UNESCO :
DIVERSITE CULTURELLE ET PROTECTION DU PATRIMOINE POUR
UNE COMPREHENSION MUTUELLE
Paris,
3 novembre (N°2001-121)
– La 31e session de la Conférence générale
de l’UNESCO – qui a terminé ses travaux
aujourd’hui à Paris – a tracé de nouvelles voies
en adoptant la Déclaration
universelle sur la diversité culturelle et la Convention
sur la protection du patrimoine culturel subaquatique
et en lançant une nouvelle initiative contre la
destruction intentionnelle du patrimoine culturel.
Une
assistance record - 2965 participants dont 2522 représentants
de 185 des 188 Etats membres de l’UNESCO - a marqué
les trois semaines de travaux de la Conférence générale,
présidée par Ahmad Jalali (République islamique
d’Iran). Trois chefs d’Etat – ceux de la France,
la Lituanie et du Nigeria – et 230 ministres et secrétaires
d’Etat ont participé à ces travaux.
Le 20
octobre, la Conférence générale a adopté une résolution
(1) condamnant le terrorisme et exprimant sa « peine
et indignation face aux événements tragiques qui se
sont produits le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis
d’Amérique ». Elle affirme que « les
actes de terrorisme ne peuvent jamais se justifier
quels qu’en soient les motifs ».
Ayant
« refusé de céder aux pressions, menaces et
tentatives de déstabilisation qui ont secoué le
monde ces dernières semaines […] nous avons démontré
par notre propre comportement combien le dialogue
entre les cultures et les civilisations est non
seulement possible, mais fructueux, et peut aboutir à
des positions consensuelles sur des questions de la
plus haute importance », a déclaré le
Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura,
à la séance de clôture.
« Ne
permettons pas que s’embrasent à nouveau de par le
monde les feux de la colère, du rejet et de la
discrimination », a affirmé le Président de la
République islamique d’Iran, Seyyed Mohammad
Khatami, dans une déclaration lue par le Président
de la Conférence générale. Dans cette déclaration,
il ajoutait : « Nous devons mobiliser la
volonté du monde entier pour éradiquer tout -
circonstances ou idées - ce qui peut mener à la
violence, au terrorisme et à la contrainte. La
violence n’obéit à aucune règle, à aucune loi ou
règlement. Il est vain de croire que c’est par la
violence que l’on viendra à bout de la violence ».
Intervenant
lui aussi lors de la séance de clôture, Ray Wanner,
chef de la délégation d’observateurs des
Etats-Unis, a fait part « du respect et de la
reconnaissance de son gouvernement envers le Directeur
général, la Conférence générale et le Conseil exécutif
pour leur condamnation sans ambiguïté du terrorisme
et pour avoir affirmé que rien ne saurait justifier
de tels actes. Je les remercie, ainsi que le dévoué
personnel de l’UNESCO, pour leurs efforts vigoureux
en vue de construire, par la coopération dans l’éducation,
la science, la culture et la communication, la
confiance, la compréhension, le respect et le
dialogue entre les civilisations et nations, ce qui
est essentiel à la construction d’une paix durable ».
Ray
Wanner a poursuivi en promettant : « Nous
allons continuer à œuvrer pour le jour où les
Etats-Unis pourront être membre à part entière de
l’UNESCO et participer avec tous les Etats membres
à la réalisation de ces objectifs essentiels ».
La
Conférence générale a approuvé le budget
de l’UNESCO : 544 millions de dollars pour
les deux ans à venir, en croissance nominale zéro,
soit une croissance négative en termes réels.
Elle
a aussi approuvé à l’unanimité les priorités du
programme de l’Organisation proposées par le
Directeur général, Koïchiro Matsuura, à savoir :
éducation de base ; ressources en eau et écosystèmes ;
éthique des sciences et des technologies ;
diversité, pluralisme et dialogue interculturel ;
accès à l’information pour tous, en particulier
dans le domaine public.
