ESCLAVAGE
ET RACISME
Durban
(Afrique du Sud), 4 septembre (N°2001-91)
- La traite négrière
transatlantique s’avère la plus grande déportation
organisée de l’histoire humaine. Pendant environ
quatre siècles - de la moitié du 15e
siècle à la fin du 19e siècle -, des dizaines de
millions d’Africains ont été brutalement arrachés
à leurs villages, transférés et vendus dans les
plantations et les mines des Amériques et des
Caraïbes. L’impact de ce mouvement sans précédent
pèse encore sur les descendants de ces personnes
volées et sur le continent africain qui a été leur
foyer.
L’UNESCO
va organiser une table ronde sur “ La Route de l’Esclave
: esclavage et racisme ” ¹ à la
Conférence mondiale contre le racisme et la
xénophobie à Durban (Afrique du Sud). Cette table
ronde examinera les causes et les conséquences de la
traite négrière ainsi que ses fondements
idéologiques et juridiques. Elle se penchera
également sur les liens entre le racisme et l’esclavage.
L’esclavage
est un phénomène universel. Les Grecs dans l’Antiquité
furent les premiers à l’institutionnaliser et
partout, en tout temps, les pays et les civilisations
l’ont pratiqué. Cependant, la traite négrière
transatlantique est unique dans l’histoire.
Par
son ampleur et sa durée, elle est devenue une
véritable industrie qui a accéléré au 18e siècle
l’économie mondiale. Nul ne sait combien d’hommes,
de femmes et d’enfants ont quitté l’Afrique dans
les cales des bateaux d’esclaves mais les historiens
s’accordent pour dire que cette tragédie a changé
la démographie du continent. Lors de la décennie du
“ boom ”, à partir de 1783, où l’“ or noir
” atteignait des prix records, les ports français
à eux seuls ont envoyé plus de 1 100 navires sur les
côtes africaines.
Selon
l’historien français Jean Michel Deveau, “ entre
10 et 15 millions d’Africains ont été déportés
aux 18e et 19e siècles. Avant, nous ne connaissons
pas leur nombre ”. Pour chaque esclave qui arrivait
au Nouveau Monde, plusieurs autres mouraient au cours
de la traversée. “ Le taux de mortalité sur les
navires se chiffrait entre 15 et 18% ”, déclare
Michel Delveau, “ mais beaucoup étaient tués lors
des rafles dans les villages ou en marche vers la
côte. Dans certains endroits, les femmes sur le point
d’être capturées tuaient leurs propres enfants ”.
La
nature raciale de ce commerce triangulaire entre l’Afrique,
l’Europe et les Amériques lui confère un
caractère spécifique. Le commerce était sous-tendu
par une idéologie raciste qui voyait les Blancs comme
des êtres supérieurs, au-dessus de tout, et les
Noirs comme étant au bas de l’échelle. Cette
idéologie était renforcée par le Code Noir
français. Publié par un édit de Louis XIV, en mars
1685, sa soixantaine d’articles réglementait la vie
et la mort des esclaves noirs dans les possessions
françaises aux Antilles et dans l’Océan indien.
En
1724, la même législation fut étendue à la
Louisiane, en Amérique. Le code définit clairement
les esclaves comme un “ bien meuble ”, “ des
gens inaptes à avoir le droit de posséder ou de
contracter ”. Si le racisme contre les Noirs n’est
pas né avec la traite transatlantique, celle-ci l’a
légitimé et reste l’un de ses legs les plus
tragiques.
Le
monde connaît aujourd’hui une montée de nouvelles
formes d’esclavage et de trafic d’êtres humains.
Le travail forcé sous diverses formes touche des
millions d’hommes, de femmes et d’enfants à
travers le monde. Selon l’Organisation
internationale du travail, “ le trafic des femmes et
des enfants, essentiellement pour la prostitution et
les travaux domestiques mais aussi pour le travail
dans des ateliers où ils sont exploités, s’est
dramatiquement accru dans le monde au cours des dix
dernières années ”. Ce phénomène reflète et
renforce souvent les stéréotypes raciaux.
Le
gouvernement des Etats-Unis estime qu’entre 700 000
et 2 millions de femmes et d’enfants sont
entraînés dans ce commerce chaque année dans le
monde. Les pays les plus affectés se situent aujourd’hui
en Asie du Sud-Est et en Afrique de l’Ouest et
Centrale, selon les données de l’Organisation
internationale pour l’immigration et l’UNICEF.
La
situation en Amérique Centrale et du Sud requiert,
elle aussi, une attention urgente. Casa Allianza, une
organisation non gouvernementale des droits de l’homme
qui défend les enfants en danger dans la région,
signale que des jeunes filles du Guatemala, du
Honduras et du Salvador sont vendues dans des maisons
closes mexicaines pour 100 ou 200 dollars US chacune.
Au Nicaragua, un enfant disparaît tous les trois
jours en moyenne, tandis qu’au Brésil, on estime à
40 000 le nombre d’enfants vendus annuellement pour
travailler dans des fermes ou comme domestiques.
Quelque 50 000 femmes et enfants font l’objet de
trafic à travers les Etats-Unis, chaque année, selon
un rapport du gouvernement publié en 2000.
Tout
indique que ce problème a pris des proportions
planétaires impliquant la plupart des pays dans le
monde qui servent ou comme exportateurs, zones de
passage ou importateurs de main-d’oeuvre d’esclaves,
ou encore comme étant une combinaison des trois.
La
table ronde réunira les participants suivants : le
poète Wally Serote, Président du Comité pour les
arts, la culture, la langue, la science et la
technologie du Parlement sud-africain et membre du
Comité scientifique du Projet de l’UNESCO La Route
de l’Esclave ; Rex Nettleford, Vice-Chancelier de l’University
of the West Indies (Jamaïque), membre du Comité
scientifique du Projet La Route de l’Esclave ; José
Toribio (Guadeloupe), auteur d’un rapport sur l’esclavage
en tant que crime contre l’humanité qui a été
soumis aux Nations Unies l’an dernier ; Joseph
Ki-Zerbo (Burkina Faso), historien ayant participé à
l’Histoire générale de l’Afrique, publiée par l’UNESCO.
Pendant
la Conférence mondiale contre le racisme et la
xénophobie, l’UNESCO organisera deux autres tables
rondes : la première, Les nouveaux visages du
racisme à l’ère de la mondialisation et de la
révolution génétique ², traitera des nouvelles
formes de racisme et de discrimination, alimentées
par la mondialisation et les inégalités économiques
croissantes. Elle abordera plus particulièrement les
nouvelles formes de racisme culturel et la menace d’une
nouvelle forme d’eugénisme et de discrimination
liée aux progrès de la génétique. La seconde, Racisme
et rôle des médias ³, co-organisée avec le
Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies aux
droits de l’homme, sera centrée sur le rôle des
médias dans le combat contre le racisme. L’UNESCO
proposera également une exposition présentant des
documents sur sa lutte déjà ancienne contre le
racisme et la discrimination.
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Pour
plus d’informations : Service de presse de l’UNESCO
: (+33 1) 45 68 17 44
Pendant la Conférence mondiale de Durban : Roni
Amelan 082 858 8832
__________
² 3
septembre, de 10h à 12h, Centre international de
conférences, Salle 3
³ 5
septembre, de 13h30 à 16h, Salle 3