Communiqué
de presse N°2002-72
LES NOUVELLES TECHNOLOGIES
AU SECOURS DU PATRIMOINE MONDIAL
Paris, 8 octobre - Alors que la
Convention du patrimoine mondial de l'UNESCO, adoptée le
16 novembre 1972, s'apprête à fêter ses trente
ans, les défenseurs des sites, des paysages et des monuments
" d'une valeur universelle exceptionnelle " font toujours
face à de graves menaces, même si la plupart des
730 sites du patrimoine mondial1 sont bien gérés.
A ce jour, 175 Etats se sont ralliés
à la Convention - l'instrument juridique le plus largement
reconnu pour la protection des biens culturels et naturels de
la planète - et 125 sont représentés sur
la Liste du patrimoine mondial. Mais, comme l'ont montré
récemment les terribles inondations qui ont ravagé
plusieurs pays d'Europe, les catastrophes naturelles n'épargnent
pas le patrimoine mondial. De même, les dangers liés
à l'activité humaine, comme les guerres, la destruction
délibérée de symboles culturels, le pillage,
la pollution, le braconnage ou le tourisme mal géré
hypothèquent les efforts de l'UNESCO et de ses partenaires
engagés dans la conservation des sites.
Que faire pour protéger
de manière plus efficace les 33 sites figurant sur la Liste
du patrimoine mondial en péril et la centaine d'autres
sites jugés dans une situation préoccupante ? "
Il faut passer d'une attitude réactive à une démarche
préventive, estime le Directeur général de
l'UNESCO, Koïchiro Matsuura. L'identification, la conservation
et la mise en valeur des sites reflétant la diversité
naturelle et culturelle de notre monde ne peuvent être assurées
que si les gouvernements, les autorités locales, les milieux
d'affaires et, surtout, les populations locales y travaillent
ensemble. " Il y faut de la détermination, de la solidarité
mais également toute une palette d'outils adaptés
et aussi peu coûteux que possible.
Pour rassembler les bonnes volontés
et identifier des solutions pratiques, en cette Année des
Nations unies pour le patrimoine culturel, un cycle de sept conférences
interactives sera organisé dans sept villes de la planète
par l'UNESCO et le Centre for Design Visualization de l'Université
de Californie à Berkeley (Etats-Unis). Ces sept manifestations
formeront un Congrès virtuel sur le thème "
Le patrimoine mondial à l'ère numérique ".
La conférence inaugurale aura lieu le 16 octobre au Sénat
français.
Entre la mi-octobre et la mi-novembre,
à Alexandrie, Beijing, Dakar, Mexico, Paris, Strasbourg
et Tours, des centaines de participants venus d'univers géographiques
et professionnels différents tenteront de définir
ensemble comment tirer le meilleur parti des nouvelles technologies
de l'information et de la communication pour mieux gérer
les sites. Ils pourront communiquer entre eux via Internet, et
alimenter le site web du Congrès virtuel2. Quelque 200
communications, venant d'une soixantaine de pays et présentant
des expériences originales, ont déjà convergé
vers les organisateurs du Congrès. Les meilleures, sélectionnées
par un comité scientifique, seront mises en ligne.
La journée-conférence
inaugurale du 16 octobre sera ouverte à Paris par Koïchiro
Matsuura et Christian Poncelet, président du Sénat.
Plus de 250 élus français et de nombreux autres
pays, ainsi que des représentants des Etats Parties à
la Convention, y échangeront des idées, des données
et des expériences sur le thème " Le patrimoine
mondial, enjeu de la décentralisation ". Si les Etats
demeurent les premiers responsables de la mise en uvre d'une
politique de gestion durable du patrimoine, les élus locaux
deviennent aussi, avec la décentralisation, des acteurs
essentiels de cette politique. Depuis quelques années,
la coopération de ville à ville, notamment entre
communes de pays du Nord et du Sud, a permis aux habitants concernés
non seulement de s'ouvrir à d'autres cultures, mais également
de participer à la réhabilitation de biens culturels
ou naturels menacés.
Entamée dès 1995,
la coopération entre la ville française de Chinon
et Luang Prabang, au Laos, en témoigne. Sous l'égide
de l'UNESCO, un plan de sauvegarde de l'ancienne capitale du "
Royaume des mille éléphants " a permis de mettre
en valeur de nombreuses pagodes et monuments de la ville et d'aider
les habitants à améliorer leur habitat. Une Maison
du patrimoine a été créée par les
autorités locales, qui ont bénéficié
de l'expérience et de l'expertise de leurs homologues de
Chinon pour mettre en place une législation et des règles
d'urbanisme appropriées. De nombreuses autres villes du
patrimoine mondial font l'expérience de ce type de coopération
décentralisée : Lille (France)/ Turin (Italie)/Hué
(Viet Nam) ; Bath (Royaume-Uni)/Katmandou (Népal); Barcelone
(Espagne)/Vigan (Philippines) ; Bergen (Norvège)/Ile du
Mozambique, entre autres.
Parallèlement à la
Journée du 16 octobre à Paris, deux autres conférences
se tiendront en Afrique et en Asie. Du 15 au 17 octobre, Dakar
(Sénégal), en partenariat avec l'Agence universitaire
de la francophonie (AUF), accueillera une conférence sur
" L'enseignement du patrimoine mondial et les nouvelles technologies
de l'information et de la communication en Afrique ", qui
sera ouverte par Moustapha Sourang, ministre de l'Education. Une
trentaine d'universités africaines feront à cette
occasion l'inventaire des programmes universitaires sur les sciences
environnementales, l'architecture, le design paysager, la gestion
urbaine et la conservation du patrimoine. Ils dresseront aussi
un état des lieux de la " fracture numérique
" et, pour la première fois, un bilan de la mise en
uvre de la Convention du patrimoine mondial en Afrique.
