Communiqué
de presse N°2002-68
INTERNET AU SERVICE DE LA DEMOCRATIE : L'UNESCO SORT
UNE ETUDE SUR L'E-GOUVERNANCE DANS 15 PAYS
Paris, 26 septembre - L'introduction
des nouvelles technologies de l'information et de la communication
(NTIC) dans les institutions gouvernementales rapproche les citoyens
de leur Etat, incitant les organismes officiels à plus
de transparence et de responsabilité. Mais ces technologies
représentent également un défi pour les mécanismes
de décision traditionnels. Telles sont les principales
conclusions d'une récente étude sur l'e-gouvernance
dans 15 pays (*). Cette étude a été réalisée
conjointement par l'UNESCO et le Réseau du Commonwealth
des technologies de l'information pour le développement
(Commonwealth Network of Information Technology for Development/COMNET-IT)
Chaque année, à la
fin de leur service militaire, quelque 270 000 soldats de la République
de Corée passent un examen, organisé par le ministère
de la Défense, afin de tester leurs capacités à
faire des recherches sur Internet ; cet examen peut, dans certains
cas, être sanctionné par un diplôme.
A Séoul, les habitants peuvent
suivre en direct l'état d'avancement de leurs démarches
administratives, savoir dans quel service leur demande se trouve
et, éventuellement, pourquoi elle est rejetée. Le
Service municipal d'accueil du public fait preuve d'une telle
transparence que les citoyens peuvent suivre le travail des fonctionnaires
au jour le jour.
En Estonie, où 90% des fonctionnaires
sont équipés d'ordinateurs personnels, le gouvernement
organise les réunions de travail en ligne. Les vieux documents
de travail en papier ont fait place à des documents numériques.
Au cours des huit dernières années, l'Etat a alloué
1% de son budget au développement des NTIC dans le service
public. A la fin de l'année, toutes les communes devraient
être connectées à Internet.
En Tanzanie, le gouvernement a
informatisé son système de paie, qui concerne quelque
280 000 fonctionnaires ; cette opération a permis de repérer
de nombreux employés fantômes.
L'un des sites Internet les plus
visités du Canada - plus de 7 millions de hits par mois
- est le site officiel du gouvernement (http://canada.gc.ca).
Il comprend un " Guichet emplois ", une base de données
qui regroupe des offres d'emploi de tout le pays. Par ailleurs,
les ressources de 460 organisations du secteur de la santé
publique sont accessibles via le Réseau canadien de la
santé (http://www.canadian-health-network.ca), qui donne
accès à des informations médicales fiables
et complètes.
L'étude souligne la différence
entre e-gouvernance et e-gouvernement. L'e-gouvernement, c'est
l'utilisation des NTIC par les services publics, par exemple pour
collecter des impôts. Dans l'Etat mexicain du Nuevo Leon,
les contribuables peuvent ainsi payer leurs taxes automobiles
par voie électronique.
Le concept d'e-gouvernance est
plus large : il fait référence au rôle croissant
que jouent les NTIC dans les modes de développement des
sociétés humaines. Peu à peu, ces technologies
modifient et influencent la façon dont l'Etat, le secteur
privé et la société civile interagissent.
Pour le comprendre, il suffit de
voir comment la société civile, les ONG et les associations
professionnelles utilisent Internet pour mobiliser l'opinion publique
afin d'influencer les décideurs. Avec le service "
Open Plaza ", par exemple, les citoyens de la République
de Corée peuvent librement critiquer les politiques gouvernementales
et les hommes politiques. Ce service est accessible en ligne à
tous les citoyens, qui peuvent aussi communiquer directement avec
le Président, les gouverneurs et les hauts fonctionnaires.
Plusieurs membres de l'Assemblée nationale en ont fait
les frais : ils ont perdu leur siège aux élections
générales d'avril 2000.
La même année, au
Mexique, le gouvernement du Président Vicente Fox, qui
venait d'être élu, a lancé un projet sur Internet
visant à encourager la participation des citoyens à
la conception du Plan national de développement 2001-2006.
Avis, propositions et requêtes ont été ainsi
collectés sur une centaine de questions concernant tous
les niveaux de la société, depuis le niveau fédéral
jusqu'à celui des particuliers. A partir d'un total de
117 040 questionnaires reçus par Internet et par courrier,
une liste de 196 854 propositions a été dressée.
