LA
GENETIQUE ET LES DROITS DE L’HOMME
Durban
(Afrique du Sud), 3 septembre (N°2001-90) - Les
rapides progrès de la génétique soulèvent de
nouvelles questions éthiques : Doit-on permettre aux
gens de “ créer ” leurs enfants ? Les parents ou
la société doivent-ils être autorisés à décider
de la survie des embryons humains sur la base de leur
apparence physique ou de leurs dons présumés ? Les
employeurs ou les compagnies d’assurance doivent-ils
avoir connaissance du génotype de leurs futurs
employés ou assurés avant de conclure un contrat
avec eux ?
La
capacité d’identifier des séquences de gènes
caractéristiques de certaines populations vivant dans
un espace géographique déterminé va-t-elle
entraîner de nouvelles formes de discrimination
raciale ou ethnique ?
Voilà
quelques-unes des questions qui seront discutées lors
du débat, intitulé Les nouveaux visages du
racisme à l’ère de la mondialisation et de la
révolution génétique, qui est organisé par l’UNESCO
pendant la Conférence mondiale contre le racisme et
la xénophobie à Durban en Afrique du Sud .
En
même temps que la recherche génétique améliore nos
capacités à combattre la maladie, la technologie
génétique ouvre la voie à de nouvelles formes de
procréation qui devraient donner aux parents et aux
scientifiques un niveau de contrôle encore jamais
atteint sur la destinée des enfants. Théoriquement,
elle permet aussi à une société de “ classer ”
ses membres sur la base de la “ qualité ” de
leurs gênes.
Plusieurs
pays, notamment la France, l’Allemagne et, plus
récemment, les Etats-Unis, ont interdit le clonage
humain - une pratique déjà condamnée par l’UNESCO
en 1997 dans sa Déclaration universelle sur le
génome humain et les droits de l’homme, le premier
instrument normatif international créé pour s’assurer
que les avancées de la génétique ne portent pas
atteinte à la dignité humaine et aux droits de l’homme.
Mais certains pays ne veulent pas prendre de telles
mesures et des scientifiques ont fait la une des
journaux en annonçant leur détermination à
réaliser le clonage humain reproductif, ouvrant la
voie à de nouvelles formes d’eugénisme.
Comment
les enfants clonés pourront-ils s’affranchir des
attentes de parents excessivement exigeants et
narcissiques déterminés à se dupliquer à travers
leur progéniture ?
Devrait-on
donner la liberté à des individus riches de choisir
un “ enfant sur-mesure ” qui serait certain d’hériter
des dons d’un donneur de cellule (en l’occurrence
plutôt d’un vendeur) particulièrement doué ? Les
riches devraient-ils être autorisés à “ créer
” leurs enfants, tandis que les autres seraient
condamnés à faire avec la traditionnelle loterie de
la procréation naturelle ?
La
question de savoir s’il faut autoriser les
expériences sur les embryons humains clonés n’est
pas simple non plus. Produire des embryons humains
afin d’obtenir des cellules souches qui pourraient
être introduites dans un organe défaillant et le
réparer, comporte un risque médical, ainsi que le
laisse penser la forte proportion de désordres
génétiques dans les animaux clonés. L’autorisation
du clonage humain à des fins de recherche est
également sujette à controverse car cette pratique
implique la destruction d’embryons humains une fois
qu’ils ont servi les objectifs de recherche ou de
thérapeutique.
Bien
plus, il sera difficile de faire respecter l’interdiction
du clonage reproductif, si le clonage thérapeutique
est autorisé. Il deviendra en effet presque
impossible de s’assurer qu’aucun des embryons
clonés produits à des fins thérapeutiques ne sera
implanté dans l’utérus d’une mère porteuse qui
donnerait naissance à un clone humain.
De
nouvelles formes de discrimination pourraient
également émerger car notre connaissance de plus en
plus complète du génome humain permet à la
société d’identifier les individus susceptibles de
souffrir de maladies entraînant mort ou invalidité
telles que le cancer, le Parkinson ou l’Alzheimer.
Ces personnes devraient-elles payer plus cher leur
assurance médicale ?
Si la
recherche révèle que l’homosexualité est
génétiquement déterminée, doit-on permettre aux
parents ou à la société d’éliminer les foetus
homosexuels ?
