KOICHIRO MATSUURA : L’UNIVERSITE
DOIT CONSERVER SA TEXTURE HUMAINE
Paris, 19 mars (N°2001-42) -
Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a évoqué, samedi 17
mars, à Mascate (Oman), lors de l’ouverture de la Conférence internationale L’Université
du XXIe siècle, les défis qui se posent aujourd’hui à l’enseignement
supérieur, et notamment le caractère vital de la “ riche et diverse texture
humaine de l’université ” pour la réalisation de ses objectifs.
Cette Conférence de trois
jours, organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur du Sultanat d’Oman,
s’inscrit dans le cadre du suivi de la Conférence mondiale sur l’enseignement
supérieur qui s’est tenue à Paris en octobre 1998. Cinq thèmes y ont été
traités : Définition de l’enseignement supérieur ; Elargissement du rôle
de l’enseignement supérieur ; Défis posés à l’enseignement supérieur au
XXIe siècle ; Enseignement supérieur privé ; Situation de l’enseignement
supérieur à Oman.
Rappelant que “ les systèmes
d’enseignement supérieur connaissent d’importantes crises et des problèmes
sans précédent ”, le Directeur général a déclaré à cette occasion : “
Les défis d’aujourd’hui doivent être considérés dans le contexte d’une
mondialisation qui a des implications profondes pour la diversité culturelle.
Cette tendance est trop puissante pour être inversée, mais nous devons nous
efforcer d’en humaniser l’impact, de maximiser ses avantages et de minimiser
ses possibles conséquences négatives. Nous devons faire en sorte que se
maintiennent la diversité culturelle et le pluralisme et nous assurer que l’esprit
de partenariat et de solidarité entre égaux va prévaloir ”.
Koïchiro Matsuura a poursuivi
: “ Dans les faits, les universités n’ont jamais joui d’un monopole en
matière de production de savoir ou d’élaboration des nouvelles technologies.
C’est encore plus vrai aujourd’hui où l’on voit la télévision, l’internet,
l’édition, des bibliothèques et des musées, des instituts de recherche
privés, des entreprises publiques ou privées activement engagés dans la
création ou la dissémination du savoir et de l’information. Cette situation
oblige les universités et les systèmes d’enseignement supérieur à repenser
leurs stratégies et à envisager de nouvelles façons de résoudre les
problèmes de gouvernance, gestion, partenariat, financement et coopération ”.
Le Directeur général a tenu
à mettre l’accent sur certaines tendances qui le préoccupent
particulièrement dans le domaine de l’enseignement supérieur : “ Ma
première inquiétude concerne le risque de perdre la vision du long terme. L’enseignement
supérieur requiert une perspective et des investissements à long terme […].
Les institutions et systèmes d’enseignement supérieur sont prisonniers de
solutions à court terme qui peuvent se traduire par un manque de perspective
quant à la finalité et à la valeur de l’enseignement supérieur ”.
Il a également insisté sur la
nécessité de préserver le caractère humain de l’université. Tout en
reconnaissant l’apport en matière d’accès aux connaissances de l’éducation
à distance ou de l’enseignement virtuel, il a précisé : “ L’université
doit être un espace non seulement pour les idées mais aussi pour les personnes.
La riche et diverse texture humaine de l’université est vitale pour la
réalisation de ses objectifs […], nous devons chercher à garantir que le
réel ne cède pas totalement la place au virtuel ”.
Le Directeur général a
évoqué une troisième inquiétude, celle de voir les institutions d’enseignement
supérieur devenir si spécialisées que l’offre ne soit plus équilibrée
entre les disciplines et que l’université ne soit plus capable de remplir
correctement ses fonctions sociales et intellectuelles. Le divorce entre
enseignement et recherche, mais aussi la difficulté éprouvées par les
universités des pays en développement à maintenir des programmes de recherche
répondant aux problèmes et besoins locaux, s’inscrivent dans cette
problématique.
Koïchiro Matsuura a aussi
voulu attirer l’attention sur un dernier point, la domination trop marquée du
marché de l’emploi : “ Il ne fait aucun doute qu’il faut de façon
urgente et légitime fournir l’enseignement supérieur qui corresponde à une
économie moderne. Nous devons répondre à cette demande mais, en le faisant,
nous ne devons pas perdre de vue le fait que l’université doit être un lieu
de pensée indépendante et de questionnement. […] L’université doit
assumer ses responsabilités sociales à travers une pensée critique et un
approfondissement de notre compréhension des courants fluctuants du changement
technologique, social et culturel ”.
Le Directeur général, qui a
annoncé à l’occasion de la Conférence la création à l’Université
Sultan Qabus de la première Chaire UNESCO en biotechnologie alimentaire marine,
a conclu : “ Des réformes d’ensemble et des changements décisifs en
matière d’enseignement supérieur ne peuvent pas se limiter à une région ou
à une institution. Nous sommes face à des défis globaux qui transcendent les
frontières économiques, politiques et sociales ”.
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