OUVERTURE DE LA 160e SESSION DU CONSEIL EXECUTIF

Paris, 9 octobre {N°2000-99}- Le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura,
a condamné aujourd'hui la violence gratuite frappant actuellement le
Proche-Orient ainsi que la destruction de lieux saints et lieux de culte
s'y déroulant. Il a appelé à la modération et à la raison dans son
discours à la 160e session du Conseil exécutif de l'Organisation,
session ouverte ce matin par la Présidente du Conseil, Sonia Mendieta de
Badaroux (Honduras).
Dans son discours d'introduction, la Présidente du Conseil exécutif a
rappelé que l'UNESCO devait absolument apporter une réponse à la
souffrance humaine, notamment aux fléaux de la pauvreté, de la violence
et de l'épidémie de HIV/SIDA, en particulier son impact sur les enfants.
Elle s'est dite encouragée par les résultats de la récente Assemblée du
millénaire, aux Nations Unies, qui s'est fixée " quelques-uns des
objectifs clés pour 2015 " : réduire le nombre de personnes souffrant de
la faim, améliorer l'accès à l'eau potable, garantir aux enfants du
monde entier une éducation primaire réussie et réduire la propagation
des grandes maladies.
Sonia Mendieta de Badaroux a déclaré : " Nous devons comprendre que la
croissance économique et la prospérité ne produisent pas automatiquement
des gouvernements moralement acceptables ou des citoyens socialement
responsables. [...] On dirait que nous nous sommes habitués à sacrifier
des individus et parfois des communautés sur l'autel de ce qui est perçu
comme l'intérêt général. Cela a abouti très souvent à l'exclusion et à
la persécution de minorités ".
Elle a poursuivi : " C'est par une bonne compréhension de la mission
éthique de l'UNESCO que l'on peut, ici, parvenir à développer une
nouvelle vision globale du développement, donnant un nouvel élan au
respect des valeurs contenues dans l'Acte constitutif de notre
Organisation, et contribuant à encourager la solidarité humaine, le
respect mutuel et la diversité culturelle. [...] Il est de notre devoir
de permettre à l'Organisation de donner aux pays en développement - dans
le cadre de notre mandat - les moyens de consolider leur propre
développement ".
Dans son
discours, largement consacré au processus de réforme de
l'UNESCO actuellement en cours, Koïchiro Matsuura s'est félicité des
récents événements en ex-Yougoslavie : " Nous ne pouvons que nous
réjouir des nouvelles parvenant de Belgrade où la démocratie a pris le
dessus et où le peuple est devenu maître de sa propre destinée. L'UNESCO
a constamment appuyé les médias indépendants dans l'ex-Yougoslavie et
cela a certainement joué un rôle dans ce retour à la démocratie ".
A propos du processus de réforme qu'il a lancé dès son entrée en
fonction, il y a onze mois, le Directeur général a déclaré : " La
réforme n'est pas un luxe ou un caprice. C'est une nécessité. Si nous ne
la réformons pas, rapidement et efficacement, cette Organisation
connaîtra une grave crise ".
Koïchiro Matsuura a expliqué : " La mondialisation génère aujourd'hui
des défis encore inexplorés qui appellent de nouvelles normes ou de
nouveaux principes éthiques - voire même des mécanismes régulateurs -
pouvant garantir la pérennité de l'exercice des droits de l'homme
universellement reconnus. Un grand nombre de ces défis, sinon tous,
relèvent clairement du domaine de responsabilité assigné à l'UNESCO ".
A cet égard, il a mis l'accent sur des questions particulièrement
importantes, comme la diversité culturelle, l'éducation de base dans une
société du savoir, la fracture numérique, le dialogue entre les
civilisations, la liberté d'expression et le pluralisme des médias.
Précisant qu'il s'exprimerait sur ces priorités mercredi prochain, il a
souligné que ces thèmes rendent l'UNESCO " plus pertinente que jamais ".
" Mais, a-t-il ajouté, notre pertinence doit être démontrée et nous
devons regagner un leadership internationalement reconnu " dans les
domaines spécialisés de compétence de l'UNESCO.
Le Directeur général a défini son programme de réforme : " Le fil
conducteur commun à toutes mes propositions, c'est la pertinence et
l'excellence. D'un côté, le programme et de l'autre, la gestion et
l'administration, sont les deux faces d'une même médaille. Il n'y a
qu'un contexte et qu'une vision globale ".
La partie la plus douloureuse de la réforme a déjà été largement
accomplie, a ajouté le Directeur général en évoquant la réduction du
nombre de postes de haut niveau et le départ volontaire d'une centaine
de membres du personnel, départ qui va permettre un rajeunissement de
l'Organisation. Koïchiro Matsuura a également insisté sur le besoin d'un
recrutement de qualité et d'une augmentation du budget consacré à la
formation du personnel, pour le faire passer des actuels 0,13 % des
coûts de personnel à 1 % pour le prochain biennium et à 3 % à la fin de
2007.
Abordant la décentralisation, domaine où il est toujours fermement
engagé, il a déclaré que si l'UNESCO se doit d'être présente et active
sur le terrain, elle doit - compte tenu de ses ressources limitées -
favoriser un système de bureaux desservant tout un groupe de pays ou une
région entière. Il a présenté son plan visant à moyen terme à réduire de
façon drastique le nombre de bureaux tout en garantissant un meilleur
service aux Etats membres. C'est dans ce contexte qu'il a annoncé sa
décision de fermer quatre bureaux de l'UNESCO.
Koïchiro Matsuura a appelé les 58 membres du Conseil à apporter un appui
- de l'ordre de 17 millions de dollars - au financement du processus de
réforme durant les deux années à venir. " Il s'agit là d'un
investissement initial et unique, destiné à accélérer l'application de
mesures que nous savons tous indispensables ". Il a décrit cet
investissement comme un minimum vital et souligné son urgence : " Nous
devons décider, aujourd'hui, si nous voulons oui ou non que l'UNESCO
existe demain ".
Le Directeur général a regretté que les Etats-Unis ne soient pas membre
à part entière de l'UNESCO où des questions fondamentales concernant la
mondialisation sont traitées et il a évoqué son action visant au retour
des Etats-Unis au sein de l'Organisation. Il a rappelé sa visite à
Washington en septembre dernier et souligné qu'il y avait reçu un ferme
soutien à ses réformes. Il a ensuite annoncé qu'il se rendra de nouveau
à Washington en novembre, à l'invitation du Secrétaire d'Etat à
l'Education, Richard Riley, qui l'a convié à participer à la Semaine
internationale de l'éducation.
Koïchiro Matsuura a mis l'accent sur le consensus qui s'est dégagé des
consultations sur le processus de réforme, consensus quant à la
nécessité pour l'UNESCO " d'adopter, en tant qu'objectif fédérateur pour
son action dans les années à venir, la notion de mondialisation à visage
humain ".
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