LA
BIOETHIQUE UN ENJEU ESSENTIEL POUR LES
MINISTRES DE LA SCIENCE REUNIS A L’UNESCO
Paris,
24 octobre (N°2001-113) - Cinquante-deux ministres de
la science se sont réunis hier et avant-hier à l’UNESCO
pour débattre de bioéthique. Ils ont adopté le
communiqué suivant :
“ A
l’issue de la Table ronde sur “ La bioéthique
: un enjeu international ” qui nous a réunis
les 22 et 23 octobre 2001, à l’occasion de la 31e
session de la Conférence générale de l’UNESCO,
nous, Ministres de la science, participant ou
représentés, avons dégagé, sur la base de nos
échanges, les positions communes suivantes :
1. La
bioéthique constitue aujourd’hui un enjeu essentiel
pour la protection des droits de l’homme et des
libertés fondamentales. Elle occupe une place
prépondérante dans les choix de société qu’il
convient d’effectuer afin de réunir les progrès
scientifiques et l’inaliénable primauté du respect
de la dignité, de l’intégrité et de la liberté
de la personne humaine. Néanmoins, cette
préoccupation doit tenir compte de l’impératif de
la liberté de la recherche.
2. La
réflexion éthique fait partie intégrante du
développement scientifique et technologique. Cette
réflexion doit s’engager à prévoir les problèmes
et relever les défis posés par les progrès
scientifiques et techniques, plutôt que d’essayer d’y
répondre après coup.
3. L’accélération
des découvertes scientifiques et des innovations
technologiques exige une action prompte et précise
avec la participation de tous les acteurs concernés (milieux
scientifiques, gouvernements des Etats membres,
institutions éducatives, académies des sciences
nationales et internationales, secteurs public et
privé, société civile, médias, etc.). A cet égard,
les comités nationaux d’éthique et les instances
assimilées - de nature consultative et à caractère
indépendant, pluridisciplinaire et pluraliste - ont
le devoir de porter à l’attention des décideurs
les questions sans cesse nouvelles posées par les
avancées de la science ainsi que les implications des
différentes décisions éventuelles.
4.
Les gouvernements des Etats membres et le législateur,
à qui revient le pouvoir de décision, ont des
responsabilités éminentes en la matière. Dans ce
processus, ils doivent veiller à une participation
éclairée des citoyens, notamment grâce à un débat
public et pluraliste, en tenant compte des courants de
pensée, des systèmes de valeurs, des contextes
historiques et culturels, et des convictions
philosophiques et religieuses qui sont constitutifs
des différentes sociétés. Il est clair que la
bioéthique ne peut se fonder que sur la pratique
démocratique et la participation active de tous les
citoyens.
5
La bioéthique franchit aujourd’hui toutes les
frontières, tant les interrogations qu’elle traduit
ont une dimension nécessairement internationale.
Fondés sur le socle de la Déclaration universelle
des droits de l’homme (1948) et d’instruments
internationaux, tels que la Déclaration
universelle sur le génome humain et les droits de l’homme,
adoptée à l’unanimité et
par acclamation par la Conférence générale de l’UNESCO
en 1997 et que l’Assemblée générale des Nations
Unies a fait sienne en 1998, les principes essentiels
de la bioéthique - de dignité humaine, de liberté,
de justice, d’équité et de solidarité -
désormais universellement reconnus, peuvent inspirer
les Etats dans l’élaboration de législations et/ou
de réglementations.
6 Les
relations entre la science et l’avenir de l’humanité
sont intimement liées et c’est d’elles que
dépendront dans une large mesure les équilibres
mondiaux. Le droit international et sa mise en œuvre
effective doivent jouer un rôle croissant dans ces
domaines. Les Etats doivent renforcer la concertation
internationale sur les implications éthiques et
juridiques de la recherche dans les sciences de la vie
et de ses applications, afin de conclure tous accords
nécessaires sur ces questions cruciales pour l’humanité.
7. En
conclusion, nous, ministres de la science, participant
ou représentés :
(i)
Nous engageons à participer activement à la
promotion des principes énoncés dans la Déclaration
universelle sur le génome humain et les droits de
l’homme et à sa mise en œuvre, notamment
en nous en inspirant dans la formulation de nos législations
ou réglementations, et à en prévoir les
prolongements éventuels à l’occasion de son
évaluation en 2002-2003,
(ii)
Réitérons qu'il incombe aux Etats, conformément
à l'article 15 de la Déclaration universelle
sur le génome humain et les droits de l'homme,
de s'assurer que les résultats des recherches en
biologie et en génétique sont utilisés
exclusivement à des fins pacifiques,
(iii)
Réaffirmons que le clonage à des fins de
reproduction d’êtres humains est une pratique
contraire à la dignité humaine, conformément à
l’article 11 de la Déclaration universelle
sur le génome humain et les droits de l’homme,
et considérons que les Etats membres devraient
prendre des mesures appropriées, y compris de
caractère législatif ou réglementaire, aux
niveaux national et international, afin d’interdire
effectivement le clonage à des fins de
reproduction d’êtres humains,
(iv)
Réaffirmons, conformément à l’article 4 de la
Déclaration universelle sur le génome humain
et les droits de l’homme, que “ le génome
humain en son état naturel ne peut donner lieu à
des gains pécuniaires ” et, conscients des
préoccupations exprimées quant à la
brevetabilité du génome humain, estimons que ces
préoccupations méritent un examen plus
approfondi,
(v)
Estimons que l’UNESCO, en tant qu'organisation
ayant un rôle moteur en matière de bioéthique
sur le plan international, devrait poursuivre sa
mission de forum intellectuel, renforcer son
action normative, d’information, de
sensibilisation et d'éducation, et assumer son
rôle de conseil auprès des Etats membres,
notamment par l’intermédiaire de son Comité
international de bioéthique (CIB) et son Comité
intergouvernemental de bioéthique (CIGB),
(vi)
Invitons l’UNESCO à favoriser la coopération
internationale et à explorer de nouveaux
mécanismes, y compris la création d'un fonds
international, pour le financement d’activités
d'éducation, de formation, de recherche et
diffusion de l'information, et de transferts de
technologie relatives au génome humain et à d’autres
sujets pertinents en matière de bioéthique,
ainsi qu’à mettre en place des réseaux
régionaux et internationaux de comités nationaux
d’éthique,
(vii)
Invitons l’Organisation des Nations Unies et les
institutions spécialisées du système des
Nations Unies à faire largement appel à la
compétence de l’UNESCO et à l’expertise de
ses deux comités précités et d’autres
organisations compétentes dans l’analyse et la
formulation de propositions dans le domaine de la
bioéthique, afin d’éviter les doubles-emploi,
(viii)
Invitons l’UNESCO à examiner la possibilité d’élaborer,
en prenant comme point de départ la Déclaration
universelle sur le génome humain et les droits de
l'homme, un instrument universel sur la
bioéthique, en y associant les comités nationaux
d’éthique et instances assimilées, en
coopérant avec les gouvernements des Etats
membres et les organisations internationales
concernées - en premier lieu l’ONU et les
institutions spécialisées du système des
Nations Unies et d’autres organisations
compétentes aux niveaux international et
régional - et en consultant le secteur public et
privé, la communauté scientifique ainsi que les
représentants de la société civile.
8.
Nous prions le Directeur général de
transmettre le présent Communiqué aux Etats
participants à la 31e session de la Conférence
générale et de le diffuser très largement
auprès des instances internationales,
régionales et nationales concernées ainsi qu’auprès
des organes de presse ”.
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