 |
|
D'autres photos sont
disponibles ici |
L’UNESCO POURSUIVRA SA
MOBILISATION EN FAVEUR DE L’AFGHANISTAN
Paris, 27 mars (N°2001 - 48) -
L’UNESCO est décidée à poursuivre sa mobilisation en faveur du patrimoine
afghan malgré la destruction des bouddhas de Bamiyan par les taliban. La
sauvegarde du reste du patrimoine afghan, tant islamique que pré-islamique, le
maintien du dialogue et l’approfondissement des arguments d’ordre religieux
favorables à la protection du patrimoine, un travail normatif sur le concept de
crime culturel sont les grands axes de l’action à venir.
Lors d’une conférence de
presse qui s’est tenue ce matin, le Directeur général de l’UNESCO,
Koïchiro Matsuura, et son envoyé spécial en Afghanistan, Pierre Lafrance, ont
fait le point à la fois sur la mission effectuée par ce dernier à Kandahar,
Kaboul, Islamabad et Doha, et sur l’action de l’UNESCO.
Le Directeur général est d’abord
revenu sur les nombreuses manifestations de réprobation provoquées par les
destructions du patrimoine pré-islamique afghan, soulignant d’une part que
“ cette mobilisation générale en faveur du patrimoine culturel a largement
dépassé le cadre des nationalités et des religions ” mais aussi que la
plupart des pays islamiques avaient refusé “ de voir leur religion associée
à ce geste fanatique ”.
Koïchiro Matsuura a surtout
voulu évoquer l’avenir. A propos des autres biens culturels pré-islamiques d’Afghanistan,
il a déclaré que “ les efforts pour amener les taliban à respecter les
richesses archéologiques seront poursuivis ”. Il a précisé que son voyage
au Pakistan, la semaine prochaine, lui permettrait d’agir dans ce sens. La
création d’un compte spécial pour la sauvegarde du patrimoine culturel
afghan doit fournir des moyens supplémentaires dans ce domaine.
“ Sauver ce qui peut l’être,
cela signifie aussi lutter contre le trafic des biens culturels afghans ”, a
ajouté le Directeur général qui entend lancer un appel aux négociants et aux
collectionneurs “ pour qu’ils contribuent de leur côté et en liaison avec
l’UNESCO au sauvetage du patrimoine culturel afghan ”. Face à ce trafic,
combattu par la Convention de 1970, un processus a été engagé, notamment avec
l’appui des autorités suisses et de la fondation Hirayama, afin de
récupérer des biens afghans en danger et à “ les mettre à l’abri en
attendant de pouvoir les restituer à l’Afghanistan ”.
En rendant compte de sa “
mission à priori impossible ”, Pierre Lafrance a souligné le caractère à
la fois instable et opaque du mouvement que l’on appelle taliban : “ On ne
peut pas parler de courants dans un ensemble mais de heurts entre des
sensibilités ”. Pour lui, c’est une de ces sensibilités qui l’a
temporairement emporté et qui a notamment investi le judiciaire afghan,
imposant son “ légalisme tatillon ” et débouchant sur “ une volonté de
purification à l’infini, un scrupule morbide de ne pas en faire assez pour
aller dans la voie tracée par Dieu ”.
Face à une telle attitude,
imprégnée d’affectif et donc parfois imprévisible, l’envoyé spécial du
Directeur général a prôné la pédagogie et le dialogue plus que la violence.
Il a souligné le rôle important joué par les ulémas du monde arabo-islamique
qui l’ont aidé dans sa mission ou qui sont intervenus en parallèle. Ce
travail sur ce qui, selon les préceptes de l’Islam, est licite, recommandé
ou obligatoire en matière de préservation du patrimoine, va se poursuivre. L’UNESCO
continue de s’y employer activement.
Un autre domaine dans lequel l’UNESCO
entend poursuivre son action a été abordé par Koïchiro Matsuura sous forme d’une
question : “ Les crimes contre la culture peuvent-ils rester impunis ? ”.
Saluant la décision du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie
qui a récemment inclus la destruction de monuments historiques parmi les chefs
d’accusation retenus dans l’action concernant l’attaque contre Dubrovnik,
il a ajouté : “ Une étude est en cours pour examiner, dans le cadre des
différentes conventions existantes, notamment celles de 1954 et 1972, tous les
moyens de prévenir et de sanctionner ces crimes contre les biens culturels ”.
Le patrimoine culturel n’a
pourtant pas été le seul thème de cette conférence de presse. Comme l’a
rappelé Koïchiro Matsuura, “ la responsabilité de l’UNESCO est clairement
définie : à la fois veiller à la sauvegarde d’un patrimoine menacé,
quelles que soient la période historique ou la culture à laquelle il
appartient, mais aussi s’assurer que des programmes soient engagés pour
favoriser l’éducation de base ”. Le Directeur général a ajouté : “ Je
souhaite que l’on fournisse une assistance à l’éducation des femmes et que
l’on favorise la scolarité des enfants et adolescents des deux sexes ”.
Exprimant sa préoccupation
face à la “ situation de détresse dans laquelle vit la population d’Afghanistan
”, le Directeur général s’est associé à l’appel du Secrétaire
général des Nations Unies en faveur d’une mobilisation de fonds en vue d’une
aide humanitaire d’urgence. L’ancien ambassadeur de France au Pakistan,
Pierre Lafrance, a abondé dans ce sens, réitérant le besoin de dialogue et d’assistance
au peuple afghan : “ Ne répondons pas à la bêtise par la bêtise, au tabou
par le tabou ”.
****