkett.
Dans son message, Koïchiro Matsuura a notamment déclaré : " Donner à des
adultes accès aux connaissances est devenu une des formes les plus
répandues d'éducation. Trois adultes sur cinq sont aujourd'hui impliqués
dans des processus formels ou non formels d'acquisition de nouvelles
connaissances. Et, dans les sociétés de l'information à venir, on
s'attend à ce que les effectifs de l'éducation des adultes dépassent de
beaucoup ceux des enfants et des jeunes scolarisés. Il est donc
encourageant de noter que plus de quarante pays, de toutes les régions
du monde et comprenant aussi bien des pays développés que des pays en
développement, sont en train d'organiser des festivals de
l'apprentissage et de célébrer des Semaines des apprenants adultes ". ?
Les Etats membres de l'UNESCO ont décidé de célébrer cette Semaine lors
de la 30ème session de la Conférence générale en 1999. Elle vise à
mettre à l'honneur l'apprentissage et les apprenants à travers tous les
types de manifestations qui peuvent exalter la fierté d'apprendre et les
enjeux de l'apprentissage.
Le même jour, au siège de l'UNESCO, la Journée internationale de
l'alphabétisation a été marquée par une célébration de la lutte contre
l'analphabétisme au cours de laquelle Jacques Hallak, Sous-Directeur
général de l'UNESCO pour l'éducation p.i. a déploré le fait que "
l'accès au droit à l'éducation n'est pas encore généralisé ". Il a
également déclaré, citant Paolo Freire : " L'alphabétisation, c'est bien
plus que lire et écrire, c'est lire le monde, c'est pouvoir continuer à
apprendre, c'est ouvrir la porte de la connaissance ".
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