Les Mexicains qui résidaient à l'étranger
ont pu participer au processus et ont envoyé 43 000 propositions.
Après avoir été rassemblées et étudiées,
certaines propositions ont été incluses dans les
objectifs et dans les stratégies du plan national.
Mais dans de nombreux pays, le
faible niveau d'instruction et la pauvreté empêchent
encore une large partie de la population d'accéder à
l'information publique et de participer à ces nouvelles
pratiques démocratiques. Du coup, plusieurs Etats ont lancé
de vastes programmes de formation aux NTIC.
La Malaisie prévoit de créer
une université multimédia où les programmes
incluront des cours de connaissance et gestion de l'information,
ainsi que des cours de programmation informatique. Le pays est
confronté à une demande croissante d'employés
qualifiés et de cadres, notamment dans le secteur des NTIC
et des industries.
En République de Corée,
l'informatique est désormais obligatoire dès l'école
primaire. En un an, 200 villages ont été équipés
d'un accès à l'Internet à haut débit,
rendant les connexions plus rapides. Les autorités étudient
aussi la possibilité de lancer un programme visant à
fournir un accès Internet gratuit et des ordinateurs à
50 000 enfants des classes les plus démunies, pendant cinq
ans.
En Inde, la barrière de
la langue est un obstacle important à la mise à
disposition du public de services publics électroniques.
Avec environ un milliard d'habitants, le pays compte deux langues
officielles (hindi et anglais), 18 langues principales et 418
langues officiellement répertoriées.
La technologie de reconnaissance optique des caractères
(Optical Character Recognition) doit être développée
et améliorée car de nombreuses bases de données
sont écrites dans des langues locales.
Toutefois, si les cercles économiques
sont très demandeurs d'e-gouvernance, de vastes pans de
la population se sentent beaucoup moins concernés dans
de nombreux pays. Même quand les infrastructures électroniques
existent, l'illettrisme, les coûts élevés
des connexions, les difficultés d'accès et les barrières
linguistiques empêchent le plus grand nombre d'en tirer
profit.
En Tanzanie, par exemple, on compte
deux ordinateurs personnels et cinq lignes téléphoniques
pour 1 000 habitants. En 1999, il n'y avait pratiquement aucun
serveur Internet dans le pays.
Ce contexte place les Etats face
à des choix difficiles. Au Botswana, un pays qui dispose
d'un réseau de télécommunications développé
en terme de couverture et de diversité des produits, les
pouvoirs publics considèrent que l'accès aux technologies
de l'information, dont Internet, reste trop limité pour
justifier de nouveaux investissements dans le développement
de portails de services publics.
Dans d'autres pays, Internet croît
lentement mais sûrement. Au Maroc, où l'on compte
plus de 200 000 abonnés à Internet, il y a quelque
1 800 fournisseurs d'accès et cybercafés, et le
marché ne fait que croître. Depuis 1991, on enregistre
une croissance continue du nombre d'ordinateurs, en raison d'une
baisse des prix et des droits à l'importation, ramenés
de 42,5% à 17,5% en janvier 1996. Les Marocains possèdent
environ 200 000 ordinateurs personnels, soit un taux de pénétration
de 0,7%.
****
(*) Le rapport, intitulé
" Country Profiles of e-Gouvernance " (UNESCO 2002),
a été réalisé à la demande
de l'UNESCO par le Réseau du Commonwealth des technologies
de l'information pour le développement (Commonwealth Network
of Information Technology for Development/COMNET-IT), une fondation
parrainée par le Secrétariat du Commonwealth et
le gouvernement de Malte. Il concerne les pays suivants : le Botswana,
Maurice, l'Afrique du Sud, la République unie de Tanzanie,
le Maroc, l'Inde, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, la
République de Corée, le Canada, l'Estonie, la Hongrie,
Malte, la Jamaïque et le Mexique. Les analyses par pays sont
disponibles sur Internet : http://www.comnet.mt/unesco/
Contact :
Asbel López, UNESCO, Bureau de l'information du public,
Section éditoriale
tél. : (+33) (0)1 45 68 17 07
e-mail : a.lopez@unesco.org