De
nouvelles questions éthiques sont également posées
par les progrès de la médecine prédictive qui
permet aux médecins d’identifier des maladies
génétiques pour lesquelles il n’y a pas de
traitement, telles que la maladie d’Huntington (qui
se manifeste à l’âge adulte par la destruction
progressive du système nerveux), bien avant l’apparition
du moindre symptôme. De tels diagnostics
devraient-ils être donnés à des patients
asymptomatiques et à leurs familles ?
Tandis
que l’ingénierie génétique ouvre la voie aux abus
et à de nouvelles formes de discrimination, son
potentiel positif ne peut, et ne doit pas, être
oublié. On attend de la thérapie génique qu’elle
permette le traitement de maladies génétiques telles
que la mucoviscidose pour laquelle il n’y a aujourd’hui
aucun autre traitement en vue. La communauté
médicale croit unanimement que la thérapie génique
est porteuse d’une formidable promesse de traitement
des maladies génétiques dans un premier temps mais
à terme d’un nombre incalculable de problèmes de
santé.
Depuis
1993, le Comité international de Bioéthique de l’UNESCO
(CIB), composé de 36 experts indépendants, examine
ces questions et d’autres similaires. Le Comité
réfléchit aux questions éthiques et juridiques
soulevées par la recherche dans les sciences de la
vie et travaille avec la Division des sciences
humaines, de la philosophie et de l’éthique de la
science et des technologies de l’UNESCO. Le Comité
a préparé la Déclaration universelle sur le génome
humain et les droits de l’homme qui a été adoptée
par tous les Etats membres de l’UNESCO puis reprise
à son compte par l’Assemblée générale des
Nations Unies en 1998.
La
Déclaration pose des normes éthiques universelles à
propos de la recherche génétique humaine et de sa
pratique, contrebalançant la liberté des
scientifiques à continuer leurs travaux avec la
nécessité de sauvegarder les droits de l’homme et
d’éviter les abus. Trois principes de base
sous-tendent la Déclaration : le génome humain fait
partie du patrimoine de l’humanité ; la dignité et
les droits de l’homme de chaque individu doivent
être respectés quelles que soient ses
caractéristiques génétiques ; enfin, le
déterminisme génétique doit être rejeté, en
reconnaissant que le génome, sujet aux mutations à
travers l’évolution, contient des “
potentialités qui s’expriment différemment selon l’environnement
naturel et social de chaque individu ”.
La
Déclaration consacre également le principe de la
confidentialité des données génétiques associées
à une personne identifiable et le droit à une “
réparation équitable ” en cas de dommage
consécutif à une intervention sur son génome.
La
Déclaration n’est cependant pas juridiquement
contraignante et chaque Etat reste libre d’inscrire
ces principes dans sa législation nationale ou non.
En 1999, la Conférence générale de l’UNESCO a
adopté un schéma de mise en oeuvre de la
Déclaration, suggérant des mesures - notamment
législatives, mais aussi l’établissement de
comités de bioéthique nationaux et des campagnes de
sensibilisation dans les médias - qui pourraient
aider à faire entrer les principes de la Déclaration
dans les moeurs.
Parmi
les participants de la table ronde de l’UNESCO sur Les
nouveaux visages du racisme à l’ère de la
mondialisation et de la révolution génétique,
figurent : Nadine Gordimer (Afrique du Sud), Prix
Nobel de littérature en 1991 ; George J. Annas,
Professeur de droit de la santé à la Boston School
of Public Health (Etats-Unis) ; Axel Kahn (France),
généticien et Directeur général de l’Institut
Cochin de génétique moléculaire (Paris) ; Achille
Mbembe (Cameroun), Professeur à l’Institute of
Social and Economic Research à l’Université de
Witwatersrand (Afrique du Sud) ; Elikia M ’Bokolo (République
démocratique du Congo), historien et Directeur de
recherche à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences
Sociales (France).
Pendant
la Conférence mondiale contre le racisme et la
xénophobie, l’UNESCO organisera deux autres tables
rondes : La Route de l’Esclave : esclavage et
racisme, qui examinera les conséquences de la
traite négrière tandis que Racisme et rôle des
médias, co-organisée avec le Bureau du Haut
Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme,
s’intéressera au rôle des médias dans le combat
contre le racisme. L’UNESCO organise également, à
Durban, une exposition sur sa longue lutte contre le
racisme et la discrimination.
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Pour
plus d’information :
Service de presse de l’UNESCO : (+33 1) 45 68 17 44
Pendant la Conférence à Durban : Roni Amelan 082 858
88 32