" DEMAIN DE PLUS EN PLUS JEUNES ? ", THEME DES ENTRETIENS DU XXIe SIECLE
Paris, 27 septembre {N°2000-93} - La 15e séance des Entretiens du XXIe siècle de l'UNESCO qui s'est tenue le 26 septembre au siège de l'Organisation autour du thème "Demain, de plus en plus jeunes ?", a réuni le Professeur Etienne-Emile Baulieu, un des plus grands spécialistes mondiaux de l'hormonologie et des traitements anti-vieillissement, et le Professeur Ivo Pitanguy, pionnier de la chirurgie esthétique.
Dans son introduction, Jérôme Bindé, Directeur de l'Office d'analyse et de prévision de l'UNESCO et responsable des Entretiens du XXIe siècle, a déclaré que l'intitulé du thème choisi, " à la fois sérieux et ironique ", ouvrait le champ à de nombreuses pistes de réflexion : si la population mondiale est statistiquement très jeune, demain ne serons-nous pas de plus en plus vieux ? Un nouveau corps émerge-t-il, beaucoup plus fort, beaucoup plus juvénile ? Sur ce thème de réflexion, Jérôme Bindé a notamment mis en relief l'essor d'une civilisation hédoniste allant de pair avec la société de consommation. " Le culte de la jeunesse connaît une expansion sans précédent […]. Nous vivons aujourd'hui sous la tyrannie de cet impératif du jeunisme, qui nous oblige, si nous voulons rester dans la course, dans la compétition, à rester en forme, à rester jeune. […] Rester jeune n'est plus désormais un rêve ou un désir faustien, mais l'impératif catégorique de la société de la performance et de la séduction, une société de l'écran, de l'image et du miroir ".
Dès le début de son intervention, Etienne-Emile Baulieu a souligné les ambiguités de cette conception. Pour lui, quelles que soient les évolutions de la biologie, on ne peut pas redevenir jeune. En tant que médecin, il cherche plutôt à savoir comment évolue l'organisme au cours du temps : " Je suis en faveur de la prolongation de tout ce qui compte pour l'activité humaine sans pour autant rechercher les caractéristiques de la jeunesse. Je préfère une personne qui a fait de son expérience non pas un raisonnement ludique mais un potentiel de bonheur personnel, de bonheur autour de lui et donc de créativité générale pour tout le monde ".
Bonheur, santé sont autant de notions qui lui paraissent plus importantes que le jeunisme. " Avec cette notion, on rabaisse la diversité à l'uniformité. Ce qui ne peut être que de mauvaise augure pour l'évolution de la race humaine ", a souligné le spécialiste français de l'hormonologie. En fait, ce qui importe, c'est cette formidable victoire de l'espèce humaine actuelle pour la structure même de l'humanité et son fonctionnement. Grâce aux progrès réalisés par l'homme en matière de santé, d'hygiène, de moyens de communication, la vie devient plus longue : " Aujourd'hui, 50% des femmes françaises atteignent ou dépassent 85 ans ". Et d'ajouter : " Si l'espèce humaine utilise la révolution informatique, les personnes qui avancent en âge et ont moins de force qu'avant, vont pouvoir non seulement s'éduquer à de nouvelles connaissances mais aussi participer à la vie sociale, autrement dit, amener leur bon sens ".
Pour le Professeur Baulieu, le constat semble sans appel : avec les moyens modernes de communication, les personnes ne resteront non pas jeunes mais utiles à elles-mêmes, aux autres, et heureuses. " La prolongation de l'existence réussie exige que le vieillissement normal soit associé à une présence mentale et à un aspect physique qui renforce la bonne santé. Il n'y a pas pour demain ou pour après-demain de changement génétique, ni naturel ni provoqué, une soi-disant thérapie que l'on puisse espérer, des gènes spécifiques pour compter le temps ", a-t-il rappelé. " Nous pouvons changer l'évolution de notre vie et de celle des autres avec des méthodes de comportement, d'apprentissage, de fonctionnement du corps et de l'esprit. Ce sont des choses logiques qui permettent une meilleure vie âgée et la prévention de la maladie ".
Pour le Brésilien Ivo Pitanguy, devenir plus jeune ne relève pas seulement de la médecine mais de l'harmonie avec soi-même. " Le vieillissement est un mécanisme complexe. Il comprend plusieurs phénomènes physiques, biochimiques, psychologiques, culturels et anthropologiques ". Esclave de la forme et de l'anatomie, l'être humain rechercherait-il en permanence la beauté corporelle ? " L'être humain est essentiellement esthétique. Il recherche en permanence la beauté, laquelle est mythique et millénaire. Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire dans le comportement humain, c'est sa diversité, sa pluralité. Chaque race a son concept de la beauté mais au sein d'une même race, chaque être humain a une façon très particulière de raisonner et de juger son image ", a-t-il déclaré.
Ce jugement sur la beauté a fait réagir le Professeur Baulieu : " Je crois que la beauté reflète la santé au sens général, autrement dit un équilibre, une harmonie. Il y a quelque chose d'universel à travers toutes les variantes de la race humaine. Par ailleurs, n'avons-nous pas dans la tête un mécanisme homothétique des éléments de la beauté ? ".
Etre en harmonie intime avec sa propre image, serait-ce le moyen d'atteindre le bien-être personnel et de rendre la beauté universelle ? Le Docteur Pitanguy s'est plu à souligner que " la chirurgie plastique a pour objet de restituer au corps souffrant d'abord sa fonction puis sa dignité […]. Il s'agit d'aider la personne à passer avec le plus de quiétude possible le chemin entre la jeunesse et la maturité. On doit toujours donner à quelqu'un la possibilité d'être bien avec son image ".
Pour Ivo Pitanguy, comme pour le Professeur Baulieu, l'être humain se soigne beaucoup plus qu'autrefois, il a la possibilité de vieillir ou de rester jeune plus longtemps : " Etre jeune, c'est garder un bien-être, tout donner au présent et ne pas vivre des choses amères. Nous allons continuer à chercher cette source éternelle de jeunesse et d'immortalité. Notre but est de donner à chacun un meilleur moral sur la base d'une bonne santé. Je crois que l'être humain s'est imprégné de ce sens de l'harmonie. On ne doit pas le changer et surtout on ne doit pas être influencé par une mode ambiante ".
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