Communiqué
de presse N°2002-91
LA DEFENSE DE
LA LIBERTE D'EXPRESSION SUR INTERNET
EN DEBAT
Paris, 14 novembre - Bien qu'Internet
permette à plus d'individus et de communautés que
jamais d'exprimer leurs opinions et leur créativité,
il fait de plus en plus souvent l'objet de restrictions, qui vont
de barrières financières, techniques et linguistiques
à une véritable censure. Comment peut-on protéger
la dignité humaine, les droits de l'enfant, la vie privée
et la sécurité nationale tout en préservant
la liberté d'expression ?
Ces questions seront débattues
au cours d'un colloque international sur la " Liberté
d'expression dans la société de l'information ",
qui se tiendra les 15 et 16 novembre au siège de l'UNESCO1.
Organisé par la Commission nationale française pour
l'UNESCO, le colloque est à ce jour la seule manifestation
sur la liberté d'expression prévue dans le cadre
de la préparation du Sommet mondial sur la société
de l'information (WSIS, Genève, du 10 au 12 décembre
2003, et Tunis en 2005)2. Cette question ne figure pas, à
l'heure actuelle, à l'ordre du jour du Sommet. Le colloque
permettra à des experts, des professionnels, des représentants
d'organisations gouvernementales et non gouvernementales et des
organes de régulation de toutes les régions du monde
d'identifier les problèmes liés à la liberté
d'expression sur Internet et de définir des principes de
base et des propositions à soumettre au WSIS.
Le colloque étudiera les
moyens de garantir le respect et la protection des libertés
et des droits de l'homme fondamentaux, de la sécurité
du réseau et des valeurs démocratiques. Les différentes
approches de ces questions seront mises en débat. Les discussions
permettront aux partisans de mesures de protection comme aux opposants
à toute restriction de faire entendre leurs points de vue.
" L'Acte constitutif de l'Organisation
place la libre circulation des idées par le mot et l'image
au cur de la mission de l'UNESCO ", déclare
le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro
Matsuura. " A l'heure d'Internet, la liberté d'expression
demeure aussi essentielle au développement et à
la démocratie qu'elle l'a toujours été. Nous
pensons donc qu'il est crucial de donner à cette question
sa juste place dans l'ordre du jour du Sommet mondial sur la société
de l'information. Réduire le débat sur le cyberespace
à une discussion sur des sujets techniques ne peut servir
les intérêts de la grande majorité des citoyens
du monde pour qui Internet porte la promesse d'une plus grande
liberté, de plus d'autonomie et de développement
".
La liberté d'expression
sur Internet pose toute une série de problèmes,
auxquels il est donné des réponses juridiques différentes,
dans les diverses régions du monde. Les mesures à
l'égard des sites qui, notamment, diffusent des messages
de haine, encouragent le terrorisme et le crime, ou sont perçus
comme des menaces pour la sécurité nationale, varient
d'un pays à l'autre. La liste incomplète des exemples
suivants montre l'extrême disparité des attaques
auxquelles est soumis le principe intangible de la liberté
d'expression :
- Au Bahreïn, des sites ont
été bloqués par les autorités parce
qu'ils servaient " de tribunes pour la diffusion d'informations
tendancieuses, de rumeurs et de mensonges ".
- Au Bélarus, les utilisateurs d'Internet sont obligés
de passer par un opérateur unique (Belpak), propriété
de l'Etat.
- Au Burundi, le Conseil National de la Communication interdit
aux sites burundais " d'héberger des documents ou
autres déclarations d'organisations politiques faisant
la propagande de la haine ou de la violence ".
- Au Canada, le " projet de loi C-36 ", loi antiterroriste,
est entré en vigueur en décembre 2001, renforçant
le contrôle des communications électroniques.
- En mars 2002, l'Association chinoise chargée d'Internet
a exigé des webmasters et des fournisseurs d'accès
la signature d'un pacte par lequel ils s'engagent de ne pas produire
ou diffuser des informations " dommageables pour la sécurité
nationale et la stabilité ".
- Aux Etats-Unis, suite au " Patriot Act " adopté
en octobre 2001, de nombreux fournisseurs d'accès ont installé
des logiciels de surveillance électronique, tel que Carnivore.
Les pouvoirs du gouvernement en matière d'écoute
des communications électroniques ont été
renforcés.
- Dans sa directive du 30 mai 2002, le Parlement européen
a adopté une Convention sur le cybercrime, qui demande
notamment aux Etats membres de mettre en place des lois obligeant
les fournisseurs d'accès et les opérateurs téléphoniques
à conserver des copies de toutes les communications.
- En mai 2000, en France, un tribunal a ordonné à
Yahoo d'empêcher l'accès des internautes français
aux sites mettant aux enchères des souvenirs nazis, car
la vente de tels objets est illégale en France. Cela a
conduit Yahoo à filtrer des sites accessibles via son moteur
de recherche à partir du territoire français. Dans
certains pays, cette restriction est perçue comme nécessaire
pour protéger les droits du public tandis que dans d'autres,
elle est vue comme une limitation de l'accès des citoyens
à l'information.
