Communiqué
de presse N°2002-56
L'UNESCO MANIFESTE
SON SOUTIEN A LA LIBERTE DE LA PRESSE LORS D'UN SEMINAIRE SUR
LES MEDIAS A KABOUL
Paris, 3 septembre - Déclarant
que la démocratie ne peut être fondée sans
" une grande variété de sources d'information
impartiales et indépendantes au plan éditorial ",
le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro
Matsuura, a demandé aujourd'hui au gouvernement afghan
à tenir sa promesse de diversifier les médias et
de " se retirer " des médias qu'il contrôle.
Dans un message - lu aujourd'hui
lors de l'inauguration du Séminaire international sur la
promotion de médias indépendants et pluralistes
en Afghanistan (Kaboul, 3 au 5 septembre), organisé par
les autorités afghanes à l'initiative de l'UNESCO
-, Koïchiro Matsuura a déclaré : " Une
presse libre et indépendante constitue la pierre angulaire
de la démocratie ; sans accès à une grande
variété de sources d'information impartiales et
indépendantes au plan éditorial, les citoyens ne
peuvent pleinement participer au processus démocratique
".
La nouvelle loi des médias
afghane sur la presse est l'un des sujets-clés du séminaire.
Certains des aspects de cette loi, adoptée plus tôt
cette année par l'administration de transition, ont été
perçus comme restreignant la liberté de la presse,
entraînant des critiques de plusieurs organisations internationales,
dont l'UNESCO, et d'ONG qui militent pour la liberté d'expression.
En réponse à ces
critiques, le ministère de l'Information et de la Culture
a publié une déclaration disant que la loi des médias
" était une première étape dans l'ouverture
de l'environnement médiatique afghan, permettant l'installation
de radios, télévisions, journaux et agences de presse,
commerciaux et privés. Pour les aider et les encourager,
nous voulons amender, clarifier et étendre l'étendue
de la loi sur la presse et développer l'infrastructure
dont les médias ont besoin pour travailler plus efficacement
".
Dans son message, M. Matsuura s'est
félicité de la position exprimée par le ministère,
y voyant un engagement en faveur de la liberté de la presse.
Il a déclaré que le texte " contient nombre
d'options innovantes et courageuses qui prévoient la sortie
de l'Etat de nombreux organes de presse actuellement financés
par le gouvernement, permettant ainsi plus d'indépendance
éditoriale et financière ".
La déclaration, contenant
des " orientations politiques " pour la reconstruction
et le développement des médias en Afghanistan, reconnaît
la nécessité " de médias libres et indépendants,
qui peuvent refléter notre société telle
qu'elle est, en respectant la vérité et sans parti
pris ".
Le texte présente une stratégie
pour les médias " enracinée dans une vision
de l'avenir social et politique auquel notre peuple aspire et
qu'il mérite - un Afghanistan libre, indépendant
et uni [
] où le peuple peut construire une société
moderne respectueuse des principes de l'Islam, de la démocratie
et des droits de l'homme ".
Le texte souligne également
que " les médias doivent jouer un rôle essentiel
en matière de transparence et de responsabilité
gouvernementales, ainsi que dans le débat national sur
les décisions fondamentales que nous devrons prendre pour
la reconstruction du pays dans les années qui viennent
".
L'UNESCO a été invitée
par les autorités afghanes à superviser l'organisation
du séminaire. Parmi les autres parties prenantes à
la préparation de la réunion figurent la Mission
d'aide de l'ONU à l'Afghanistan (MANUA) ; la British Broadcasting
Corporation (BBC) ; et les ONG internationales traitant des médias
Internews, et Article 19, ainsi que le Baltic Media Centre.
Le séminaire s'intéressera
également au statut des médias nationaux financés
par l'Etat, tels que la Radio-Télévision Afghanistan
et l'Agence d'information Bakhtar, et proposera des orientations
pour l'avenir. Les autorités ont indiqué qu'elles
s'intéressaient à la transformation de ces organes
en entreprises de médias indépendantes au plan éditorial.
D'autres séances du séminaire porteront sur le soutien
au développement des médias libres et indépendants
en Afghanistan.
Depuis la chute des Talibans qui
avaient muselé les médias pendant les sept années
où ils étaient au pouvoir, quelque 90 publications
indépendantes ont vu le jour en Afghanistan. La plupart
d'entre elles ont de très petits tirages et ne sont pas
économiquement viables. Leur distribution hors des grandes
villes pose également problème.
La Radio-Télévision
Afghanistan, qui appartient à l'Etat, ne couvre pas l'intégralité
du territoire national en raison de difficultés de transmission.
Des grands diffuseurs internationaux et un certain nombre de radios
ondes courtes basées à l'étranger émettent
à destination de l'Afghanistan des programmes dans les
langues locales. Quelques-uns des diffuseurs internationaux ont
aussi des radios locales FM. La réception de la télévision
n'est possible que dans et autour des villes principales.
Dans sa déclaration, le
ministère de l'Information propose d'établir une
autorité indépendante, chargée d'allouer
les fréquences et les autorisations d'émettre. Elle
aurait également en charge l'élaboration de directives
pour la régulation des médias électroniques.
Le ministère propose aussi de transformer la radio-télévision
d'Etat en une entreprise nationale de service public, indépendante
sur le plan éditorial et responsable devant le public.
Selon le même document, ce service devra fournir des programmes
pour tous et sur l'ensemble du territoire. Ces programmes "
seront l'écho honnête de la diversité ethnique,
linguistique et culturelle de toute la population afghane, de
ses hommes et de ses femmes ", affirme le ministère.
La déclaration stipule également que les émissions
nationales de radio et de télévision devraient comporter
un large choix de programmes éducatifs.