La
session de la Conférence générale a mis l’accent
sur des mesures normatives, et notamment la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2).
Adoptée par acclamation, la Déclaration est le
premier grand instrument normatif conçu pour
promouvoir la diversité culturelle. Son adoption
confirme que « le dialogue interculturel
constitue le meilleur gage pour la paix, rejetant
ainsi catégoriquement la thèse de conflits inéluctables
de cultures et de civilisations », a déclaré
Koïchiro Matsuura.
« Chaque
création puise aux racines des traditions culturelles,
mais s’épanouit au contact des autres. C’est
pourquoi le patrimoine, sous toutes ses formes, doit
être préservé, mis en valeur et transmis aux générations
futures en tant que témoignage de l’expérience et
des aspirations humaines, afin de nourrir la créativité
dans toute sa diversité et d’instaurer un véritable
dialogue entre les cultures », stipule
l’article 7 de la Déclaration.
Pour
la première fois, la communauté internationale
s’est dotée d’un instrument normatif d’ensemble
qui « érige la diversité culturelle au rang de
patrimoine commun de l’humanité, aussi nécessaire
pour le genre humain que la biodiversité dans
l’ordre du vivant et fait de sa défense un impératif
éthique, inséparable du respect de la dignité de la
personne humaine », a déclaré le Directeur général.
La
Conférence générale a également adopté, par vote,
la Convention
sur la protection du patrimoine culturel subaquatique
(3) qui interdit le pillage et la destruction en vue
d’une exploitation commerciale d’épaves anciennes
et de sites archéologiques. Elle donne la priorité
à une préservation in
situ du patrimoine qui est immergé depuis au
moins 100 ans.
Toujours
en matière de préservation du patrimoine, la Conférence
générale a autorisé l’UNESCO à poursuivre ses
efforts en faveur de la protection et de la
revitalisation du patrimoine culturel immatériel, y compris le patrimoine
linguistique. Elle a demandé à l’UNESCO de
travailler à l’élaboration d’un instrument
normatif pour la protection de la culture
traditionnelle et populaire.
La
Conférence générale a demandé à l’UNESCO de préparer
un projet de Déclaration
contre la destruction
intentionnelle du patrimoine culturel, destinée
à prévenir des crimes comme celui commis par les
talibans à l’encontre des bouddhas géants de
Bamiyan. La déclaration vise à renforcer les
dispositions figurant dans les conventions déjà
existantes en matière de protection du patrimoine
culturel.
La
Conférence générale a souscrit à l’appel du
Directeur général pour le lancement, sous les
auspices de l’UNESCO, d’une action internationale
en faveur de la sauvegarde du patrimoine de la Vieille
Ville de Jérusalem, y compris l’établissement
d’un plan d’ensemble pour la préservation de
l’exceptionnel patrimoine de la ville, dans
l’esprit de la Convention du patrimoine mondial de
1972.
La nécessaire
préservation de la diversité a également sous-tendu
les débats concernant les activités de l’UNESCO
dans le domaine des sciences
et la Conférence générale a apporté son soutien au
programme de bioéthique
de l’Organisation.
Durant
la Conférence générale, 52
ministres chargés de la Science se sont réunis
les 22 et 23 octobre pour une table ronde intitulée La
bioéthique : un enjeu international qui
a reconnu que la bioéthique constitue aujourd’hui
un enjeu essentiel pour la protection des droits de
l’homme et des libertés fondamentales. Dans un
communiqué (4) publié à l’issue de la table ronde,
les ministres ont souligné que la bioéthique
« occupe une place prépondérante dans les
choix de société qu’il convient d’effectuer afin
de réunir les progrès scientifiques et l’inaliénable
primauté du respect de la dignité, de l’intégrité
et de la liberté de la personne humaine. Néanmoins,
cette préoccupation doit tenir compte de l’impératif
de la liberté de la recherche ».
