A ISLAMABAD, LE DIRECTEUR
GENERAL MET L'ACCENT SUR LE ROLE PASSE, PRESENT ET FUTUR DU DIALOGUE
INTERCULTUREL
Paris, 6 avril (N°2001-54) -
Le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a souligné aujourd'hui
l'importance historique - et toujours d'actualité - du dialogue interculturel,
dans un discours prononcé lors de la séance d'ouverture du Colloque
international sur la civilisation de la vallée de l'Indus qui se tient à
Islamabad, au Pakistan où le Directeur général effectue une visite officielle
de deux jours.
Le Colloque est organisé par
le ministère de la Culture du Pakistan, en collaboration avec l'UNESCO, dans le
cadre de l'Année internationale des Nations Unies pour le dialogue entre les
civilisations, dans laquelle l'UNESCO est “ pleinement impliquée ”, comme
Koïchiro Matsuura l'a rappelé.
Revenant sur le lancement de
l'Année internationale qui s'est tenu à New York à l'automne dernier, il a
fait remarquer que les débats qui avaient eu lieu alors pendant la Table ronde
des chefs d'Etat et de gouvernement avaient “ souligné l'importance
primordiale que la communauté internationale accorde à l'amélioration de la
connaissance et de l’appréciation mutuelles entre les cultures pour
consolider les fondations de la paix mondiale ”.
“ Je crois que c’est
important pour notre compréhension les uns des autres ”, a-t-il déclaré, en
expliquant : “ Aucune civilisation n’est "pure". Nos racines
partent de cultures et de civilisations qui se sont nourries et se sont
enrichies grâce à ces croisements. Si cette année de l'ONU devait se traduire
par une meilleure reconnaissance de ce fait, je serais heureux de ce résultat.
On disposerait d’un remarquable outil pour réduire les tensions si les
peuples réalisaient que des "ennemis héréditaires" ont un passé
partagé et une volonté commune de réussir le futur ”.
Koïchiro Matsuura a décrit la
civilisation de la vallée de l'Indus qui, de 2 500 à 1700 ans avant Jésus-Christ,
avait atteint un remarquable développement urbain, comme “ une source
importante de dialogue, une grande voie pour la communication et les échanges
commerciaux, culturels et humains entre le Proche-Orient, l'Asie centrale et la
région indo-gangétique ”.
“ Si nous pouvons percer le
mystère de la langue, de l'écriture et des premiers occupants de l'Indus, nous
devrons peut-être […] repenser toute notre conception des civilisations
eurasiennes ”, a déclaré Koïchiro Matsuura, ajoutant que le Colloque
devrait “ mettre en lumière le patrimoine commun que la civilisation de
l'Indus représente pour tous les peuples et pays de la région ”.
Il a déclaré : “ Nous
touchons ici au but fondamental du dialogue entre les civilisations : permettre,
par la réappropriation partagée d’un patrimoine, la réécriture d’une
histoire commune et la découverte de ce qui unit les gens ”. Ce dialogue
devrait, a-t-il dit, “ promouvoir la compréhension mutuelle et poser les
fondations de la paix, non seulement en encourageant la connaissance mutuelle,
mais encore plus en reconnaissant les interactions, les contributions mutuelles
et les signes d’un brassage fécond ”.
“ A travers l’exemple
formidable de la civilisation de l’Indus, l’objectif ultime du Colloque d’Islamabad
consiste à mettre l’accent sur la dialectique féconde du respect du
pluralisme culturel et sur la reconnaissance d’un patrimoine commun en tant
que base d’un dialogue véritable entre les civilisations. C’est à travers
ce respect et cette reconnaissance que les peuples de la région, dans toute la
diversité de leurs croyances et de leurs valeurs, deviendront eux-mêmes les
défenseurs et les champions d’un patrimoine commun tant matériel qu’intangible,
dont la richesse est universellement reconnue ”, a souligné Koïchiro
Matsuura.
Le Directeur général a
évoqué, en conclusion, la récente destruction des deux bouddhas géants en
Afghanistan : “ La tragédie de la destruction des monuments Bamiyan souligne
l’urgence de cette ‘éthique culturelle’. Et je suis convaincu que c’est
seulement par le biais de l’éducation qu’une telle éthique peut être
bâtie dans l’esprit des hommes et des femmes. Car la tragédie de Bamiyan est
la tragédie d’un fanatisme religieux qui s’est épanoui sur le lit de l’ignorance
”.
Pendant sa visite, le Directeur
général s’est entretenu avec le Président du Pakistan, Mohammad Rafiq Tarar
; le chef de l’exécutif, le général Pervez Musharraf ; et plusieurs
ministres, notamment le ministre des Affaires étrangères, Abdul Sattar ; le
ministre de l’Education, Zubeda Jalal ; le ministre de la Promotion des femmes
et des Affaires sociales, Attiya Inayatullah ; et le ministre des Sports, de la
Culture, de la Jeunesse et des Minorités, S.K. Tressler. Le Président Rafiq
Tarar a décerné à Koïchiro Matsuura la prestigieuse distinction Hilal-I-Pakistan.
Pendant son séjour au
Pakistan, Koïchiro Matsuura a également visité Takht-i-Bahi, les ruines
remarquablement conservées d’un monastère bouddhiste du Ier siècle, inscrit
depuis 1980 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
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