Communiqué
de presse N°2002-31
LA COMMUNAUTE
INTERNATIONALE S'ENGAGE A SAUVEGARDER
LE PATRIMOINE AFGHAN
Kaboul, 29 mai - Plusieurs gouvernements
et ONG ont annoncé aujourd'hui, à Kaboul, qu'ils
financeraient la sauvegarde du patrimoine culturel afghan, en
grande partie détruit ou endommagé par 23 ans de
guerre et de violence. Les travaux de restauration du Musée
national de Kaboul devraient être mis en chantier dès
juin 2002, tandis que de nombreux sites recevront des "secours
d'urgence" dans les mois qui viennent. Au total, plus de
sept millions de dollars ont été promis, a déclaré
Mounir Bouchenaki, Sous-Directeur général de l'UNESCO
pour la culture, lors d'une conférence de presse.
Des falaises de Bamiyan au minaret
de Djam, en passant par le Musée de Kaboul, Hérat
ou Balkh, de nombreux sites et monuments en danger vont être
consolidés, réhabilités ou protégés.
Ces résolutions ont été approuvées
par une cinquantaine d'experts et de représentants des
bailleurs de fonds, ainsi que par les autorités afghanes.
Réuni à Kaboul, ce séminaire international
sur la réhabilitation du patrimoine culturel afghan, le
premier du genre depuis plus de deux décennies, était
organisé par l'UNESCO et le ministère de l'Information
et de la Culture de l'Administration intérimaire afghane
(AIA). Il avait été ouvert le 27 mai par Hamid Karzai,
président de l'AIA.
C'est avec l'aide de la Grèce
que le Musée de Kaboul devrait rapidement retrouver un
toit, des fenêtres et son aspect d'avant-guerre. L'UNESCO
fournira aux autorités du pays donateur le rapport de mission
et les plans du musée, réalisés en mars 2002
par son consultant, l'architecte italien Andrea Bruno. Situé
dans le quartier ravagé de Darulaman, à quelque
huit kilomètres du centre de la capitale, le musée
avait essuyé de nombreux tirs de roquettes pendant la guerre
civile.
Quant aux collections du musée,
elles ont été tour à tour pillées
pendant la guerre puis saccagées par les tabilans. Seuls
30% des pièces auraient survécu, selon les estimations.
Ces objets sont actuellement stockés dans des caisses entreposées
en plusieurs endroits. Les travaux de restauration visant à
constituer une nouvelle collection viennent de démarrer,
notamment avec l'aide de l'UNESCO. Ils vont désormais pouvoir
s'accélérer. Le CEREDAF, une ONG française,
fournira le matériel requis tandis que le Musée
Guimet (France), le British Museum et l'ONG SPACH contribueront
à l'inventaire et à la formation du personnel.
A l'issue d'un débat animé,
les participants au séminaire et les autorités afghanes
n'ont pas jugé prioritaire de reconstruire les bouddhas
géants de Bamiyan (centre du pays), dynamités par
les talibans en mars 2001. En revanche, les falaises de Bamiyan,
les 600 grottes et les restes de peintures murales qu'elles abritent
seront protégés et restaurés. Un petit musée
sera également créé et de nouvelles fouilles
entreprises. Ce projet de 700 000 dollars sera financé
par le Japon, via son fonds-en-dépôt à l'UNESCO.
L'ambassadeur de bonne volonté
de l'UNESCO, Ikuo Hirayama (Japon), a également annoncé
que sa Fondation contribuerait à créer un mémorial
et un centre d'information sur les statues géantes. Il
a souhaité que ce site témoin de la barbarie humaine
soit un jour inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO,
au même titre que Hiroshima ou Auschwitz.
De nombreuses autres contributions
ont été annoncées durant le séminaire.
La Fondation Aga Khan a engagé cinq millions de dollars,
essentiellement pour sauvegarder l'habitat traditionnel afghan.
Elle met actuellement en route toute une série de projets,
dont la réhabilitation du centre historique de Hérat
(Ouest du pays) et la restauration des jardins de Babour et du
Mausolée de Timour Shah, à Kaboul.
L'Allemagne engagera 350 000 euros
dans la réhabilitation de l'Institut afghan d'archéologie
et 365 000 euros supplémentaires dans divers projets, dont
la conduite a été confiée au Conseil international
des monuments et des sites (ICOMOS). L'Italie a aussi annoncé
une contribution substantielle au fonds-en-dépôt
italien de l'UNESCO et soutiendra la recherche archéologique
dans le cadre des relations bilatérales. La France, en
coopération avec l'ONG ACTED, financera de son côté
la protection de la mosquée abbasside No Gombad, située
à Balkh (Nord du pays), afin de stopper sa dégradation.
Cette mosquée du IXe siècle est la mieux conservée
de son époque.
D'autres projets ont été
évoqués, comme la consolidation du minaret de Djam
(Ouest du pays), assurée par l'UNESCO et l'ONG SPACH. Ce
minaret du XIIe siècle, le deuxième de la planète
par la hauteur, devrait être inscrit sur la Liste du patrimoine
mondial de l'UNESCO dès la fin du mois de juin 2002. Ce
site deviendrait alors le premier site afghan du patrimoine mondial.
Le séminaire et les autorités
afghanes ont enfin décidé de confier à l'UNESCO
le soin de mettre en place un Comité international de coordination
pour la mise en uvre des opérations de sauvegarde
du patrimoine culturel afghan. Le même type de structure
fonctionne avec succès à Angkor, au Cambodge, depuis
1995.
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