L’UNESCO
CELEBRE A WINDHOEK (NAMIBIE) LA JOURNEE MONDIALE DE LA LIBERTE DE LA PRESSE
Windhoek
(Namibie), 3 mai ( N°2001-68)- Dix ans après la Déclaration
de Windhoek, la capitale namibienne a
accueilli aujourd’hui - Journée mondiale de la
liberté de la presse - la cérémonie de remise du
Prix mondial de la liberté de la presse
UNESCO/Guillermo Cano 2001 ainsi qu’une Conférence
réunissant près de 300 journalistes, rédacteurs en
chef, représentants d’organisations non
gouvernementales et associations professionnelles d’Afrique
et du reste du monde.
Le
Prix mondial de la liberté de la presse
UNESCO/Guillermo Cano 2001 a été remis ce matin par
le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro
Matsuura, à Prescott Low, représentant de l’Association
mondiale des journaux (AMJ), qui l’a reçu au nom du
lauréat 2001, le journaliste birman U Win Tin,
actuellement détenu dans son pays.
La
Conférence - intitulée Dix ans après : bilan,
défis et perspectives - qui s’est ouverte cette
après-midi se poursuivra jusqu’au 5 mai et
analysera l’impact du Séminaire pour le
développement d’une presse africaine indépendante
et pluraliste, organisé en 1991 dans la capitale
namibienne, et celui de la Déclaration de Windhoek,
adoptée à cette occasion, qui a marqué un tournant
pour les médias africains.
La
cérémonie de ce matin s’est ouverte, à la demande
de la modératrice Gwen Lister, directeur de The
Namibian, par une minute de silence en hommage aux
nombreux journalistes emprisonnés ou tués dans leur
lutte pour la liberté de la presse. La cérémonie s’est
déroulée en présence de Theo-Ben Gurirab, ministre
namibien des Affaires étrangères, de l’Information
et de la Radiotélévision, d’Ibrahim Gambari,
Sous-Secrétaire général des Nations Unies, de Jyoti
Shankar Singh, représentant le Haut Commissaire des
Nations Unies aux droits de l’homme, et de Paula
Cano, représentante de la Fondation Cano.
Dans
son intervention, Koïchiro Matsuura a déclaré : “
La liberté de la presse signifie une presse
pluraliste et indépendante, et pour les journalistes
le libre exercice de leur profession. Mais la liberté
de la presse est beaucoup plus qu’un droit
individuel fondamental des journalistes. C’est aussi
un facteur clé du développement économique et
social des sociétés. Une presse libre n’est pas un
luxe. Une presse libre est au cœur de tout développement
équitable […]. Pour toutes ces raisons, il est
impératif que la promotion de la liberté de la
presse reste un combat permanent ”.
Soulignant
que le Prix mondial de la liberté de la presse
UNESCO/Guillermo Cano est pour l’Organisation “
une des façons d’exprimer son engagement résolu
aux côtés de ceux qui souffrent du manque de
liberté, voient leur dignité humaine bafouée et
vivent dans des conditions difficiles, voire
désespérées ”, Koïchiro Matsuura a rappelé la
carrière du journaliste birman U Win Tin et lancé
“ un appel tant aux autorités du Myanmar qu’à
celles de Syrie pour que soient relâchés et
hospitalisés M. U Win Tin et le lauréat de l’année
dernière, M. Nizar Nayyouf, dont l’état de santé
est aujourd’hui très alarmant ”.
Le
Directeur général est aussi revenu sur la Déclaration
de Windhoek dont il a souligné l’impact.
Ses principes et son plan d’action sont devenus “
la référence pour tous les hommes et femmes de
médias dans l’exercice de leurs devoirs
professionnels […] et pour les gouvernements
démocratiques, toujours plus nombreux, une de leurs
principales sources d’inspiration lors de la refonte
ou de l’élaboration d’une législation
démocratique de la presse ou dans leurs rapports
quotidiens avec les médias et journalistes ”.