Comment utiliser la simulation
en 3D pour concevoir des hôtels, des aéroports, des
gares, des musées, des centres d'information, des sentiers
piétonniers et autres infrastructures touristiques, tout
en préservant les sites pour les générations
futures ? Des architectes de renommée internationale, des
représentants des autorités locales chinoises et
des Etats signataires de la Convention dans la région Asie-Pacifique
se réuniront à Beijing (Chine), du 15 au 17 octobre
également, pour présenter leurs expériences
et discuter de " L'architecture pour un tourisme durable
sur les sites du patrimoine mondial ". Le séance d'ouverture
sera présidée par Liu Zhifeng, vice-ministre de
la Construction.
Deux autres conférences
prendront le relais quatre jours plus tard, dans la région
arabe et en Europe. Du 21 au 23 octobre, le forum d'Alexandrie
(Egypte) se tiendra à la bibliothèque d'Alexandrie
sous la présidence d'Ahmed Nazif, ministre des Communications
et des Technologies de l'information.
Il réunira des représentants des autorités
égyptiennes et arabes et des missions diplomatiques, ainsi
que des experts internationaux, autour du thème : la "Cartographie
de la gestion du patrimoine : système d'information géographique
(SIG) et multimédia". Ils étudieront les applications
des SIG à la gestion du patrimoine. Ces systèmes
permettent notamment de traduire sur une carte des bases de données
concernant les sites, pour mieux aménager le territoire.
Au même moment, du 21 au
24 octobre, se tiendra à Tours (France) une université
d'automne organisée par l'Université François
Rabelais, la Mission Val de Loire et l'UNESCO, sur " Les
grands fleuves du patrimoine mondial : de la crise à la
culture du risque ". Aux lendemains des inondations en Europe,
qui ont détruit de précieux fonds d'archives historiques
et endommagé des monuments et des musées à
Prague, ou altéré des paysages culturels comme la
Wachau en Autriche, la prévention des catastrophes naturelles
est plus que jamais d'actualité. Des participants venus
des bassins de l'Amazone, du Danube, du Gange, de l'Indus, de
la Loire, du Mékong, du Niger, du Nil, de l'Oder, du Rhin
et du Yang Tsé Kiang étudieront les façons
d'utiliser les nouvelles technologies pour analyser, prévenir
et gérer les risques de destructions culturelles liés
aux inondations afin de produire un manuel.
Enfin, deux dernières conférences
auront lieu début novembre. A Strasbourg (France), le Directeur
général adjoint de l'UNESCO, Marcio Barbosa, ouvrira
un colloque d'experts internationaux sur " Les applications
des technologies de l'espace à la conservation du patrimoine
", qui se tiendra du 5 au 8 novembre. Jusqu'à présent,
les satellites d'observation ont permis de surveiller des sites
du patrimoine mondial naturel, notamment en Afrique centrale,
où survivent les derniers gorilles des montagnes. Mais
aujourd'hui, une nouvelle génération de satellites
permettrait également de contrôler la dégradation
des constructions ou le pillage sur les sites, entre autres. Le
colloque permettra d'identifier les applications possibles de
ces nouvelles technologies et d'en évaluer les coûts.
A Mexico (Mexique), du 6 au 8 novembre,
des représentants des autorités locales et des experts
nationaux et internationaux en développement urbain participeront
à une conférence sur " La gestion du patrimoine
des centres historiques : planification pour l'usage mixte et
l'équité sociale ". Aujourd'hui, la pression
du tourisme et la spéculation foncière ont souvent
pour effet d'exclure les habitants les plus défavorisés
des quelque 200 centres historiques figurant sur la Liste du patrimoine
mondial, dont une trentaine se trouvent en Amérique latine
et dans les Caraïbes. A l'avenir, les plans d'urbanisme devraient
préserver la mixité sociale et l'animation de ces
centres. Pour parvenir à cet objectif, les systèmes
d'information géographique (SIG) sont un outil précieux
car ils permettent de repérer l'évolution de la
densité ou de l'âge de la population, du prix du
mètre carré, du développement des infrastructures,
etc.
Une série d'événements
spéciaux accompagnera le Congrès virtuel. Un appel
à candidatures sera lancé le 15 octobre pour le
Cinquième prix annuel de design architectural de l'Université
de Californie à Berkeley (Etats-Unis). Cette année,
les organisateurs de ce prix demanderont
à des architectes de présenter des projets adaptés
aux sites du patrimoine mondial. En France, entre le 15 et le
21 octobre, la Ville de Paris et la Régie autonome des
transports parisiens (RATP) organiseront une campagne d'affichage
de photos de l'agence Magnum dans le métro et les autobus,
pour sensibiliser le public à la diversité du patrimoine
mondial et l'inciter à participer au Congrès virtuel.
Au Belize, entre le 1er et le 12 novembre, des plongeurs et des
spécialistes de la biodiversité fourniront des images
de l'exceptionnelle barrière de corail de cet Etat d'Amérique
centrale, afin qu'elles soient transmises aux participants du
Congrès virtuel, via Internet.
1. http://whc.unesco.org
2. http://www.virtualworldheritage.org/
****
Une conférence de presse aura lieu le 10 octobre
au Centre d'accueil de la presse étrangère (CAPE,
fax : 33 (0)1 56 40 50 19,
e-mail : michel.andre@capefrance.com) sur la conférence
inaugurale du Congrès virtuel :
le colloque international organisé par l'UNESCO et le Sénat
français sur le thème
" Le patrimoine mondial, enjeu de la décentralisation
".
Contact à
l'UNESCO : Sophie Boukhari
Bureau de l'information du public, Section éditoriale
Tél : 33 (0)1 45 68 17 03
s.boukhari@unesco.org