LE PRIX FELIX HOUPHOUET-BOIGNY
POUR LA RECHERCHE DE LA PAIX A ETE REMIS A LA COMMUNAUTE DE SANT’EGIDIO
Paris, 1er
février (N°2001-16)
- Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a remis aujourd’hui
le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de l’UNESCO au
lauréat 1999, la Communauté de Sant’Egidio, représentée par son fondateur
et Président, Andrea Riccardi.
La cérémonie de remise du
Prix a eu lieu au siège de l’Organisation, en présence notamment d’Abdou
Diouf, ancien Président du Sénégal, parrain du Prix, d’Henri Konan Bédié,
ancien Président de la République de Côte d’Ivoire, protecteur du Prix, de
Jacques Delors, ancien Président de la Commission européenne, d’Abou
Drahamane Sangaré, ministre des Affaires étrangères de la Côte d’Ivoire,
de Louis Michel, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de
Belgique, de Lidia Brito, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Science
et de la Technologie du Mozambique, de Boutros Boutros-Ghali, Secrétaire
général de la Francophonie et ancien Secrétaire général de l’ONU, ainsi
que de la Présidente du Conseil exécutif de l’UNESCO, Sonia Mendieta de
Badaroux.
Durant la cérémonie,
Koïchiro Matsuura, a qualifié le Prix “ d’instrument majeur de la
promotion de la paix dans le monde ” et déclaré que “ le nom de Félix
Houphouët-Boigny qui y est attaché symbolise la recherche de la paix et la
fraternité humaine ”. Le Directeur général a salué la mémoire de Félix
Houphouët-Boigny “ qui avait fait de la paix le but ultime de son combat ”
et a évoqué la forte impression que lui avait faite l’ancien Président
ivoirien dans les années 60, lorsqu’il était lui-même un tout jeune
diplomate en Afrique occidentale.
Koïchiro Matsuura a salué la
Communauté de Sant’Egidio pour son humilité, sa capacité d’écoute et sa
persévérance dans l’action en faveur des plus démunis, puis en faveur du
rapprochement entre les religions. Des qualités que la Communauté a “
employées à la recherche de la paix par le dialogue, dans les divers conflits
où elle a été amenée à offrir sa médiation ”. Le Directeur général a
ajouté que “ les résultats qu’elle a obtenus dans ce domaine sont la plus
belle récompense qu’elle pouvait souhaiter et prouvent l’efficacité de sa
méthode : faut-il rappeler le rôle essentiel qu’elle a joué dans le retour
de la paix au Mozambique, son apport considérable au processus de paix au
Guatemala, et les multiples efforts qu’elle a déployés en Europe, en Afrique
et en Amérique latine ? ”
Boutros Boutros-Ghali a tenu à
“ saluer le génie du dialogue et de la médiation ” des membres de la
Communauté de Sant’Egidio. Jacques Delors a souligné pour sa part “ la
disponibilité du Professeur Riccardi ”, et de la part de la Communauté, l’attention
portée aux pauvres et surtout “ la charité étendue à la politique ”,
véritable exemple pour les organisations gouvernementales et non
gouvernementales.
Se félicitant qu’un prix d’une
telle envergure porte le nom d’un Africain, Abou Drahamane Sangaré a
déclaré que la Côte d’Ivoire est fière et honorée de prendre part à
cette cérémonie de remise du Prix Félix Houphouët-Boigny. Louis Michel a
rappelé le rôle de la Communauté de Sant’Egidio dans le domaine du “
dialogue interreligieux et aussi entre croyants et non croyants ”.
Henri Konan Bédié s’est réjoui de la distinction remise à la Communauté
Sant’Egidio qui, “ dans un monde troublé, s’efforce d’apporter aux
victimes compassion, réconfort et espérance ” et “ mérite l’estime de
tous ceux qui militent pour un monde meilleur ”. Il a souhaité que “ l’esprit
de Félix Houphouët-Boigny inspire le peuple ivoirien dans sa volonté de paix,
d’amour et de fraternité ” et a déclaré : “ Seul le dialogue, l’amour,
la compréhension de l’autre et la tolérance, fondements essentiels de la
philosophie de Félix Houphouët-Boigny, nous permettront de poursuivre et de
renforcer l’œuvre qu’il a réalisée ”.
C’est un jury international,
présidé par Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat américain et Prix
Nobel, qui a proposé que le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de
la paix soit décerné à la Communauté de Sant’Egidio en reconnaissance de
sa contribution à la résolution des conflits dans de nombreuses régions du
monde, particulièrement en Afrique et en Amérique latine.
Jean Foyer, vice-Président du
jury, qui remplaçait Henry Kissinger, empêché, a résumé l’histoire du
développement de la Communauté Sant’Egidio, “ née dans le sillage du
Concile de Vatican II ”, et comptant aujourd’hui “ 20 000 membres dans le
monde ”. Il a précisé qu’il ne s’agit pas d’une congrégation
religieuse, et ajouté que l’action de Sant’Egidio “ est déterminée par
l’amour des pauvres, du progrès, du prochain ” et “ rénove la procédure
de médiation ”. Il a conclu en disant que le Jury avait surtout voulu “
faire connaître la Communauté, plus que la récompenser ”, car elle aspirait
à une récompense “ plus haute ”, citant le Sermon des Oliviers : “
Heureux les artisans de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ”.
En recevant le Prix, Andrea
Riccardi a évoqué le combat de la Communauté depuis plus de 30 ans contre la
pauvreté au Nord comme au Sud : “ Sant’Egidio, c’est un mouvement de
femmes et d’hommes, présent dans presque soixante pays du monde, y compris
une vingtaine de pays africains, qui, à partir de la foi qui les pousse, vit la
solidarité envers les plus pauvres et les blessés de la vie ”. Andrea
Riccardi a poursuivi : “ Parmi les nombreuses pauvretés, nous nous sommes
confrontés avec la mère de toutes les pauvretés : la guerre ”. Il a ajouté
: “ Dans le monde contemporain, […] des nouvelles frontières surgissent :
non seulement nationales, mais ethniques et religieuses. Souvent des groupes
politiques utilisent sans scrupules des motivations religieuses ou ethniques
pour susciter des passions belliqueuses, surtout après la crise de nombreuses
idéologies. […] Cette méfiance, ce mépris, ce préjugé qui semblent d’inévitables
héritages du passé, deviennent alors le terrain de culture de menaçantes
passions ”.
Le Prix comprend un chèque de
800 000 FF, un diplôme de la paix et une médaille d’or. Il a été créé en
1989 par la Conférence générale de l’UNESCO à l’initiative de 120 pays.
Il est décerné tous les ans à des personnes, institutions ou organisations
qui ont contribué de manière significative à la promotion, à la recherche,
à la sauvegarde ou au maintien de la paix, dans le respect de la Charte des
Nations Unies et de l’Acte constitutif de l’UNESCO. Parmi les autres
lauréats du Prix figurent : Nelson Mandela et Frederik W. De Klerk (1991) ;
Yitzhak Rabin, Shimon Pérès et Yasser Arafat (1993) ; le Roi Juan Carlos d’Espagne
et l’ancien Président américain, Jimmy Carter (1994).
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