Il a
poursuivi: “ L’Afrique, comme le reste du monde, n’est
plus la même qu’il y a dix ans. Dans le domaine des
médias et des communications, un des changements
importants a été l’avènement des nouvelles
technologies de la communication et l’impact
croissant qu’elles ont sur notre communication
sociale de tous les jours. Mais nous devons aussi
regretter que le fossé numérique, l’écart entre
les info-riches et les info-pauvres, se creuse très
rapidement. Si nous voulons profiter pleinement de ces
grandes avancées technologiques, nous devons faire en
sorte que tout le monde y soit partie prenante et pas
seulement quelques minorités choisies ”.
Theo-Ben
Gurirab est intervenu au nom du Président de la
Namibie, Sam Nujoma. Dans son discours, ce dernier a
souligné : “ L’information constitue les solides
fondations sur lesquelles la démocratie est bâtie. L’information
est capable de motiver et de donner aux gens les
moyens de prendre en charge leurs propres destinées
et de contribuer à leur développement, ainsi qu’à
celui du développement national et continental […].
Sur le continent africain, les médias africains
doivent devenir les instruments du changement, en
informant, en comblant les fossés et en établissant
le dialogue ”.
Sam
Nujoma ajoutait dans son message : “ Les
gouvernements et leurs leaders ne sauraient être à l’abri
des critiques mais c’est vrai aussi pour les médias.
Ce qui est bon pour l’oie est bon pour le canard.
Les tensions entre les médias et l’Etat pourraient
être réduites si les médias prenaient acte du fait
que les libertés doivent aller de pair avec les
responsabilités, notamment en ce qui concerne le
respect de la vie privée, l’objectivité, la
vérification des faits et la possibilité pour les
individus de répondre aux allégations proférées à
leur encontre ”.
Jyoti
Shankar Singh a fait le lien entre la réunion de
Windhoek et la Conférence mondiale sur le racisme qui
se tiendra en août prochain en Afrique du Sud en
évoquant le rôle des médias dans la lutte contre le
racisme, la discrimination et la xénophobie. Ibrahim
Gambari a souligné : “ Là où une presse libre est
menacée, muselée ou interdite, toutes les autres
libertés sont réduites et la démocratie est en
péril ”, avant de rappeler lui aussi “ le rôle
que peut jouer une presse libre et dynamique pour
révéler l’horreur du racisme ”.
Pour
sa part, la journaliste belge Mia Doornaert,
Présidente du Groupe consultatif de l’UNESCO pour
la liberté de la presse, a déclaré : “ La
liberté est une culture et le journalisme un métier
qui demande une véritable formation. ” Elle a
ajouté : “ Une presse libre peut être bonne ou
mauvaise, une presse sous contrôle ne peut être que
mauvaise ”.
Paula
Cano, petite-fille de Guillermo Cano, le journaliste
colombien assassiné qui a donné son nom au Prix, a
pris la parole pour la Fondation Cano et souligné que
“ célébrer la liberté d’expression et
récompenser ceux qui la défendent est la meilleure
façon pour les hommes et femmes de la planète de se
revendiquer de l’intelligence du genre humain et de
rappeler à tous les gouvernements et organisations
politiques ou criminelles qui agissent en marge de
cette liberté qu’ils se trompent de chemin ”.
Prescott
Low qui a reçu le Prix au nom du journaliste U Win
Tin a souligné que ce dernier, qui a eu 71 ans en
mars dernier, a accompli 12 ans de prison. Il a aussi
rappelé que son cas n’était pas isolé, que treize
journalistes étaient actuellement détenus au
Myanmar. Il a cité un message qui lui a été
transmis de la part du lauréat : “ Cet honneur ne
revient pas à moi tout seul. Je suis heureux d’accepter
ce prestigieux Prix Cano non pour moi mais au nom de
toutes les forces démocratiques, y compris les
écrivains et journalistes, qui luttent pour la
liberté en Birmanie ”. U Win Tin a également fait
savoir qu’il entendait utiliser sa récompense - 25
000 dollars - pour créer une fondation qui aidera
ceux qui se battent pour la démocratie.
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Pour
plus d’informations, consultez le site : www.unesco.org/webworld