JACQUES
CHIRAC : LES POLITIQUES ONT LE DEVOIR DE
CIVILISER LA MONDIALISATION
Paris,
15 octobre (N°2001-105)- Dans un discours prônant le
dialogue des cultures, le Président de la République
française, Jacques Chirac, a déclaré aujourd’hui
à l’UNESCO que la diversité culturelle est “
fondée sur la conviction que chaque peuple a un
message singulier à délivrer au monde, que chaque
peuple peut enrichir l’humanité en apportant sa
part de beauté et de vérité ”.
Jacques
Chirac a pris la parole dans le cadre de la 31e
session de la Conférence générale de l’UNESCO qui
s’est ouverte aujourd’hui à Paris. Cet organe
décisionnel suprême réunit tous les deux ans l’ensemble
des Etats membres (188 à ce jour) de l’Organisation.
Jacques
Chirac a souligné à quel point la tragédie de New
York et Washington avait ébranlé les espoirs et la
confiance placés dans le siècle qui s’ouvrait,
leur substituant un discours sur le choc des
civilisations : “ Un choc des civilisations, qui
marquerait le XXIème siècle, de même que le XIXème
siècle a vu s’affronter les nationalités et le
XXème les idéologies. Un choc de civilisations,
présent et à venir, qui serait plus radical, plus
violent, plus passionnel parce qu’il verrait s’affronter
des cultures et des religions ”. Le Président
français a réfuté ce discours “ qui se nourrit de
toutes les peurs ” et affirmé qu’il fallait lui
opposer “ une autre réalité, politique, morale,
culturelle ” et “ une autre volonté : celle du
respect, celle de l’échange, celle du dialogue de
toutes les cultures, inséparable de l’affirmation
claire et sans concession des valeurs qui nous font ce
que nous sommes ”.
Prônant
le dialogue des cultures, le Président français a
souligné les principes qui doivent sous-tendre ce
dialogue. “ Le premier, […] c’est l’égale
dignité de toutes les cultures, et leur vocation à s’interpénétrer
et à s’enrichir les unes des autres. C’est tout
à la fois une évidence, portée par toute l’histoire
de l’humanité, histoire littéraire, artistique,
architecturale. C’est aussi et surtout une grille de
lecture du monde. […] Le deuxième de ces principes,
inséparable de l’égale dignité des cultures, c’est
la nécessité de la diversité culturelle. Il ne peut
y avoir de dialogue entre l’un et son double au
mépris de l’autre ”.
“
La réponse à la mondialisation-laminoir des
cultures, c’est la diversité culturelle. Une
diversité fondée sur la conviction que chaque peuple
a un message singulier à délivrer au monde, que
chaque peuple peut enrichir l’humanité en apportant
sa part de beauté et de vérité ”, a ajouté
Jacques Chirac avant de développer sa vision du bon
et du mauvais usage de la mondialisation : “ Bon si
ce qui est en commun, ce qui circule, ce qui modèle
les consciences, c’est l’information, la
connaissance, le progrès, la compréhension de l’autre,
le partage de valeurs comme de richesses. Mauvais au
contraire si elle est synonyme d’uniformisation, de
formatage, de réduction au plus petit commun
dénominateur, ou encore de primauté de la seule loi
du marché, oublieuse de cette culture humaniste, dont
l’essence même est de rassembler autour de
principes éthiques ”.
A cet
égard, le Président français s’est félicité de
la préparation par l’UNESCO d’une déclaration
sur la diversité culturelle, “ premier pas vers une
convention établissant en droit la particularité du
fait culturel ”. Il a également souhaité que l’UNESCO
prenne à bras le corps la menace du fossé numérique.
Comment
instaurer ce dialogue entre les cultures ? Pour
Jacques Chirac, “ La première urgence […], c’est
d’introduire plus de justice, plus de solidarité,
plus d’attention aux hommes et à leurs questions
dans le mouvement du monde ”. Il a poursuivi : “
Le devoir des politiques et de tous les responsables
est donc de civiliser la mondialisation, de faire
prévaloir l’intérêt des hommes, de tous les
hommes ”. Il a notamment évoqué l’Internet, “
extraordinaire instrument de connaissance mutuelle et
de dialogue ” mais qui “ a besoin d’une
régulation éthique autant que de règles techniques
” et appelé l’UNESCO à être l’espace où on
réfléchirait “ sur la liberté d’expression et
ses limites, sur l’équilibre entre le droit à la
diffusion des œuvres et le respect des auteurs, sur
la protection de la vie privée et surtout sur la
protection de l’enfance ”. Mentionnant les
avancées scientifiques, notamment médicales, il a
rappelé qu’il avait prôné la mise en chantier au
niveau de l’ONU d’une convention mondiale sur la
bioéthique et la création d’un Comité mondial d’éthique.
Dans
cette marche vers plus de justice et plus de
solidarité, le Président français a mis l’accent
sur la fracture entre le Nord et le Sud, et
particulièrement sur la fracture face à l’éducation.
Il a évoqué le drame afghan : “ Le sort réservé
aux femmes, enfermées, privées de tous les droits et
notamment de tout accès au savoir […] témoigne de
l’obscurantisme des taliban mais il assure aussi
leur emprise sur le peuple : éduquer les femmes, c’est
permettre à toute la société de se libérer et de
progresser ”.
Jacques
Chirac a poursuivi : “ Il faut nous mobiliser pour
combattre la pauvreté et promouvoir l’éducation
dans le monde, l’éducation qui permet de comprendre
l’autre. […] Introduire davantage de justice et d’équité
dans la mondialisation, c’est rendre possible le
dialogue des peuples, c’est préparer notre avenir
commun ”.
Le
Président français a conclu : “ Ne craignons pas d’affirmer
l’existence d’une éthique universelle, celle qui
inspire la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Contrairement à ce que prétendent les ennemis de la
liberté et les fanatiques de tous horizons, cette
éthique n’est pas un modèle occidental, cheval de
Troie de civilisations honnies. Elle est un humanisme.
Elle est de tous les peuples, de toutes les nations,
de toutes les religions, car aucune religion ne s’est
construite sur l’anéantissement des hommes, leur
indifférenciation, le refus de les voir accéder au
beau et au bien. Plus que jamais, nous devons la
défendre, la faire vivre, assumer sa valeur
universelle. Affirmer cette universalité, c’est
souligner la solidarité qui unit tous les hommes. C’est
proclamer que chaque femme, chaque homme, chaque
enfant a des droits imprescriptibles. C’est chercher
dans chaque civilisation l’expression d’un idéal
commun. C’est reconnaître que la vérité s’exprime
en une infinité de langues ”.
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