- Le 10 octobre 2002, le Viet Nam a adopté une nouvelle
réglementation à l'usage de ceux qui diffusent de
l'information sur Internet, notamment l'obligation préalable
de recevoir une licence du ministère de la Culture et de
l'Information, ainsi que l'obligation d'identifier clairement
sur chaque site Internet les personnes qui ont fourni le matériel3.
L'accès à Internet
peut également être limité par des obstacles
techniques ou d'infrastructures, qui constituent dès lors
des restrictions à la liberté d'expression. Or,
pour l'UNESCO, les technologies de l'information et de la communication
devraient être accessibles à tous :
- En raison d'infrastructures inadéquates dans certaines
régions, il est difficile, voire impossible, pour le plus
grand nombre de tirer profit des avantages des technologies de
l'information et de la communication. Ainsi, en Afrique subsaharienne,
on compte 0,2 ordinateur connecté au Web pour 1 000 habitants,
contre 120 dans les pays les plus riches de l'OCDE4.
- Certaines langues sont à peine présentes sur Internet,
ce qui rend l'accès à l'information difficile pour
le public de certaines cultures. Ainsi, on estime qu'au niveau
mondial, le contenu du Web est à 52% en anglais, à
6,97% en allemand, à 5,48% en espagnol, à 4,43%
en français, à 3,6% en italien et à 2,7%
en portugais. De plus, le coréen, le néerlandais,
le russe et les quatre langues scandinaves totalisent entre 8%
et 10%5.
" Le problème n'est
pas tant de définir les valeurs de dignité humaine
et de sécurité sur lesquelles nous pouvons tous
nous mettre d'accord, mais d'arriver à un accord sur la
façon dont elles doivent être défendues ",
explique Abdul Waheed Khan, Sous-Directeur général
de l'UNESCO pour la communication et l'information. " Les
efforts visant à développer des standards internationaux
pour Internet, ajoute-t-il, même s'ils sont menés
dans le but généreux de protéger la dignité
humaine et de renforcer la sécurité, ouvriront la
porte à un large éventail d'interprétations
et d'actions qui pourraient avoir de lourdes conséquences,
comme éventuellement de restreindre la liberté d'expression
".
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1. Le colloque est organisé
par la Commission nationale française pour l'UNESCO avec
l'aide de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie, la
Principauté de Monaco, les ministères français
des Affaires étrangères d'une part, de la Culture
et de la Communication d'autre part, et avec la participation
de l'association française Le Forum des droits sur l'Internet.
Le colloque réunira trois
tables rondes :
a) Des opportunités nouvelles
? (vendredi 15 novembre, 11h).
Modérateur : Eric Baptiste, Président du Comité
Information et Communication de la Commission nationale française
pour l'UNESCO
- Promotion et exercice du droit de la liberté d'expression
à l'échelle mondiale
- Développement de la démocratie participative et
de la société civile mondiale
- Expression du pluralisme, de la diversité culturelle
et linguistique, et de la créativité.
b) Des barrières à
franchir ? (vendredi 15 novembre, 15h).
Modérateur : Dominique Gerbaut, de l'ONG française
Reporters sans frontières et rédacteur en chef du
quotidien français La Croix.
- Quels sont les obstacles à la liberté d'expression
dans le cyberespace, d'origine juridique, technologique, etc.
?
- Quels sont les facteurs qui conditionnent l'exercice réel
de ce droit dans le cyberespace, d'origine économique,
technique, linguistique, etc. ?
c) Des normes à définir
? (samedi 16 novembre, 10h).
Modérateur : Lionel Thoumyre, Conseiller technique du Forum
des droits sur l'Internet
- Des nouvelles normes éthiques, juridiques et techniques
doivent-elles être définies pour assurer, dans le
cyberespace, la préservation de la liberté d'expression
et la protection des droits de l'homme ? Dans l'affirmative, lesquelles,
par qui, et à quel niveau ?
- Quel système de coopération intégré
établir entre les différents acteurs concernés
et entre les Etats dans un espace sans frontière ?
2. Le WSIS est organisé par l'Union internationale des
télécommunications (UIT) avec la participation d'autres
agences des Nations Unies, dont l'UNESCO.
3. Pour plus d'information :
http://cyber.law.harvard.edu/filtering/google/
http://www.foruminternet.org/en/forums/descr.php?f=3
http://www.rsf.fr/article.php3?id_article=3671
4. Rapport sur le développement
humain 2002, Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD)
5. Selon une étude réalisée
par l'organisation non gouvernementale FUNREDES
http://funredes.org/LC/english/L5/L5overview.html
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Le colloque se tiendra au siège de l'UNESCO, Salle XI.
Pour plus d'information
:
http://portal.unesco.org/ci/ev.php?URL_ID=2411&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201&reload=1024056139.
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Les journalistes doivent se faire accréditer auprès
du Service de presse de l'UNESCO
Tél. : (+33) (0)1 45 68 17 48 - Fax : (+33) (0)1 45 68
56 52
Contacts :
Roni Amelan, Bureau de l'information du public de l'UNESCO, (+33)
(0)1 45 68 16 50 r.amelan@unesco.org
Catherine Souyri, Commission nationale française pour l'UNESCO:
(+33) (0)1 53 69 37 35 catherine.souyri@diplomatie.fr