Journée mondiale des enseignants
5 octobre 2001
LE MONDE A BESOIN DE 15 MILLIONS D’ENSEIGNANTS
DE PLUS
Paris, 4 octobre
(N°2001-99) - Faute de
recruter quelque 15 millions de nouveaux enseignants
au cours de la prochaine décennie, de nombreux pays
ne parviendront pas à l’objectif - un accès
universel à l’éducation de base d’ici 2015 - que
180 gouvernements se sont fixé il y a un an. Cette
mise en garde, émanant de John Daniel, Sous-Directeur
général pour l’éducation à l’UNESCO,
intervient à la veille de la Journée mondiale des
enseignants (5 octobre).
La pénurie mondiale d’enseignants
est particulièrement marquée en Asie du Sud et dans
la plupart des pays africains mais des pays - riches
ou pauvres - de toutes les régions enregistrent un
déficit. Selon John Daniel, les Etats-Unis,
par exemple, auront à prévoir le recours à environ
deux millions d’enseignants de plus durant la même
période.
Dans leur message conjoint pour la
Journée mondiale des enseignants, les dirigeants de l’UNESCO,
du Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD), de l’UNICEF et de l’Organisation
internationale du travail (OIT) soulignent “ le
manque grave de personnel enseignant qualifié et
expérimenté ” et appellent à “ des solutions
durables et globales qui mettent au premier plan la
formation, le recrutement, une juste répartition et
la fidélisation d’enseignants professionnels
motivés, payés correctement et bénéficiant de
moyens adéquats ”.
“ Le monde a besoin d’environ
15 millions de nouveaux enseignants au cours des dix
prochaines années. Mais nous n’allons évidemment
pas former des millions d’enseignants en nous
contentant d’ajouter quelques chaises de plus dans
les centres de formation des maîtres ”, a déclaré
John Daniel, ancien responsable de l’Open University
(Royaume-Uni). L’enseignement à distance des
enseignants jouera un grand rôle dans ce processus
“ mais le concept d’enseignement à distance ne
veut pas dire pour autant recours aveugle à des
technologies de pointe. On oublie trop souvent que l’enseignement
à distance peut s’appuyer sur des technologies
simples, sur la radio et d’autres médias ”.
Mais trouver ces 15 millions de
candidats peut s’avérer une tâche difficile. Dans
de nombreux pays, l’enseignement ne tente guère les
recrues potentiels du fait du salaire trop faible, de
conditions de travail difficiles, des violences
auxquelles on s’expose, ainsi que du manque de
prestige de la profession.
Les presque 59 millions d’enseignants
représentent le plus grand groupe de professionnels
hautement éduqués et qualifiés de la planète. En Indonésie,
les enseignants représentent pratiquement la moitié
des salariés ayant bénéficié d’un enseignement
supérieur. En Jordanie, 99 % des instituteurs
ont eux aussi reçu un enseignement supérieur.
La Journée mondiale des
enseignants met l’accent sur le rôle éminent des
éducateurs - dont les deux tiers sont dans les pays
en développement - mais elle cherche aussi à attirer
l’attention sur les grands défis qu’affronte l’ensemble
du monde enseignant, de l’épidémie de sida à la
violence scolaire, en passant par de mauvaises
conditions de travail et des salaires insuffisants.
Les statistiques de l’UNESCO -
notamment celles réunies avec l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE)
pour l’ouvrage récemment publié Teachers for
Tomorrow’s Schools - jettent une lumière crue
sur ces problèmes :
Les dépenses annuelles mondiales
en éducation sont estimées aujourd’hui à 1000
milliards de dollars pour un “ marché ” mondial
d’environ un milliard d’élèves. L’enseignement
privé effectue une grande percée tant dans les
pays développés que dans les pays en
développement. On estime, par exemple, que le
financement privé représente 40 % de l’ensemble
des dépenses d’éducation au Chili, au Pérou,
aux Philippines et en Thaïlande.
Dans les pays en développement,
les traitements et indemnités des enseignants
représentent les deux tiers, ou davantage, des
dépenses publiques en éducation. Dans certains cas,
ils en représentent 90 %.
On estime que 78 % des femmes d’Afghanistan
ne savent ni lire ni écrire et les filles de ce
pays se voient désormais refuser le droit à l’éducation.
Dans le monde entier, quelque 580 millions de femmes
et jeunes filles (les deux tiers de la population
analphabète mondiale) ne savent ni lire ni écrire.
La pandémie de VIH/sida menace
beaucoup des progrès réalisés en faveur de l’alphabétisation
et de l’amélioration des niveaux généraux d’éducation.
Dans certains pays africains, on compte davantage d’enseignants
qui meurent que d’enseignants entrant dans le
système éducatif. En Zambie, par exemple,
plus de 100 enseignants sont morts en moyenne tous
les mois au cours de l’année 1998. Au Zimbabwe,
une étude portant sur les grandes exploitations
agricoles montre que 48 % des orphelins du Sida en
âge d’aller dans le primaire et tous les
orphelins du Sida en âge d’aller dans le
secondaire ont abandonné leur scolarité.