Le ministère souligne aussi
qu'il " reverra le statut de l'agence d'information gouvernementale,
Bakhtar, en vue de la transformer en une institution nationale
de service public, qui sera indépendante au plan éditorial
et responsable devant le public ".
Il stipule que " chacun pourra
publier des journaux et des périodiques sans avoir à
demander une autorisation. La presse écrite sera assujettie
aux règles habituelles définies par le droit commun
". Il s'engage aussi à " aider et encourager
les médias écrits à développer leur
propre code de conduite en conformité avec les normes afghanes
et internationales et en consultation étroite avec des
institutions représentatives de la société
civile ".
Le ministère propose "
de réétudier le statut de tous les journaux appartenant
à l'Etat et de permettre au plus grand nombre possible
d'entre eux de devenir des entités commerciales indépendantes
". Il promet " d'aider et d'encourager la création
d'institutions indépendantes pour la protection des journalistes
et la sauvegarde de leur intégrité professionnelle.
Les journalistes seront autorisés à créer
des associations professionnelles et ils n'auront pas à
être membre d'une association particulière pour pouvoir
travailler dans les médias ".
Plus de 70 participants, parmi
lesquels des journalistes réputés et des professionnels
de médias de diverses provinces de l'Afghanistan, prennent
part au séminaire. Les femmes sont fortement représentées
à travers l'association professionnelle des médias,
Voice of Afghan Women in Global Media, fondée avec l'aide
de l'UNESCO. Des représentants d'un large éventail
d'organisations internationales - tels que l'Institut international
de la presse, l'Association mondiale des journaux (AMJ), le World
Press Freedom Committee (WPFC), et l'Institute for War and Peace
Reporting (IWPR) - participent également au séminaire.
Parmi les principaux intervenants,
figurent le ministre de l'Information et de la Culture, Sayed
M. Raheen ; le vice-ministre Abdul Hamid Mubarez ; le Président
de la Radio-Télévision Afghanistan, Mohammed Es-Haq
; et le Directeur de l'Agence d'information Bakhtar, Khalil Minawi.
Au programme de la cérémonie d'ouverture figurent
des messages du Président afghan, Hamid Karzaï ; du
Représentant spécial du Secrétaire général
des Nations Unies en Afghanistan, Lakdhar Brahimi ; de Mohammad
Akbar Popal, Recteur de l'Université de Kaboul ; et d'Abdul
Bari Rashid, Président de l'Académie des Sciences
d'Afghanistan. L'UNESCO a engagé Riz Khan, ancien présentateur
de l'émission " Q&A " sur CNN, pour animer
le Séminaire.
Les participants rencontreront
le Président Karzaï au Palais présidentiel,
le jeudi, après l'adoption d'une Déclaration à
la fin du séminaire.
Depuis la prise de fonction du
gouvernement Karzaï en décembre 2001, l'UNESCO a aidé
massivement le développement des médias en Afghanistan
à travers plusieurs projets, incluant la rénovation
de la Faculté de journalisme de l'Université de
Kaboul, la mise à niveau des compétences et la fourniture
d'ordinateurs. L'UNESCO a aussi financé le premier journal
indépendant plurilingue, le Kabul Weekly, et a créé
une unité de publication pour soutenir plusieurs journaux
spécialisés et magazines féminins, parmi
lesquels Seerat et Malalai.
L'UNESCO aide également
le Centre des Médias et de la Culture de l'association
Aïna, et finance son Département de publications pour
les femmes, qui soutient la publication de Seerat et Malalai.
Le Centre héberge des infrastructures de formation, des
salles de travail et les bureaux de plusieurs ONG, parmi lesquelles
Voice of Afghan Women in Global Media.
Quelque 102 programmes vidéo
du projet CreaTV de l'UNESCO, visant à soutenir une production
télévisuelle de qualité dans les pays en
développement et les pays en transition, ont été
fournis à la Radio-Télévision Afghanistan,
et l'Agence d'Information Bakhtar a été complètement
informatisée.
Dans son message adressé
aux participants du séminaire, le Directeur général
a rappelé que " l'UNESCO a fait de l'aide à
l'Afghanistan l'une de ses priorités " et a déclaré
: " Nous attendons les résultats du séminaire
avec intérêt afin de voir comment l'UNESCO peut continuer
à jouer un rôle actif et fructueux aux côtés
de l'Afghanistan pendant sa transformation en un Etat moderne
et démocratique ".
Il a rappelé qu'" au
sein du système des Nations Unies, le mandat de l'UNESCO
pour promouvoir la liberté d'expression est clair et sans
équivoque. Ce mandat est au cur de toutes nos activités,
conformément à l'Acte constitutif de l'UNESCO qui
demande à l'Organisation " de promouvoir la libre
circulation des idées, par le mot et par l'image ".
L'UNESCO assure le secrétariat
du Programme pour la culture, les médias et le sport en
Afghanistan. A ce titre, l'Organisation coordonne et assure les
liaisons avec les bailleurs de fonds, les ONG et les organismes
internationaux qui soutiennent des activités dans ces domaines.
Sa responsabilité propre est de créer des compétences
au sein du ministère de l'Information et de la Culture
; elle y a créé à cet effet, un bureau à
plein temps. Au titre du secrétariat du Programme, l'UNESCO
aide aussi à élaborer les budgets et les stratégies
à long terme.
Pour plus d'informations
sur l'UNESCO en Afghanistan :
http://portal.unesco.org/ev.php?URL_ID=1259&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201/
Contact : Martin
Hadlow, Directeur du Bureau de l'UNESCO en Afghanistan : m.hadlow@unesco.org