OUVERTURE A VILNIUS (LITUANIE)
DE LA CONFERENCE SUR
LE DIALOGUE ENTRE LES CIVILISATIONS
Vilnius (Lituanie), 24 avril (N°2001
- 62) - La conférence Dialogue entre les civilisations a été ouverte
aujourd’hui à Vilnius par le Président lituanien, le Directeur général de
l’UNESCO, les Présidents polonais et ukrainien devant un parterre de
personnalités et d’experts du monde entier.
Dans son discours de bienvenue,
le Président de la République de Lituanie, Valdas Adamkus, s’est réjoui de
voir son pays accueillir cette conférence : “ La Lituanie est un pays où les
cultures et les civilisations se sont entrecroisées, concurrencées et ont
coexisté pendant des siècles. Pendant de nombreuses années, des temples
païens baltes, des églises catholiques et des églises orthodoxes se sont
trouvées côte à côte ici. […] Des membres de la famille des Grands Ducs
lituaniens pouvaient pratiquer des religions différentes. Des traditions
nationales différentes ont été respectées sous leurs gouvernements. La
tolérance et la coexistence des nations, qui ont marqué l’histoire de la
Lituanie dans le passé, ont retrouvé toute leur signification quand notre pays
a recouvré son indépendance ”. Il a ajouté : “ Aucune civilisation ne
peut prétendre représenter l’humanité toute entière. […] Le dialogue
entre les civilisations ne se génère pas tout seul. Il est le résultat d’efforts
mutuels ”.
Le Directeur général de l’UNESCO,
Koïchiro Matsuura, a rappelé le rôle de l’UNESCO en faveur de la diversité
culturelle, pour la promotion du dialogue entre les civilisations et la
protection du patrimoine commun de l’humanité, avant de développer la notion
même de civilisation. “ L’UNESCO respecte toutes les civilisations. […]
Le terme civilisation doit décrire un phénomène universel, pluriel et non
hiérarchisé, un phénomène interactif puisque chaque civilisation a été
enrichie par le contact et l’échange avec d’autres civilisations. Les
civilisations sont profondément interculturelles ”.
Koïchiro Matsuura a ensuite
insisté sur les deux effets, à première vue opposés, de la mondialisation
sur l’évolution des sociétés modernes : “ Dans le monde actuel, les
échanges interculturels ont augmenté en volume et en vitesse, en raison de la
mondialisation ; en conséquence, nous sommes confrontés à de nouvelles
réalités et expériences culturelles. […] Cependant, nombreux sont ceux qui
croient que cela nous entraîne vers une homogénéisation culturelle plus
grande avec une perte de la diversité créatrice mondiale ”. Il s’est alors
inquiété des conséquences néfastes de la mondialisation : “ Alors que la
mondialisation crée de nouvelles opportunités d’échanges culturels, elle a
aussi un mauvais côté. Là où des conflits violents prenaient autrefois la
forme de guerre entre les Etats, des conflits émergent de plus en plus au sein
même des Etats et ont souvent pour cause des questions culturelles. De
nouvelles formes d’intolérance et d’agression apparaissent. La xénophobie
et le racisme, les conflits ethniques, les préjugés, la ségrégation et la
discrimination - qui reposent principalement sur l’appartenance à une ethnie
et à un sexe - se répandent largement, créant une violence détestable et de
profondes souffrances humaines ”.
Le Directeur général a
rappelé que “ l’effort d’écoute consiste à laisser de l’espace à l’autre
sans pour autant changer complètement soi-même, sans disparaître ou se renier.
Le dialogue est le terrain d’essai de la tolérance. […] Grâce au dialogue,
on peut parvenir à une compréhension mutuelle qui transcende les différences
”. Soulignant l’importance du dialogue dans la préservation de la
diversité et donc du pluralisme culturel, il a conclu en déclarant : “ Le
dialogue doit devenir un instrument de transformation, une façon pour la
tolérance et la paix de prospérer, un véhicule pour la diversité et le
pluralisme, et ainsi un moyen de faire progresser le bien commun ”.
Le Président de la République
de Pologne, Alexander Kwasniewski, a souligné que si chacun a eu tendance,
pendant longtemps, à apprécier le monde à l’aune de deux stéréotypes, l’un
qui consistait “ à surestimer les facteurs économiques par rapport aux
facteurs culturels ”, l’autre “ à croire que notre civilisation était le
centre de l’univers ”, aujourd’hui “ nous réalisons plus que jamais que
le monde est multipolaire et polyphonique, avec une mosaïque de cultures
variées et de traditions historiques ”. Il a ajouté : “ C’est pourquoi
le dialogue entre les civilisations est plus qu’une proposition humaniste,
plus qu’une curiosité exotique ou de diversité. C’est une nécessité, et
le monde du XXIe siècle nous le montre avec encore plus d’acuité. Nous
devons chercher ce que nous avons en commun ; des codes de compréhension. Nous
devons apprendre à être unis dans le pluralisme ”.
Leonid Koutchma, Président de
la République d’Ukraine, a déclaré : “ Le dialogue international entre
les civilisations n’est pas possible sans le dialogue à l’intérieur des
civilisations, des pays et des groupes sociaux spécifiques ”. Il a poursuivi
: “ Il existe un danger certain à diffuser des idées simples au sujet du
processus actuel de mondialisation. […] La rapide diffusion des idées grâce
aux technologies ne veut pas dire qu’une civilisation en détient le monopole
et qu’elle a plus le droit que les autres de les détenir ”. Il a ajouté
que “ nombreux sont ceux qui associent démocratie, pluralisme et tolérance
avec les cultures occidentales ” mais pour ensuite démontrer que ces valeurs
existaient dans d’autres civilisations depuis au moins aussi longtemps. Et
fort du caractère universel de la plupart des valeurs de civilisation, il a
conclu en déclarant : “ Il y a une seule civilisation sur cette planète, et
nous l’appelons l’humanité ”.
La Présidente du Conseil
exécutif de l’UNESCO, Sonia Mendieta de Badaroux, a déclaré pour sa part :
“ Le principe sous-jacent au dialogue entre les civilisations et à sa
promotion suppose - avant tout - la reconnaissance de la coexistence culturelle
et de l’interaction entre les peuples, religions et cultures du monde en tant
que valeurs qui se complètent plutôt qu’en tant que traits distinctifs qui s’excluent
mutuellement ”.
La Conférence, une des
principales activités de l’UNESCO en cette Année des Nations Unies pour le
dialogue entre les civilisations, se poursuit jusqu’au 26 avril. Le dialogue
entre les civilisations sera un des objectifs stratégiques de l’Organisation
au cours des années 2002-2007.
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Pour plus d’information sur la
Conférence, consultez le site : www.unesco.org/dialogue2001/vilnius