Paris, 11 avril {No. 96-62} - La Commission internationale sur l'éducation pour le 21e siècle de l'UNESCO a appelé aujourd'hui à réformer les systèmes éducatifs en faisant de l'éducation un processus ouvert à tous et étendu tout au long de la vie de chaque individu, dans un rapport présenté aujourd'hui au siège de l'Organisation.
« Le concept central est celui de l'éducation tout au long de la vie », a déclaré Jacques Delors, président de la Commission. « Il s'agit d'une fusion, dans une approche radicalement différente, du rôle central de l'éducation tout au long de la vie des individus et dans la société », a ajouté l'ancien président de la Commission européenne.
Jacques Delors s'exprimait dans le cadre d'une conférence de presse tenue à l'occasion de la présentation officielle du rapport au Directeur général de l'UNESCO, Federico Mayor, ainsi qu'aux délégations permanentes représentant les Etats membres au siège de l'Organisation. Intitulé L'éducation : un trésor est caché dedans, le rapport est le fruit de trois années de recherche et de débats durant lesquels une équipe internationale de 14 spécialistes a étudié comment l'éducation peut relever les défis complexes du 21e siècle. Ce rapport de 320 pages, disponible en français et en anglais, s'attache aux relations entre l'éducation et le développement, la science, la citoyenneté, la culture, la cohésion sociale et le travail.
« Ce rapport est très important car nous pensons qu'il est un moyen d'apporter des réponses à la pauvreté, à l'exclusion et à la surpopulation », a déclaré Federico Mayor. « Notre tâche quotidienne est d'assurer que ce trésor, qui est dans le rapport mais aussi en nous-mêmes, puisse être partagé entre tous », a ajouté le Directeur général en annonçant que le rapport sera largement diffusé.
La Commission s'est préoccupée en particulier des moyens de réduire le taux d'échec scolaire et de chômage en alternant les phases d'enseignement et de travail. Ce qui pourrait permettre aux individus non seulement de corriger très tôt les erreurs d'orientation scolaire, mais aussi de s'adapter à l'évolution des conditions économiques. Ce résultat pourrait être obtenu en allouant à chacun un crédit de temps éducatif, utilisable à tout moment et à la carte dans des institutions éducatives. « Donnez aux étudiants un crédit de temps d'éducation qu'ils puissent utiliser quand ils voudront », a déclaré M. Delors.
Plusieurs membres de la Commission ont souligné que l'éducation est encore trop limitée, et devrait être rendue accessible à tous. Environ 900 millions d'adultes dans le monde sont analphabètes, et 130 millions d'enfants restent à la porte des écoles, lit-on dans le rapport.
« Une grande majorité de la population mondiale reste à l'écart, et se trouve toujours exclue », a déclaré Roberto Carneiro, membre de la Commission et président de la chaîne portugaise Televisão Independente. Rodolfo Stavenhagen, chercheur mexicain en sciences politiques et sociales, a déploré que trop de gens ne puissent encore accéder aux institutions éducatives. « Le problème des exclus est à mon avis un des plus graves de ceux auxquels l'éducation formelle ne peut plus faire face », a-t-il déclaré.
William Gorham, président de l'Urban Institute aux Etats-Unis, a aussi abordé le problème de l'inégalité des chances en matière d'éducation. L'éducation « ne saurait résoudre les problèmes liés à l'absence d'équité pour la répartition », a-t-il dit. « Ce qu'il nous faut, c'est la volonté politique ».
Le rapport suggère d'allouer 25 % de l'aide au développement à l'éducation afin de lutter contre les inégalités dans l'enseignement. Il recommande en outre de fortement encourager l'éducation des femmes et des jeunes filles, d'introduire dans tous les pays les nouvelles technologies de la « société de l'information », et de tirer parti du potentiel éducatif des organisations non gouvernementales et des initiatives à l'échelon communautaire pour accroître la coopération internationale.
La Commission suggère quatre « piliers » pour l'éducation : apprendre à vivre ensemble, apprendre tout au long de la vie, apprendre à affronter une variété de situations, et apprendre à comprendre sa propre personnalité. Le rapport adopte une vue globale de l'éducation qui met en avant l'ensemble des qualités humaines et intellectuelles de chacun pour vivre dans un monde en évolution rapide.
« Certains des points et des recommandations du rapport peuvent sembler trop idéalistes pour être directement appliqués dans de nombreux pays », a dit Isao Amagi, conseiller spécial du ministre japonais de l'Education. « L'important est que les idéaux contenus dans le rapport puissent être mis en oeuvre petit à petit. »
La Commission a été créée par Federico Mayor au début de 1993, à la demande de la Conférence générale de l'UNESCO. Financée par l'Organisation qui en assure aussi le secrétariat, la Commission a néanmoins préparé ses recommandations en toute indépendance. Elle s'est réunie huit fois en sessions plénières dans différentes parties du monde et a tenu autant de sessions de travail avec des enseignants, des chercheurs, des étudiants, et des représentants de gouvernements et d'organisations non gouvernementales.
L'Education : un trésor est caché dedans, publié par les Editions Odile Jacob et les Editions UNESCO pour la version française est vendu au prix de 140 francs (150 francs ou 30 dollars pour l'édition anglaise publiée sous le titre Learning : the Treasure Within aux Editions de l'UNESCO). Il est en vente en librairie et aux Editions de l'UNESCO, 1, rue Miollis, 75732 Paris Cedex 15. Il devrait être traduit d'ici peu dans plusieurs autres langues.