A L'ASSEMBLEE NATIONALE FRANCAISE, PLAIDOYER DU DIRECTEUR GENERAL
EN FAVEUR DE LA DIVERSITE CULTURELLE
Paris, 12 septembre {N°2000-84} - Le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a plaidé aujourd'hui en faveur de la diversité culturelle, lors du colloque Parlement et identité culturelle à l'heure de la mondialisation qui se
tenait à l'Assemblée nationale française et qui était organisé à l'occasion
de la 30e Conférence générale de l'Association interparlementaire
Canada-France.
Koïchiro Matsuura est intervenu sur le thème La protection de la diversité
culturelle dans une économie en voie de mondialisation. Il a notamment
déclaré : " Ce qu'il est désormais convenu d'appeler "mondialisation" est au
départ un processus économique, financier, scientifique et technologique ;
elle implique de nouvelles formes d'organisation sociale, de nouvelles
valeurs qui la fondent et la nourrissent tout à la fois ".
Il a évoqué les risques présentés par ce phénomène : uniformisation,
standardisation des messages, mercantilisation du patrimoine, des biens et
services culturels, perte des identités, appauvrissement de la pensée "
traçant ainsi la voie à un repli sur soi défensif, à l'exacerbation des
particularismes et à la montée des intolérances ". Ces risques concernent
aussi les libertés avec l'instauration " de nouveaux rapports de domination
économiques réduisant à l'impuissance les pouvoirs démocratiques " mais le
Directeur général a souligné la résistance de la société civile : " On
assiste probablement à la naissance d'une société civile, elle aussi
planétaire, tissé par des liens qui ne sont pas nécessairement la langue, la
communauté de lieu, mais des espoirs, des craintes, des références partagées
sur le futur de l'espèce, l'environnement ".
Parmi ces références de plus en plus partagées, Koïchiro Matsuura a insisté
sur la sauvegarde de la diversité culturelle : " La "diversité culturelle"
est tout aussi fondamentale à la survie de l'humanité que la "diversité
naturelle" ". Il a poursuivi : " Nous savons que la diversité génétique au
sein d'une même espèce est la condition de sa survie [...]. Sauvegarder la
biodiversité est un engagement profondément éthique, un engagement qui place
l'humain face à ses responsabilités vis-à-vis du milieu vital dont il a
hérité, qui lui offre si généreusement les conditions de son existence, et
qu'il devra léguer, à son tour, aux générations futures. Il en va de même
des cultures humaines ".
Le Directeur général a rappelé le rôle fondamental de l'UNESCO dans ce
domaine de la diversité culturelle : " L'UNESCO, seule organisation au sein
du système des Nations Unies à être dotée d'un mandat dans le domaine de la
culture, a une responsabilité très lourdement engagée à cet égard. En tant
que laboratoire d'idées, catalyseur de la coopération internationale et
centre d'échange d'information, elle doit pouvoir anticiper et proposer, y
compris dans le champ normatif, des réponses aux grands problèmes qui se
profilent dans ses domaines de compétence ".
Le Directeur général est revenu sur les actions déjà entreprises par
l'UNESCO en faveur de la diversité culturelle. Il a notamment mentionné la
Convention du patrimoine mondial - associant pour la première fois le
patrimoine culturel et le patrimoine naturel dans un même cadre juridique -
et souligné que l'UNESCO s'apprête à lancer une autre initiative pour la
préservation du patrimoine immatériel " qui est peut-être l'aspect le plus
vulnérable de l'identité culturelle des peuples du monde entier et qui, dans
bien des endroits du monde, et en particulier dans les pays en
développement, est en péril de disparition imminente ".
Il a rappelé que sur proposition du Canada, de la France et d'une
cinquantaine d'autres co-auteurs, la Conférence générale de l'UNESCO a
adopté en octobre dernier une résolution invitant l'Organisation à faire
avancer la réflexion sur les moyens de promouvoir la diversité culturelle
sous toutes ses formes. " Dans quelques jours, un Comité d'experts se
réunira à ce sujet, répondant ainsi à la demande des 188 Etats membres de
l'Organisation, ainsi qu'à celle d'Etats non membres, comme les Etats-Unis
d'Amérique. Tous trouveront alors l'occasion de s'exprimer ", a ajouté
Koïchiro Matsuura, en annonçant qu'il avait également lancé une vaste
consultation écrite et que ce thème sera au coeur de la deuxième Table ronde
des ministres de la Culture qui va se tenir en décembre prochain au siège de
l'UNESCO.
Le Directeur général a poursuivi : " C'est dans ces deux axes - agir
concrètement vis à vis du patrimoine matériel et immatériel, et susciter la
réflexion et le débat général autour de la diversité culturelle - que
l'UNESCO entend oeuvrer dans les années à venir ".
Koïchiro Matsuura a conclu : " La mondialisation de l'économie, si elle doit
avoir un sens, doit être orientée vers le développement pour tous et
l'éradication de la pauvreté. Elle doit donner plus de moyens à chacun pour
faire entendre sa voix, pour apporter sa contribution au dialogue des
cultures et des civilisations qui fera l'objet de l'Année internationale des
Nations Unies en 2001. [...] Garder intacte son identité, tout en
développant sa capacité à s'exprimer, à transmettre aux autres ses
richesses, bénéficier d'un meilleur accès aux savoirs, au foisonnement des
forces créatives, constituent aujourd'hui une dimension essentielle de la
mise en valeur du patrimoine de l'humanité : patrimoine du passé comme
patrimoine de l'avenir. Il faut donc mesurer les conditions requises. Bâtir,
bâtir, notamment par l'action normative, l'établissement de stratégies, de
politiques novatrices, en instaurant, renforçant, stimulant des coopérations
".
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