Dans
leur communiqué, les ministres se sont engagés à
participer activement à la promotion des principes énoncés
dans la Déclaration
universelle sur le génome humain et les droits de
l’homme (adoptée par l’UNESCO en 1997) et à
sa mise en œuvre par le biais de leurs législations
et réglementations nationales. Ils ont aussi réaffirmé
que le clonage à des fins de reproduction d’êtres
humains est « une pratique contraire à la
dignité humaine » et souligné que « le génome
humain en son état naturel ne peut donner lieu à des
gains pécuniaires ». Ils ont demandé à
l’UNESCO « en tant qu’organisation ayant un
rôle moteur en matière de bioéthique sur le plan
international » de travailler à un instrument
juridique international traitant des grands problèmes
de la bioéthique, proposition qui a été reprise par
la Conférence générale.
Dans
le domaine de l’éducation,
la Conférence générale a manifesté son appui
unanime à l’engagement de l’UNESCO en faveur de
la promotion de l’éducation en tant que droit
fondamental. Elle a souligné le rôle de l’UNESCO
pour que l’éducation devienne véritablement intégrative
et aide à relever les défis de la pauvreté et de
l’exclusion. Un ferme appui a été apporté aux
efforts déployés pour faire face aux problèmes
complexes soulevés par la pandémie du VIH/sida
et pour parer à ses effets négatifs sur les capacités
en matière d’éducation. Un soutien unanime a également
été apporté à l’engagement de l’UNESCO en
faveur de l’action internationale visant à garantir
l’accès de tous à une éducation de base de qualité,
objectif fixé lors du Forum mondial sur l’éducation.
Les
29 et 30 octobre, le Groupe de haut niveau sur l’éducation
pour tous (5), réuni pour la première fois, s’est
d’ailleurs penché sur les progrès réalisés
depuis la tenue en 2000 à Dakar (Sénégal) de ce Forum
mondial sur l’éducation.
Le
Groupe de haut niveau sur l’EPT a souligné :
« Les événements du 11 septembre 2001 ont
montré de nouveau l’importance absolue de la généralisation
d’une éducation de base de bonne qualité comme
condition nécessaire, faute d’être suffisante, à
la construction d’un monde plus sain, plus démocratique
et plus tolérant ». Il a ajouté :
« La poursuite des objectifs de l’EPT doit
s’inscrire dans le cadre des stratégies nationales
de réduction de la pauvreté, et les plans d’éducation
doivent être élaborés et mis en œuvre dans le
contexte des cadres macro-économiques et des réformes
politiques ».
Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont été
au cœur des débats de la Conférence générale et
elles devraient être appelées à jouer un rôle déterminant
dans tous les domaines de compétence de l’UNESCO.
La Conférence générale a souligné qu’un accès
universel au cyberespace pourrait permettre une
meilleure expression de la diversité culturelle sous
toutes ses formes, y compris le multilinguisme, et
elle a appelé l’UNESCO à poursuivre l’élaboration
d’un texte normatif sur le cyberespace.
« Le
chemin sera sans doute long, comme pour toute action
normative, avant d’aboutir, dans chacun des domaines
qui le requiert, à des instruments qui rencontrent
l’adhésion de tous », a déclaré le
Directeur général lors de la clôture de la Conférence
générale. Il a ajouté : « Je pense en
particulier à la promotion et l’usage du
multilinguisme et l’accès universel au cyberespace,
pour lequel le débat a révélé que nous avions
encore à mûrir notre réflexion et que nous devions
approfondir les consultations ».
****
Pour
davantage d’information sur la Conférence générale :
http://www.unesco.org/confgen/index.shtml
(1)
http://www.unesco.org/bpi/fre/unescopresse/2001/01-112f.shtml
(2)
htpp://www.unesco.org/bpi/fre/unescopresse/2001/01-120f.shtml
(3)
\\Server_bps\cldt\Archive\General
Conference\French\31\31-C\31-C-24\024.doc
(4)
http://www.unesco.org/bpi/fre/unescopresse/2001/01-113f.shtml
(5)
http://www.unesco.org/education/efa/bulletin/fr/communique.shtml