Feature
N°2002-5
LE DEFI INTERNET
DU SUD :
PRODUIRE DES CONTENUS LOCAUX
Paris, 25 avril -
Sur Internet, on peut écouter un poème en quechua
avec sa traduction et prendre un cours pour apprendre cette langue
des Indiens d'Amérique du Sud (www.andes.org). On peut
se tenir informé du combat du peuple Ogiek pour garder
ses maisons dans la Forêt Mau au Kenya où il vit
depuis des siècles (www.ogiek.org). On peut consulter une
page web qui liste plus de 4 000 sites traitant des peuples indigènes
d'Amérique (www.nativeweb.org). En présentant des
contenus qui répondent aux attentes de ces communautés,
de tels sites aident à vaincre l'un des plus grands obstacles
actuels à l'utilisation d'Internet comme outil de développement
dans les pays du Sud : le manque de contenu local.
Dans de nombreux pays du Sud, Internet
s'est seulement développé dans un contexte commercial,
ce qui veut dire que les utilisations à but non lucratif
et les utilisations de service public ne sont pas encouragées.
Dans les pays riches, Internet était pourtant au départ
un outil créé par et pour les scientifiques et il
a été développé, au cours de ses premières
années d'existence, avec des objectifs de service public
et un soutien substantiel du secteur public. Mais les services
publics des pays en développement capables d'innover et
de poser les fondations d'une société de l'information
- universités, centres de recherche, bibliothèques,
musées, ONG, communautés locales et agences gouvernementales
- font face à des obstacles financiers et réglementaires.
Ces questions sont traitées
dans un rapport réalisé par l'UNESCO pour l'Union
internationale des Télécommunications et intitulé
" Public Service Applications of the Internet in Developing
Countries, Promotion of Infrastructure and Use of the Internet
in Developing Countries ". (Applications de l'Internet dans
les services publics des pays en développement, promotion
des infrastructures et utilisation de l'Internet dans les pays
en développement). (*)
Le contenu doit être pertinent
et compréhensible pour les utilisateurs locaux, souligne
le rapport. C'est d'autant plus important du fait de la barrière
linguistique existant sur Internet, où environ la moitié
des 400 millions d'utilisateurs de l'année dernière
étaient anglophones. Mais la situation change et on estime
que les deux tiers des utilisateurs en 2003 parleront une autre
langue que l'anglais.
C'est dans cet environnement que
des efforts sont entrepris pour générer des contenus
locaux et combler le fossé entre pauvres et riches dans
la société mondiale de l'information. L'une de ces
initiatives concerne le coffret de CD-Roms réalisés
par l'UNESCO avec le soutien
financier de l'agence d'aide danoise
Danida. Deux d'entre eux, Sahel.doc et East African Development
Library, comprennent plus de 55 000 pages et plus de 600 documents
contenant des informations pratiques de développement allant
des soins à porter aux animaux à la gestion de l'eau
en passant par la prévention du sida (ci.documents@unesco.org).
Tout cela est gratuit et disponible dans des bibliothèques
et des points Internet dans une douzaine de pays africains.
La nécessité d'encourager
des individus et des organisations à produire de tels contenus
ou à adapter du matériel provenant d'ailleurs a
été discutée lors d'une réunion d'ONG
invitées au siège de l'UNESCO les 22 et 23 avril
dernier ; cette réunion s'inscrivait dans la nouvelle série
de consultations qui vont avoir lieu pour préparer le Sommet
mondial sur la société de l'information qui se tiendra
à Genève en 2003. Les ONG ont demandé du
soutien pour la production de contenus locaux, plus adaptés
aux cultures locales et plus appropriés à une utilisation
locale. Le flux d'information, dans la société du
savoir, ne devrait pas aller seulement du Nord vers le Sud, mais
aussi du Sud vers le Nord et à l'intérieur même
du Sud, ont-elles souligné.
Si l'internationalisation peut
représenter un danger pour la diversité culturelle,
elle peut aussi favoriser la promotion de contenus locaux, car
elle peut s'appliquer à des groupes qui partagent un environnement
culturel, linguistique ou géographique. C'est par exemple
le cas des francophones (www.francophonie.org) qui ont réalisé
une grande variété de programmes d'aide pour les
pays en développement afin d'encourager et de renforcer,
sur Internet, la présence du français et des cultures
qui s'expriment en français.
Au lieu d'importer des contenus
des pays riches, il est possible d'utiliser du matériel
réalisé dans d'autres pays en développement
qui acceptent de les mettre en ligne à un coût comparativement
moins élevé pour leurs voisins. Ainsi, l'Université
ouverte Indira Gandhi (www.ignou.ac.in) offre des cours à
plusieurs pays du Moyen Orient.
" Produire des contenus locaux
est essentiel pour convaincre le plus grand nombre de gens qu'Internet
a un rôle important à jouer dans le développement,
en tant que partie intégrante des infrastructures de service
public d'une société ", selon le rapport de
l'UNESCO.
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(*) On peut se procurer
le rapport (en anglais seulement) auprès de Grace Mensah
e-mail : g.mensah@unesco.org
tél. 33 1 45 68 43 99
Pour plus d'information
: www.unesco.org/webworld