Communiqué
de presse N°2002-74
INAUGURATION DE LA BIBLIOTHECA ALEXANDRINA :
DU PAPYRUS AU NUMERIQUE
Paris, 9 octobre - La Bibliotheca
Alexandrina, la plus grande du Moyen-Orient et d'Afrique sera
inaugurée officiellement le 16 octobre prochain, date qui
marquera la renaissance spirituelle de la bibliothèque
mythique créée il y a deux mille ans par Ptolémée
I au Nord de l'Egypte. La cérémonie - d'abord prévue
pour le 23 avril et repoussée en raison des événements
du Moyen-Orient - consacre aussi un projet architectural exceptionnel
intégrant les technologies de l'information les plus modernes.
Le
Président de
la République arabe d'Egypte, Hosni Moubarak, présidera la
cérémonie d'inauguration. Seront également présents
de nombreux chefs d'Etat et dignitaires du
monde entier, le Directeur de la Bibliotheca Alexandrina, Ismail Serageldin,
et M. Ahmed Jalali , Président de la Conférence
Générale de l'UNESCO, qui, à la demande
du Directeur général Koïchiro Matsuura, représentera l' Organisation.
Convaincue de la nécessité
de doter Alexandrie et la région méditerranéenne
dans son ensemble d'un centre scientifique et culturel d'excellence,
l'UNESCO a contribué dès l'origine du projet à
lui donner une dimension internationale. " A l'occasion de
l'inauguration de la Bibliotheca Alexandrina, rappelons que la
renaissance de cette institution unique s'inscrit au coeur même
de la mission de l'UNESCO : promouvoir le développement
et le partage du savoir en vue de l'affirmation de l'identité
et de la diversité culturelle, de la compréhension
mutuelle et du dialogue entre les civilisations. La nouvelle Bibliotheca
Alexandrina constituera un centre culturel et éducatif
dynamique où fleurira et grandira la compréhension
entre les cultures " ", a déclaré le Directeur
général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura.
La Bibliotheca Alexandrina, tout
comme l'Opéra de Sydney ou le Musée Guggenheim de
New York, est une réalisation architecturale exceptionnelle.
Elle peut accueillir jusqu'à 8 millions d'ouvrages - à
l'heure actuelle elle compte 240 000 livres. Le public dispose
de 500 ordinateurs pour consulter son catalogue et accéder
aux sites Web des principaux centres d'enseignement internationaux,
présélectionnés par les bibliothécaires.
La salle de lecture est unique
en son genre : cet espace ouvert de 70 000 m2 répartis
sur onze niveaux peut accueillir 1 700 personnes. Pour Ismail
Serageldin, il ne s'agit pas seulement de la " plus grande
salle de lecture du monde " mais également de la "
plus belle ". La douce lumière naturelle qui se répand
dans tout l'espace et le haut plafond reposant sur des colonnes
créent une atmosphère propice à l'étude,
digne d'une " cathédrale du savoir ", ajoute-t-il.
Le bâtiment évoque
un disque solaire qui émerge de terre et fait face à
la mer. En partie enterré et mesurant au total 160 mètres
de haut, il se drape d'une muraille - en granit d'Assouan - en
forme de demi-lune sur laquelle ont été gravées
des lettres de l'alphabet de 120 langues. L'édifice symbolise
l'ouverture et l'immensité du savoir. Il a été
conçu par le cabinet
d'architecture norvégien Snøhetta. qui a gagné
en 1989 le concours organisé par l'UNESCO. La construction
s'est effectuée sous la houlette de l'ingénieur
égyptien, Mamdouh Hamza, qui a su relever le défi
de construire une partie de l'édifice à 18 mètres
sous le niveau de la mer.
Outre la bibliothèque, le
bâtiment accueille un centre de conférences d'une
capacité de 3 200 places), un planétarium, la bibliothèque
Taha-Hussein pour les non-voyants qui propose des livres numérisés
et en braille, une bibliothèque pour enfants et 5 instituts
de recherche dont l'Ecole internationale des sciences de l'information
(ISIS) et le Laboratoire de restauration de manuscrits rares.
Elle héberge aussi un centre Internet, 3 musées
- dédiés respectivement aux manuscrits, à
la calligraphie et aux sciences - et 4 galeries d'art. L'ensemble
constitue, d'après Ismail Serageldin, un " grand complexe
culturel international ".
Une partie des 10 000 manuscrits
et livres rares de la collection de la bibliothèque ont
été numérisés. En effleurant du doigt
l'écran d'un ordinateur, les visiteurs peuvent ainsi tourner
les pages électroniques d'une version très ancienne
du Coran. La numérisation garantit la préservation
de documents précieux tout en permettant aux chercheurs
et au public d'y avoir accès. Dans un premier temps, cela
ne sera possible qu'au musée lui-même mais l'accès
sera ensuite possible via l'internet.