Le niveau des salaires - et leurs
perspectives d’évolution - au cours de la
carrière peut être décisif pour amener des
individus qualifiés à entrer/rester dans la
profession enseignante. En Thaïlande, un
professeur expérimenté du primaire gagne quand il
parvient au dernier degré de l’échelle salariale
près de 5 fois plus que son collègue qui vient d’être
recruté. Au Brésil, en Malaisie, Indonésie
et Jordanie, les salaires du haut de l’échelle
sont entre 2,3 et 3,4 fois plus élevés que ceux de
début de carrière. Au Pérou, par contre,
les salaires n’évoluent pas en cours de carrière
pour ceux qui ne disposent que de la formation
minimale. Au Chili, aux Philippines et
en Tunisie, la progression ne varie en
moyenne que de 15 à 50 %.
Au Paraguay et dans la Fédération
de Russie, les enseignants du primaire assurent
en moyenne moins de 700 heures de cours par an alors
que ce chiffre atteint ou dépasse les 1200 heures
en Indonésie et au Sri Lanka.
Pour toucher un salaire à plein-temps,
les enseignants du primaire doivent travailler 44
heures par semaine en Norvège et République
de Corée, 38 heures aux Pays-Bas, 35 en Thaïlande,
35,5 en Malaisie, 22,5 en Argentine.
Dans leurs efforts pour
améliorer le taux d’inscription dans les écoles
primaires, de nombreux pays doivent trouver un
équilibre entre le besoin en enseignants
supplémentaires et la nécessité de maintenir à
un bon niveau la qualification des enseignants.
Aujourd’hui, moins du quart des enseignants des
écoles primaires d’Egypte et du Brésil
ont bénéficié d’une formation supérieure. En Tunisie,
14 % seulement des enseignants des écoles primaires
ont atteint ce niveau d’étude.
Pour parvenir à une éducation
de qualité, il ne suffit pourtant pas de recruter
en nombre suffisant des enseignants qualifiés. D’après
une étude, plus de 80 % des étudiants de la Fédération
de Russie, de la Thaïlande et de
la Tunisie sont inscrits dans des écoles
signalées comme manquant gravement de matériel
éducatif.
Au Brésil, au Paraguay,
aux Philippines et au Zimbabwe, entre
30 et 50 % des élèves en âge de fréquenter le
secondaire se trouvent encore dans le primaire du
fait d’un redoublement de classe ou d’une
entrée tardive à l’école. La maîtrise de
classes accueillant des élèves d’âges et de
niveaux différents exige des compétences plus
développés de la part des enseignants.
Compte tenu des facteurs
démographiques, les effectifs enseignants des pays
de l’OCDE - qui sont tous parvenus à
universaliser l’éducation primaire - sont
appelés à décliner au cours des années à venir,
sauf en Irlande, au Japon, au Luxembourg
et en Turquie.
Le message conjoint de la Journée
mondiale des enseignants 2001 demande à tous les
Etats membres de poursuivre dans la voie de l’engagement
pris lors du Forum mondial sur l’éducation (Dakar,
Sénégal, avril 2000) afin d’améliorer le statut,
le moral et le professionnalisme des enseignants.
L’UNESCO fournit le secrétariat
qui met en œuvre le Cadre d’action de Dakar, la
plus ambitieuse campagne jamais lancée par des
agences des Nations Unies en vue de parvenir à ce que
tous aient accès d’ici l’an 2015 à une
éducation de base de qualité.
Le rôle de l’UNESCO et des
autres agences internationales consiste à aider les
Etats membres à remplir leur engagement collectif et
à mettre en œuvre ce Cadre d’action de Dakar qui
propose douze stratégies basées sur les leçons du
passé et sur les changements du contexte mondial. Ces
stratégies confèrent une priorité accrue à la
qualité de l’éducation, à l’égalité entre les
sexes, à l’éducation et la protection de la petite
enfance, à l’éducation des adultes, ainsi qu’à
une utilisation la plus large possible des nouvelles
technologies par les systèmes éducatifs des pays
développés et des pays en développement.
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Le message conjoint pour la Journée
mondiale des enseignants est accessible à l’adresse
: www.unesco.org/bpi/fre/dg/
Les progrès de la campagne pour l’éducation
de base lancée depuis le Forum mondial sur l’éducation
peuvent être suivis en ligne (en anglais) : www.unesco.org/education/efa/wef_2000/index.shtml
L’ouvrage Teachers for Tomorrow’s
Schools : Analysis of the World Education Indicators
(UNESCO-UIS/OCDE, 225 pages) n’est disponible qu’en
anglais.
Des résumés existent en anglais,
arabe, espagnol, français et russe et sont
consultables à l’adresse : unescostat.unesco.org/fr/pub/pub_p/wei2001.htm
Le site internet de l’UNESCO
propose d’autres grands indicateurs statistiques en matière d’éducation
(unescostat.unesco.org)