PROJET DE CONVENTION SUR LA
PROTECTION
PATRIMOINE CULTUREL SUBAQUATIQUE
Paris, 10 juillet (n°2001-81)
- Un grand pas a été franchi en vue d’assurer la protection du patrimoine
subaquatique et d’interdire son exploitation commerciale grâce à l’adoption
ce week-end, par des experts nommés par les gouvernements de près de 90 pays,
d’un projet de convention sur ce patrimoine - comprenant des sites
archéologique et des épaves - qui est devenu au cours des dernières années
particulièrement vulnérable face à des chasseurs de trésor sans scrupules.
Fruit de quatre ans de
négociations, ce projet doit être soumis à la Conférence générale de l’UNESCO.
Il vise à protéger le patrimoine situé dans les eaux territoriales des Etats
mais aussi plus loin de leurs côtes, sur le plateau continental, dans la zone
économique exclusive et dans les hauts fonds marins. Le projet stipule que la
conservation in situ de ce patrimoine doit toujours être l’option
prioritaire. Avant de devenir une convention internationale, le texte doit être
approuvé par les deux tiers des 188 Etats membres de l’UNESCO.
Ce patrimoine subaquatique
inclut non seulement des sites comme le Phare d’Alexandrie (Egypte) mais aussi
des bateaux coulés il y a plus de cent ans, tels que les galions espagnols qui
figurent parmi les quelques 3 millions d’épaves accumulées au fond des mers
au cours de plusieurs milliers d’années de navigation maritime.
“ Cette protection est très
importante et revêt un caractère de plus en plus urgent car aucun site ou
épave n’est aujourd’hui à l’abri des chercheurs de trésors alors que,
dans les années 60, ceux situées en eau profonde restaient inaccessibles ”,
a expliqué Lyndel Prott, Directrice de la Division du patrimoine culturel de l’UNESCO
et responsable du travail sur le projet de Convention depuis que ce processus a
été entrepris à la demande du Conseil exécutif en 1993. “ Les nouvelles
technologies ont permis l’accès à ces épaves en eaux profondes et ces
technologies deviennent de moins en moins chères ”, a-t-elle ajouté.
Les experts ont du aborder des
questions sensibles, notamment la protection de sites ayant une importance
spirituelle et des sépultures militaires maritimes. Les sites ayant une
importance spirituelle comprennent par exemple des zones ayant une grande
importance pour des peuples autochtones. “ Leur reconnaissance témoigne de l’intérêt
croissant accordé au patrimoine culturel immatériel ”, a ajouté Lyndel
Prott.
Le texte souligne aussi, dans
un article traitant des principes généraux, la nécessité de respecter les
restes humains, ce qui englobe les sépultures militaires, par exemple les
bateaux coulés lors de batailles. De nombreux pays, tels que le Royaume-Uni et
l’Allemagne, entendent protéger les navires de guerre coulés avec perte de
vies humaines mais d’autres réaffirment le principe de l’égalité dans la
mort. Peu enclins à conférer un statut particulier aux sépultures maritimes
militaires, ils ne souhaitent pas honorer ainsi des bateaux qui ont transporté
des négriers ou des envahisseurs.
Les responsabilités des Etats
sur des bateaux arborant leurs pavillons et pouvant effectuer des interventions
sur ce patrimoine, ainsi que les responsabilités d’Etats vis à vis du
patrimoine situé sur le plateau continental au large de leurs côtes ont été
l’objet de nombreux débats. Certains pays s’inquiétaient d’une
éventuelle remise en cause, par ce projet de convention, de la structure
juridique mise en place par la Convention des Nations Unies sur le droit de la
mer de 1952. Le projet stipule donc que la Convention doit être interprétée
et appliquée dans le contexte et en conformité avec les dispositions du droit
international, y compris la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
Si le texte est adopté par la
Conférence générale, il deviendra le premier texte multilatéral dans ce
domaine et la quatrième convention de l’UNESCO portant sur le patrimoine,
après la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels
en cas de conflit armé, la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre
pour interdire et empêcher l’exportation, l’importation et le transfert de
propriété illicites des biens culturels, et la Convention concernant la
protection du patrimoine mondial culturel et naturel de 1972.
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