Ce grand centre culturel international
a pour vocation de devenir un point de rencontre pour les penseurs,
les artistes et les scientifiques du monde entier. Ismail Serageldin
espère également que, grâce à la Librairie,
les touristes redécouvriront Alexandrie, " une ville
rendue célèbre par son fameux Phare, mais aussi
parce qu'elle fut le phare intellectuel de l'humanité pendant
six siècles, inspirant de grands écrivains comme
Callimaque, Constantin Cavafis et Lawrence Durrell ".
Le gouvernement égyptien
a déboursé 120 des 220 millions de dollars nécessaires
au financement du projet. Le reste (100 millions) provient de
donations internationales. " Pour un pays de 67 millions
d'habitants, un investissement de 120 millions de dollars sur
dix ans n'est pas irraisonnable quand il s'agit de se doter d'un
centre d'excellence ", estime Ismail Serageldin.
L'UNESCO a participé au
projet dès 1986, lorsque l'idée de construire un
centre d'enseignement et de recherche moderne reprenant le flambeau
de l'antique bibliothèque a commencé à prendre
forme. En 1987, l'UNESCO a lancé un appel international
en faveur de la résurrection de l'antique bibliothèque
d'Alexandrie et a commandé une étude de faisabilité
qui a confirmé que la région méditerranéenne
avait besoin d'une grande bibliothèque. De fait, une des
priorités de la Bibliotheca Alexandrina est précisément
de fournir une vaste collection d'ouvrages sur les civilisations
méditerranéennes.
En 1988 l'UNESCO a organisé,
avec l'aide de l'Union internationale des architectes (UIA) et
le PNUD, un concours international d'architecture. Parmi les 1
400 projets provenant de 77 pays présentés, le jury
a opté pour celui du cabinet norvégien Snøhetta.
En 1990, l'Organisation a
aidé à organiser la Réunion d'Assouan qui
s'est soldée par le premier apport financier international
au projet (65 millions de dollars), provenant principalement de
pays arabes.
L'UNESCO a également fourni
un serveur Internet et des ressources financières pour
développer le site Web de la bibliothèque. L'Organisation
a contribué à la création de la Bibliothèque
électronique pour non-voyants et du Laboratoire de restauration.
Elle a fourni des ressources pour la formation de bibliothécaires,
les formats bibliographiques. Sans compter une aide à la
préparation de documents techniques et de lignes directrices
en matière de systèmes informatiques pour la bibliothèque,
de leur maintenance et d'achat d'équipements, ainsi qu'un
programme pour l'Ecole internationale des sciences de l'information
(ISIS), installée dans le bâtiment de la bibliothèque.
L'Antique Bibliothèque d'Alexandrie,
créée par Ptolémée I en 288 av. J.-C.,
faisait partie du Museion, le Temple des muses, qui comprenait
l'université d'Alexandrie, une des premières de
l'histoire de l'humanité, où se donnaient rendez-vous
les poètes, scientifiques et artistes invités par
les Ptolémées. La bibliothèque comprenait
environ 700 000 manuscrits, catalogués depuis le IIIe siècle
av. J.-C. Sous les Ptolémées, elle jouissait "
d'un droit de dépôt légal " puisqu'elle
disposait du droit de faire une copie de tous les livres arrivant
dans le pays. Plusieurs incendies et une série d'assauts
- étalés sur quatre siècles et demi - finirent
par avoir raison de l'antique bibliothèque. Lors du premier
incendie, dû à l'affrontement qui opposa Cléopâtre,
soutenue par Jules César, à son frère Ptolémée
XIII en 48 av. J.-C., entre 40 000 et 400 000 livres furent la
proie des flammes.
C'est dans la Bibliothèque
d'Alexandrie que fut traduit pour la première fois l'Ancien
Testament de l'hébreu vers le grec, qu'Aristarque de Samos
affirma que la terre tourne autour du soleil, qu'Eratosthène
calcula la circonférence de la terre, qu'Hérophile
découvrit que le cerveau contrôlait le corps et qu'Euclide
inventa la géométrie.
La nouvelle bibliothèque entend maintenir vivant l'esprit
de la mythique institution. " Il est merveilleux de penser
qu'au milieu de tant de guerres, alors que l'on parle de "choc
des civilisations", s'élève à nouveau
en Égypte, à quelques mètres de l'endroit
où se dressait l'antique Bibliothèque d'Alexandrie,
une institution qui, elle aussi, se consacrera à la connaissance
universelle, à la compréhension mutuelle et à
la tolérance ", déclare Ismail Serageldin.
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Pour télécharger des photos haute résolution
: www.unesco.org/bpi/alexandrina
Site Internet officiel : http://www.bibalex.org
Site Internet UNESCO sur la Bibliothèque d'Alexandrie :
http://www.unesco.org/webworld/alexandria_new/
Bibliographie : Vie et destin de l'ancienne bibliothèque
d'Alexandrie, Mustapha El-Abadi, UNESCO, 1990 (en anglais, français
et espagnol).
Contact :
Asbel López, Bureau d'information au public - Section éditoriale
Courier électronique : a.lopez@unesco.org - Tel: 33 1 45
68 17 07 - Fax: 33 1 45 68 56 59