Communiqué de presse 2001-133
UN PLAIDOYER POUR QUE L'ONU INSCRIVE
LES OCEANS ET LES ZONES COTIERES AU MENU
DU SOMMET MONDIAL SUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE
Paris, 7 décembre - Les objectifs du Sommet mondial sur le développement durable de l'année prochaine ne pourront être atteints que si une action efficace - et rapide - est mise en place pour protéger les océans et les zones côtières. C'est la conclusion de la Conférence mondiale sur les océans et les zones Côtières à RIO +10, en vue du Sommet mondial sur le développement durable, qui s'est terminée aujourd'hui et qui a réuni pendant 5 jours au siège de l'UNESCO plus de 400 experts des océans et des zones côtières.
" Le développement durable et l'éradication de la pauvreté ne peuvent pas être atteints sans des océans et des zones côtières en bonne santé ", ont déclaré les co-présidents de la réunion, Patricio Bernal, Secrétaire exécutif de la Commission Océanographique Intergouvernementale de l'UNESCO, et Biliana Cicin-Sain, Directrice du Centre d'études en politique marine de l'Université du Delaware (USA). " La question-clé est : comment maintenir les ressources naturelles et l'intégrité des éco-systèmes océaniques et côtiers tout en permettant un développement économique ? Nous recommandons vivement que les Nations Unies inscrivent le développement durable des océans - qui couvrent 70 % de la surface de la Terre - comme un point central du Sommet mondial. "
Les Nations Unies vont réunir les chefs d'Etats au Sommet mondial sur le développement durable à Johannesbourg (Afrique du Sud) en septembre 2002, dix ans après le Sommet de la Terre qui s'est tenu en 1992 à Rio de Janeiro.
" Nous avons de bonnes raisons de nous préoccuper de la santé des océans et des zones côtières. Les participants de la conférence sont d'accord sur le fait que nous sommes dans une situation critique qui requiert une action immédiate des Etats et des grandes organisations intergouvernementales ". Ce sentiment d'urgence et de priorité a été corroboré par les déclarations ministérielles ainsi que par les représentants d'ONG, experts intergouvernementaux, scientifiques, pêcheurs et industriels qui participaient à la conférence. " Le fait que ce large éventail d'experts soit d'accord sur ce diagnostic est très significatif ", ont déclaré Patricio Bernal et Biliana Cicin-Sain.
Les grandes lignes du rapport des co-présidents de la conférence sont :
L'éradication de la pauvreté au cours de la décennie à venir requiert l'accès des populations côtières à des biens et des activités professionnelles économiquement durables, ainsi que le développement de communautés saines et préservées.
La Déclaration du Millénaire des Nations Unies a souligné le besoin de diviser par deux d'ici 2015 la proportion de gens très pauvres dans le monde et de réduire l'impact de maladies telles que le paludisme et d'autres infections transmises par l'eau (Chaque année, 250 millions de cas cliniques de gastro-entérite et de maladies respiratoires sont dues à la baignade dans des eaux contaminées). Ce point a été une des grandes préoccupations de la conférence et il s'agit peut-être du plus grave défi posé par notre exploitation des océans.
Une mise en oeuvre complète et un respect réels des accords internationaux sont nécessaires.
Il faut aujourd'hui mettre en œuvre et renforcer le grand nombre d'accords internationaux entrés en vigueur depuis 1992, mais aussi se préoccuper de leurs implications au niveau national. Il y a un besoin urgent d'une meilleure coopération et coordination entre les organes régionaux et internationaux gouvernant les océans et les pêcheries afin d'assurer la mise en place harmonieuse et efficace de ces accords.
La santé des océans et des côtes est directement liée à une bonne gestion des bassins versants qui déversent de l'eau douce dans l'environnement marin.
80 % de la pollution marine proviennent de la partie terrestre des Etats. Dans le monde en développement, plus de 90 % des déchets domestiques et 70 % des déchets industriels sont rejetés dans les eaux de surface où ils polluent les source d'alimentation en eau douce et les eaux côtières.
La protection des zones côtières et marines, ainsi que de la biodiversité, nécessite une approche fondée sur l'intégrité des écosystèmes.
Au cours de la dernière décennie, un grand pas a été franchi avec le passage d'une approche sectorielle à une approche basée sur l'écosystème et reconnaissant le principe de précaution et le lien transversal entre les activités. La Convention sur la diversité biologique a fourni un cadre international pour une approche basée sur l'écosystème qui dépendra de la protection des habitats marins au niveau régional et national.
Le renforcement de l'observation scientifique et l'évaluation des océans sont essentiels pour la gestion de la durabilité à long terme des écosystèmes marins.
Une coordination internationale effective doit être développée pour permettre un bilan intégré des océans et des côtes, ainsi que de leur utilisation. A partir des efforts régionaux et sectoriels déjà existants, un rapport mondial, périodique et complet, sur " L'Etat des Océans et Développement ", s'avère nécessaire. Il pourrait être complété par des rapports du même type au niveau national.
La pêche reste l'activité économique la plus répandue des océans. " L'intégrité future de nos communautés côtières et de la sécurité alimentaire mondiale est directement liée au soutien à nos pêcheries et aux écosystèmes correspondants. Les 400 millions de pêcheurs témoignent d'un des patrimoines les plus riches de l'humanité. La pêche nous procure une des dernières ressources d'alimentation naturelle - ne l'oublions pas ", a dit Pietro Parravano du World Fisheries Forum of Fish Workers and Fish Harvesters, participant à la conférence.
D'importantes données scientifiques viennent à l'appui de l'appel de la Conférence demandant que le thème des océans et des côtes soit au cœur de l'agenda du Sommet mondial. Plus de la moitié de la population mondiale vit dans les franges côtières, à moins de 100 km d'un océan. On estime qu'en 2025, ce seront 75 % de la population, soit 6,3 milliards de personnes, qui vivront dans la zone côtière, concentrés dans des mégapoles côtières et souvent confrontés à la pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. Pour l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les 40 dernières années ont vu la demande de poisson augmenter deux fois plus vite que la population elle-même. Plus de 500 millions de personnes dépendent pour s'alimenter des récifs coralliens alors qu'aujourd'hui 70% de ces récifs sont menacés à travers le monde. Quatre-vingt-huit des 126 espèces de mammifères marins sont menacées, plusieurs espèces ont disparu ou sont en voie d'extinction.
" Il est essentiel de lier développement économique, bien-être social et préservation des ressources afin de parvenir au développement durable. Les différents gouvernements doivent être conscients que la protection des ressources doit faire partie intégrante du processus de développement et ne doit pas être considérée à part ", ont déclaré Patricio Bernal et Biliana Cicin-Sain.
Un autre participant, Tuiloma Neroni Slade, Ambassadeur de Samoa auprès des Nations Unies et Président de l'Alliance des petits Etats insulaires en développement, a déclaré : " Les petits Etats insulaires constituent des cas particuliers car ils sont plus vulnérables aux effets des changements climatiques, en particulier à l'élévation du niveau de la mer. Nous sommes responsables de la gestion de nos îles et de vastes espaces océaniques qui englobent une grande diversité biologique, les plus grands récifs coralliens du monde et d'importants gisements sous-marins de minéraux. Nous avons un rôle important à jouer pour l'avenir des océans ".
Les discussions à l'UNESCO ont apporté quelques bonnes nouvelles sur les dix années qui ont suivi le Sommet mondial de Rio. Des progrès significatifs ont été réalisés dans certains domaines, jetant les bases d'un développement durable des océans - un nouvel ensemble de 8 accords mondiaux a donné le cap en vue d'une bonne gestion des ressources océaniques et côtières. De nombreux pays - en développement ou industrialisés - ont tenté des approches variées en matière de gestion des océans et des zones côtières. Un important financement, provenant de bailleurs de fonds nationaux et internationaux, s'est mis en place et une masse de connaissances et d'expériences pratiques concernant la gestion des océans et des côtes a pu être accumulée.
Les ressources océaniques et l'environnement continuent pourtant de se dégrader. Et si cette question ne devient pas une priorité pour les gouvernements, " compte tenu des tendances actuelles, les perspectives concernant nos océans et côtes pour l'année 2020 ne sont guère optimistes. Il est évident qu'il faut agir dès maintenant pour enrayer la dégradation en cours ", ont déclaré Patricio Bernal et Biliana Cicin-Sain. Alors que la population mondiale continue d'augmenter, si les tendances actuelles en matière de développement et d'évolution sociale se poursuivent, la pression sur nos ressources côtières sera encore plus forte. Nous avons une autre vision du futur - celle de mers propres et fécondes, d'eaux côtières saines et de communautés côtières prospères. Au Sommet mondial, nous sommes tenus de nous pencher sur les causes premières de nombreux problèmes économiques et sociaux mondiaux dont beaucoup sont affectés par la façon dont nous traitons nos océans et nos zones côtières ".
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